
A l’heure où l’on ne s’écrit plus plus, où l’émotion amoureuse doit tenir dans un SMS et plus dans les lettres d’amour froissées qu’on lit et relit et respire, à l’heure où l’on se maile, se tweete et se poke, quel bonheur que de se plonger dans la correspondance d’écrivains, de penseurs, de poètes qui nous ouvrent ainsi le plus intime, le cœur des choses. Quel étonnement de voir que pour certains, c’est bien là leur plus grande oeuvre, quelle reconnaissance nous devrions avoir pour ces auteurs qui se risquent à nous donner ce livre là, le livre ultime au bout du compte, celui qu’il ne furent pas seul à écrire, celui dont ils n’ont pas tout décidé, pas tout maîtrisé, celui dont ils ne savaient pas où il allait ni comment il finirait: Celui où ils ont du faire avec les Autres: le livre de leur vie.
- « C’est encore moi qui vous écris » de Marie Billetdoux: Ce livre monstrueux de par son volume et par le projet qu’il contient, vient de paraître mais fera date dans l’histoire de la littérature: 40 ans de lettres écrites, reçues, par l’auteur de « Mes nuits sont plus belles que vos jours » de l’époque où elle s’appelait encore rafaële jusqu’au jour où pour continuer à vivre elle devint Marie, qui pour rester libre ne s’épargna aucune souffrance, qui, pour être écrivain, ne renonça jamais.
- « Lettres à Nelson Algren » de Simone de Beauvoir: Si l’auteur du Deuxième sexe eut de nombreux amours « contingentes » en dehors de celui, « nécessaire » de Jean-Paul Sartre, Nelson Algreen fut le plus grand. Se dessine dans ces lettres le portrait d’une femme, au-delà de l’intellectuelle, humaine et fragile, parce que passionnément, douloureusement amoureuse.
- « Lettres parisiennes, histoires d’exil » de Nancy Huston et Leïla Sebbar: Deux femmes s’écrivent à Paris la difficulté à être ni d’ici ni de là bas, le Canada pour l’une, l’Algérie pour l’autre. L’écriture pour seule patrie possible, l’exil toujours en toile de fond, le sentiment d’appartenance en éternelle question, et non pas l’identité nationale: une essentielle nuance.
- « Paroles de Poilus, Lettres et carnets du front, 1914-1918″: Des lettres de soldats à leur proches, ou la réalité des tranchées où se battaient et mourraient des enfants qui, pour certains, savaient à peine écrire. Bienvenue dans l’Histoire comme on ne nous l’a jamais racontée.
- « Correspondance » de Baudelaire: l’accouchement dans la douleur et en direct des Fleurs du mal, du Spleen, et la vie, matériau brut de l’œuvre, qui va avec.
- « Correspondance » de Héloïse et Abelard: Le canal historique de la lettre d’amour, L’amour impossible initial, presque princeps: « Fuis, et mets entre nous l’immensité des mers: habitons les deux bouts de ce vaste univers. Dans le sein de mon dieu, quand mon amour expire, je crains de respirer l’air qu’Abélard respire« …
- « Le roman de Venise » de Sand et Musset: Près de 800 ans plus tard, la passion romantique de deux enfants du siècle, tout aussi impossible, un voyage à Venise qui tourne au drame amoureux, et: « Mais je ne mourrai pas, moi, sans avoir fait mon livre sur moi et sur toi. Non ma belle, ma sainte fiancée, tu ne te coucheras pas dans cette froide terre sans qu’elle sache qui elle a portée. La postérité répétera nos noms comme ceux de ces amants immortels qui n’en ont plus qu’un à eux deux, comme Roméo et Juliette, comme Héloïse et Abélard; on ne parlera jamais de l’un sans parler de l’autre.«
- « Correspondance » de Sigmund Freud et Stefan Zweig: 30 ans d’échange entre l’inventeur de la psychanalyse, mort au seuil de l’avènement du nazisme, et l’immense écrivain qui choisit de ne pas y survivre. Et le génie, de part et d’autre, reconnu par l’un et par l’autre.
- « Correspondance » de Charles Bukowski: Derrière la figure très connue du génial Bukowski alcoolique, dégueulasse et globalement obsédé sexuel, on découvre ici ce qu’il se défendait pourtant d’être: un poête.
- « Correspondance passionnée » de Anaïs Nin et Henry Miller: 20 ans d’amour fou qui, quand il s’apaisa, laissa intacte la communion littéraire. Mais pas nous qui, par ces lettres, les approchons de si près qu’on en est presque brûlé.
Et vous, vous en connaissez d’autres ?
Top écrit par Julie, topiteuse passionnée dans un monde de brutes
Crédits photo (creative commons) : DaveAustria.com



27 commentaires
Si mon clavier pouvait applaudir, nul doute qu’il le ferait sur l’instant.
