La France est un pays de militaires. Pendant des années, on a envoyé les conscrits conquérir l’Europe et le monde et ça a forcément laissé des traces jusque dans la langue. On n’imagine pas le nombre d’expressions issues du vocabulaire militaire encore utilisées aujourd’hui. En voilà déjà un aperçu.

1. Passer l'arme à gauche

On fait remonter cette expression à plusieurs époques, toutes liées à la guerre et aux militaires. La plus marrante viendrait des guerres napoléoniennes. L’infanterie utilisait alors des mousquets extrêmement compliqués à charger. Une fois qu’on avait tiré un coup, il fallait recharger par le canon et on passait alors son fusil dans la main gauche. Le soldat se retrouvait tout à fait vulnérable aux tirs ennemis et mourait plus souvent qu’à son tour. Il passait l’arme à gauche.

2. Un vieux de la vieille

La garde impériale de Napoléon Ier était constituée de deux corps, la jeune garde et la vieille garde. Dans la vieille garde, les soldats jouissaient d’un immense prestige. Si vous faisiez de vieux os dans la vieille garde, ça faisait de vous un soldat d’exception, un type capable de répondre à toutes les situations. D’où l’expression un vieux de la vieille, immortalisée pour la première fois par Balzac.

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3. De but en blanc

Au départ au XVII° siècle, on disait « de pointe en blanc », la pointe désignant l’endroit où devait se positionner le canonnier et le blanc la cible à atteindre. Par la suite, les canons étant souvent hissés sur des tertres, des buttes, l’expression a dérivé vers « de butte en blanc », puis de but en blanc par déformation. Il s’agissait donc d’aller droit au but.

4. Passer à la trappe

L’expression trouve son origine dans les corps de marine, mais son sens a été déformé. Au départ, passer à la trappe, c’était une chance, puisque c’était un privilège donné aux quartiers-maîtres promus seconds-maîtres et qui quittaient la cafétéria de l’équipage pour rejoindre le carré des officiers via le passe-plat, une trappe. L’expression a ensuite été étendue et dévoyée par l’usage.

5. S'attirer des bricoles

Jusqu’au XV° siècle, l’armée utilisait la bricole, une pièce d’artillerie semblable vaguement à un canon qui était capable de projeter des boulets très lourds. Quand on se mettait à porter de tir de ces canons, on s’attirait des bricoles et on se mettait donc en danger.

6. Vendre la mèche

Les artificiers avaient souvent l’habitude, au XVI°, de souffler sur les mèches des explosifs envoyés par l’ennemi pour éviter qu’elles n’explosent dans leurs rangs. On disait alors qu’ils « éventaient la mèche ». Mais le terme éventer ayant évolué de sens pour signifier « divulguer », l’expression a changé de sens et a le verbe éventer a fini par être carrément remplacé par « vendre », dans une notion de trahison induite.

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7. Monter au créneau

Les créneaux étaient les remparts des châteaux forts où les archers se pressaient lors des attaques ennemies. Monter au créneau, c’était donc riposter ; l’expression est restée dans le vocabulaire courant.

8. Tomber sur un os

Cette expression vient quant à elle des poilus qui, dans les tranchées de la première guerre mondiale, bouffaient de la nourriture peu copieuse et mal répartie. Les plus chanceux avaient de la viande, quand les plus malchanceux se retrouvaient avec un vague os à ronger. Pas de bol : ils étaient tombés sur un os.

9. En prendre pour son grade

Le grade correspondait au niveau hiérarchique du militaire. L’expression vient du XX° siècle et correspond à un sentiment d’injustice lorsqu’un moins gradé se faisait engueuler par un officier supérieur.

10. J'y suis, j'y reste

L’expression est attribuée à Max Mahon lors du siège de Sébastopol pendant la guerre de Crimée. La redoute de Malakoff, où se trouvait Mac Mahon, était minée : un officier anglais le prévient et l’enjoint de fuir. Mac Mahon aurait alors répondu : « Ma place est ici, j’y suis, j’y reste. » Et l’expression est restée.

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Par contre « tirlipinpon sur le chihuahua », aucun rapport.

Sources : S’engager.fr, Zcorrecteurs