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Il existe des fautes, que dis-je des pollutions auditives, plus difficiles à entendre que d'autres. Celles qui donnent immédiatement envie de dire "tu me causes mal" ou "va, je ne te hais point". Non pas que l'on ait pour autant mangé un Bescherelle et que l'on soit des Maîtres Capello en puissance, mais tout de même. Le français, ça reste une langue complexe ok, mais carrément inaccessible pour certains. Lisez bien qu'est-ce qui m'agace... (MàJ. juin 2013)

  1. Je sais pas c'est qui
    marche aussi quand vous êtes perdu avec "je sais pas c'est où". Passons sur l'oubli de négation ("je NE sais pas"), courant à l'oral et qui n'est pas vraiment une faute. En revanche, l'inversion verbe/complément et le redoublement pronominal méritent des outrages à la hauteur de ceux subis par la grammaire. On sait QUI va se prendre une Histoire de la syntaxe, Naissance de la notion de complément dans la grammaire française dans le fondement, dorénavant. Combo spécial: "C'est qui qui dit ça ? - ben je te l'ai déjà dit, je sais pas c'est qui".
  2. Malgré que...
    on ne devrait dire "malgré que", uniquement avec le verbe avoir: "malgré qu'il en ait". Ce qui rend donc le subjonctif obligatoire et complexifie la chose, quand on sait que traditionnellement, on se doit d'utiliser l'indicatif après "malgré LE FAIT QUE". Malheureusement, cette faute étant de plus en plus répandue, et même présente en littérature, il est de plus en plus difficile de justifier une agression à grands coups de Bescherelle par un simple "c'est de sa faute monsieur l'Agent, je lui avais pourtant bien dit qu'on ne peut pas utiliser de pronom relatif après "malgré", sinon ça fausse la concordance des temps! Malgré le fait que j'ai pas d'avocat."
  3. Y'en a qui croivent
    l'une des plus horripilantes fautes de conjugaison. Non, le verbe "croiver" n'existe pas. Au pluriel, on dit "ils/elles croient" et au subjonctif, "qu'il/elle croie". Devient particulièrement désespérant avec la combinaison de la mort: le "qu'ils soyent", où comment flinguer le verbe "être" au subjonctif. Ayons une pensée émue pour le verbe "voir", qui prend cher aussi avec les "ils voyent". Et pourtant ils voyent même pas la faute.
  4. Au jour d'aujourd'hui
    avec sa variante "à l'heure d'aujourd'hui". Ce pléonasme prolifère de plus en plus, étonnamment, dans la bouche fertile en fautes diverses des candidat-e-s de téléréalité. Sans doute un phénomène de cause à effet sur lequel on ne s'attardera pas AUJOURD'HUI. Quel jour on est déjà ? Aujourd'hui. Arf.
  5. "quarantenaire", "cinquantenaire"
    on ne peut pas utiliser quarantenaire et cinquantenaire pour parler d'une personne âgée. Les termes "quarantenaire" et "cinquantenaire" s'appliquent à l'anniversaire d'un évènement (par exemple "le cinquantenaire de l'usine de charentaises à Chasseneuil-sur-Bonnieure" ). Pour des personnes, on dira "quadragénaire" et "quinquagénaire". Et si vous avez peur de vous emmêler les pinceaux, dites "personne d'âge mûr", comme ça vous ne risquez pas de vous tromper. En revanche vous risquez de prendre une baffe.
  6. "faire montrer"
    vous avez tous déjà entendu-ou même dit (auquel cas on ne vous félicite pas) "je vais te faire montrer". Mise en situation: vous avez trouvé un beau cadavre d'animal sur le bord d'une route. Si vous dites: "viens, je vais te faire montrer la belle charogne que j'ai trouvée", cela signifie que vous allez obliger votre comparse à montrer lui-même votre trouvaille. Soit vous êtes exposant-e dans des foires d'un goût douteux, soit vous dites "je vais te montrer", ou "te faire voir", ou mieux, "Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme, /Ce beau matin d'été si doux:/Au détour d'un sentier une charogne infâme /Sur un lit semé de cailloux"
  7. "moi, personnellement"
    d'un point de vue formel, cette tournure n'est pas incorrecte. Mais c'est UN PLÉONASME. Si vous utilisez le pronom "moi", pas besoin d'en rajouter avec l'adverbe "personnellement", (et vice-versa) à moins que vous soyez perturbé-e et que vous doutiez de la légitimité de votre "moi". Mais là c'est un autre problème.
  8. C'est compréhensif
    mais tout à fait. On est d'accord. CompréhensIBLE, moins, déjà. Adjectif, adverbe, rooo, c'est presque pareil...
  9. Je vais au coiffeur/le sac à machin
    petit moyen mnémotechnique simple, élégant, distingué: on va AUX putes, on va CHEZ le coiffeur. De même, contrairement à ce qu'a voulu faire croire un film lourdingue sur le rugby, on ne dit pas "le fils à Truc". Encore une fois, vous ne dites pas "Fils A pute"? Ceci avec tout le respect que l'on a pour les prostituées, qui ne font pas un métier facile et qui ne méritent certainement pas d'être affilées à tous les enfants DE salauds qui croisent votre chemin.
  10. Si j'aurais su...
    j'aurais pas lu ce top. RIP conjugaison. Une fois pour toutes: avec la conjonction de condition"si", le mode du verbe de la conditionnelle par "si" est l' INDICATIF, comme dans "si j'AVAIS su mes conjugaisons, je n'AURAIS pas donné l'impression de déféquer sur les cadavres encore fumants du subjonctif et du conditionnel passé."

Et vous, vous en voyez d'autres ?

Top écrit en accord avec Le petit Robert, Louis-Nicolas Bescherelle, Julie et Odile.

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