Des auteurs qui ont écrit des rêves sans presque le savoir, naturellement et une topiteuse talentueuse qui n’a pas à rougir ni pour cette publicité et encore moins pour la manière.
« Un jour Dieu a dit « Jules tu liras » et depuis Julie » : effectivement, ces mots prennent tout un sens maintenant !
Pour la 7 : un coquille sur les 800 ans?
Merci ! Et, Julie a raison, quittons nos claviers et reprenons la plume qui apporte une autre grandeur à l’âme (tu vois comment ça me rend?)
Merci bcp, de bonnes idées de lecture ! Meme s’il n’y a pas de Marc Levy :-)
C’est beau Julie. Merci.
Un top à la fois sérieux et qui me donne envie d’aller lire! Voilà une journée qui sera bonne !!
Un grand merci pour avoir passer du temps à faire ces jolies petites descriptions.
heu… pour la 7, j’ai compris le lien… :)
ok pour les 8 siècles!
Effectivement ! Merci beaucoup et bravo pour ce top
Ca me donne envie d’en lire quelques uns !!
Joli top, merci
ben voilà, tatumito! tatupijo!
merci ma pommette.
tatupijo… elle est bonne celle là !!!
tiens, une lettre célèbre de Musset à Sand pour ceux qui ne la connaissais pas…
http://5ko.free.fr/fr/sand.html
Très très bon Top excepté quelques petites fautes, notamment à propos de Baudelaire dont le terme « Correspondance » est visiblement mal compris. Ici on est loin de l’épistolaire, on parle en fait de correspondance entre les sons et les mots (Synesthésie). Il a bien écrit quelques lettres (qui se trouvent à la fin du bouquin) mais c’était avant que cette uvre sorte afin d’avoir un avis sur sa publication.
merci pour cette précision Browny mais c’est toi qui fait erreur. je parle bien de LA correspondance de Baudelaire, ses lettres, le courrier qu’il a reçu et envoyé, à ses éditeurs, ses amis, sa mère, les femmes qui ont traversé sa vie, les auteurs et poètes qui étaient ses contemporains etc… rien à voir avec ce dont tu parles, qui s’appelle « correspondanceS ».
J’adore ce top! Merci Julie pour ce beau moment de poésie que tu nous as offert. Les top rigolos c’est sympa mais quand ils sont mixés avec des tops de ce niveau là, ça devient vraiment bien.
ah ben j’avais pas fini… et qui est d’ailleurs seulement un poème, issu des « fleurs du mal » qui est le titre du livre dont tu parles, donc.
Lé korSpondanse c bi1 mé c tro lon à lir, & ca rentr pa en 160 caractèr…LOL
Ok je —–>
très bon top
En lisant le titre, j’ai eu peur, j’me suis dis « va-t-elle oser mettre la correspondance entre BHL et Houellebecq » (ouioui, j’me méfie de topito…). Et bien non, bravo, ouf.
Seul bémol : les « poilus », c’est un ecrivain ?
@ pol: les poilus non pas du tout d’ailleurs c’est bien pour ça que le titre du top c’était juste « top des plus belles correspondances » mais QUELQU’UN a changé mon titre. ben cette personne doit bien le regretter à l’heure qu’il est, elle doit se sentir bien mal, la pauvre.
Tu m’étonnes
Paroles de Poilus il est tout simplement génial
@ Julie: tu m’étonnes, si je savais qui c’était il entendrait parler du pays. A moins que le titre soit plus compréhensible comme ça.
Julie, ca me donne envie de t’écrire une lettre…
Pour les sceptiques de la beauté des lettres de poilus:
http://www.ousopo.info/Lettres-de-Poilus-Lettre-d-Alain.html
top très bien écrit, bravo (et vive les poilus)
Il est loin ce temps où, premiers boutons d’acnée sur le nez, on écrivait des pages et des pages que l’on glissait sous une enveloppe et précisant « Cours vite petit facteur, l’amour n’attend pas » sans oublier les petits coeurs…
J’ai gardé toutes toutes toutes les lettres que j’ai reçu. Je compte les lire le jour de mes 60 ans. Il est peut-être temps que je les relise un peu plus tôt que prévu.
Merci Julie pour ce top. Comme d’hab, tu es… comment dire… au top quoi.
@ tangy: t’emmerde pas va, poke moi ça ira! ;)
Julie, pardon, j’ai bien mal cru que tu parlais de Correspondance dans les fleurs du mal…
J’aime beaucoup ! Attention aux nombreuses fautes d’orthographe :
1. jusqu’au jour ou : où
2. nombreux amours « contingent » : nombreuses amours contingentes (ce mot est féminin au pluriel)
5. direct des Fleurs du mal, du Spleen (majuscules aux titres de livres)
7. Mais je ne mourrais pas : mourrai au futur simple !
10. on en est presque brûlés : brûlé (sans « s » puisque « on »)
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