Si l’on n’a pas un ami, un collègue ou un membre de sa famille mal-entendant, on a peu de chances de croiser la route de la langue des signes (à part en matant La famille Bélier mais personne au monde ne voudrait s’infliger ça). Du coup, on a réalisé qu’il y avait plein de questions qu’on se posait sur ce sujet et qu’il méritait qu’on éclaircisse quelques zones d’ombre.

Pour plus de compréhension ce top a été écrit en langue des signes, mais à l’écrit.

1. Est-ce que la langue des signes (LS) est universelle ?

Fichtre que non. De la même façon, il n’y a pas une langue des signes, mais bien DES langues des signes. Non seulement elles changent d’un pays à l’autre mais aussi d’une région à l’autre, et sont autant sujettes aux évolutions dans le temps au même titre que les langues orales. A ce jour on en recense 121 dans le monde mais beaucoup ne bénéficient pas d’une reconnaissance officielle de l’état. Il existe certes une LS internationale appelée le Gestuno mais personne ne s’en sert (tout comme l’Espéranto, censée être une langue internationale, mais je doute que vous la parliez couramment).

On peut remarquer par ailleurs que la LS britannique est très différente de la LS américaine alors que cette dernière est assez proche de la LS française à ceci près qu’aux Etats-Unis on utilise les deux mains, et en France une seule main le plus souvent.

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2. Est-ce qu'il y a une grammaire dans la langue des signes ?

Techniquement oui il existe un grammaire de la LS mais elle est plus en « relief » que la grammaire linéaire de la langue écrite. Si tu dis par exemple « Hier, j’ai vomi tellement j’étais grave bourré », les indicateurs grammaticaux vont être visuels (le temps, les mots, l’intensité traduite par l’expression du visage). Ainsi, on remarque que les repères grammaticaux sont assez proches d’une LS à l’autre, on construit les phrases à peu près de la même façon. En revanche, il n’y a pas de conjugaison, le passé le présent et le futur sont indiqués dans l’espace mais pour le passé simple on repassera (en même temps comme personne n’utilise le passé simple à l’oral, on peut pas dire que ce soit un drame).

3. Depuis quand ça existe ?

Difficile d’en dater l’origine. Toutefois, il semblerait que les premiers cours de LS se situent au XVIème siècle en Espagne et le premier livre d’apprentissage aurait été publié en 1620. En France, il faudra attendre 2005 pour que la LSF (langue des signes française) soit officiellement reconnue, avec la loi pour l’égalité des droits et des chances des personnes handicapées. Seul bémol, en même temps qu’elle reconnait la LS, elle l’attribue aussi à un handicap, or les mal-entendants ne se considèrent pas comme handicapés puisqu’ils peuvent très bien communiquer, ils utilisent juste une autre langue.

De façon générale, pour qu’une LS se construise et soit reconnue (voire officialisée), il y a une sélection naturelle qui se met en place ; on ne garde alors que les signes les plus utilisés. C’est donc le signe le plus utilisé qui fait foi parce qu’on ne peut pas non plus répertorier tous les signes du monde mondial (le mot « maman » peut se dire de plein de façons différentes rien qu’en France).

4. Combien de temps nécessite l'apprentissage de la langue des signes ?

Eh bien c’est comme toutes les langues, ça dépend ! Pour bien apprendre une LS il faut être motivé, assidu, et communiquer avec les mal-entendants, bref il faut PRATIQUER. Le tout, c’est surtout de s’exprimer avec fluidité encore plus dans cette langue que dans n’importe laquelle, et pour cela il faut compter en générale 800 à 1000 heures de formation.

5. Est-ce qu'il y a un alphabet dans la langue des signes ?

Oui, même si la LS est une langue en 3D, elle a tout de même un alphabet avec des lettres relatives à la langue du pays dans laquelle le signeur s’exprime. Il y a donc un alphabet de la LS française qui sert à épeler certains mots.

6. Est-ce une langue réservée aux mal-entendants ?

NAAAAAAAAN évidem’s. D’autant plus que la LS étant reconnue officiellement en France depuis 2005, c’est désormais une langue dont l’apprentissage est vivement encouragé et pas que pour les sourds, ou que pour les personnes dont un membre de la famille est sourd. On commence même à enseigner la LS en crèche pour apprendre à communiquer avec les bébés quand ils ne sont pas encore en mesure d’aligner 3 mots. C’est bien la preuve que la LS n’appartient pas à une minorité mais qu’elle est utile pour tout le monde.

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7. On dit "langue" ou "langage" des signes ?

Gare à vous si vous parlez de « langage » des signes, vous risquez de vous faire taper sur les doigts. La différence est subtile mais bien existante. Le mot « langage » renvoie à une capacité à communiquer et à exprimer ses idées, c’est donc abstrait. La langue, elle, est utilisée par une communauté, on parle de langue française, langue anglaise, langue de putes etc. En revanche, au sein de la langue française on peut adopter un langage familier ou soutenu. Par ailleurs, nous les humains on parle dans des langues différentes, alors que les animaux ont un langage. Captez la différence ? Si ça reste abstrait, il faut du moins retenir quand quand on parle de « langage » des signes et non de « langue » des signes c’est comme si on ne reconnaissait pas cette langue comme tel.

8. Si un mal-entendant ne comprend pas ce qu'on dit, est-ce que ça sert à quelque chose de répéter plus fort ?

Non pas du tout. Le meilleur moyen de se faire comprendre c’est de reformuler ce qu’on vient de dire plus lentement et plus distinctement mais toujours naturellement. Il faut parfois utiliser d’autres mots plus faciles à lire sur les lèvres et penser aussi à s’exprimer avec son visage.

9. Est-ce que la langue des signes c'est comme la langue orale mais genre adaptée avec des doigts ?

C’est une des idées reçues dont souffre la LS. On a tendance à croire bêtement que c’est une adaptation littérale de la langue du pays. On a du mal à piger que la LS, même si elle utilise des références, des codes et si besoin l’alphabet de la langue du pays, elle reste une langue à part entière avec sa propre logique, sa propre syntaxe et ses propres emprunts de mots à d’autres langues.

10. Est-ce que ça a un truc à voir avec le cygne le coin-coin ?

Alors, en fait, bah non.

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Avis à nos amis les mal-entendants ou tout ceux qui maîtrisent une ou plusieurs langues des signes, vos précisions sont les bienvenues.

Sources :

Assimil

Arte, Karambolage

Langue des signes française

Et quelques chaînes Youtube à suivre :

Signes2main

Monsieur Lucas Wild