Le Doliprane, c’est le médicament le plus prescrit en France, et la plupart des gens en ont toujours chez eux, au cas où. On en consomme très régulièrement pour traiter les douleurs ou pour lutter contre la fièvre, mais sans jamais savoir réellement ce que c’est. Sauf si on bosse dans le milieu médical, ça va de soi. Et finalement, c’est quand même assez important d’en savoir un peu plus sur un médicament qu’on utilise aussi souvent, donc on a décidé de se pencher un peu sur les questions qui reviennent régulièrement sur le Doliprane. Sortez vos blouses blanches.

1. Comment le Doliprane trouve où t'as mal ?

Alors, au risque de vous décevoir, le Doliprane n’a pas de GPS qui lui indique l’endroit où se situe la douleur pour venir la combattre avec ses petits poings. Mais, ça va vous étonner, jusqu’à il y a quelques années, on ne comprenait pas encore très bien comment le paracétamol, le principe actif du Doliprane, fonctionnait. Même aujourd’hui, on ne sait pas encore à 100%. En gros, ça marche comme ça : le médicament est transformé par le foie, puis il passe dans le sang et finit par atteindre le cerveau. Là, le paracétamol est transformé en acide gras qui agit sur les récepteurs de la douleur, à la surface des neurones.

Pour résumer, le Doliprane agit sur la douleur directement dans le centre de la douleur, dans le cerveau, et pas précisément à l’endroit qui nous fait mal. Il a pas besoin de GPS du coup.

2. Y'a une différence entre Doliprane et Paracétamol ?

Le paracétamol, c’est le principe actif du Doliprane. On le retrouve aussi dans les Efferalgan, les Dafalgan, et dans les cachets de Paracétamol générique. En gros, ces 4 médicaments sont les mêmes, à quelques détails près. La seule chose qui change en fonction de la marque, c’est les excipients, les « ingrédients » qui servent à fabriquer le reste du médicament qui accompagne le principe actif. Les excipients donnent au médicament sa texture, sa saveur, sa durée de conservation, et la manière dont le principe actif sera acheminé dans le corps (comment il va se dissoudre, en combien de temps, etc.) Il y a des excipients « à effet notoire » auxquels certaines personnes peuvent être allergiques, et c’est toujours indiqué sur les notices. C’est surtout ça qui va faire la différence auprès des consommateurs, même si le goût et le mode d’administration (gélules, comprimés, effervescents, suppositoires) peuvent influer sur le choix.

3. Pourquoi on doit attendre 6 heures entre chaque cachet ?

Il ne faut pas prendre plus de 4g de paracétamol par jour, soit un comprimé de 1g toutes les 6h, et si possible sur la durée la plus courte possible (genre pas pendant 2 semaines, mais ça c’est à voir avec le médecin). Les 6 heures entre chaque prise (éventuellement 4 heures si le doc l’a indiqué), c’est pas pour faire joli. Comme on l’a dit, le paracétamol passe par le foie, et il est toxique pour cet organe. Le foie est habitué à traiter des choses toxiques pour le corps, comme l’alcool, mais s’il reçoit trop de substances toxiques d’un coup, il peut se détruire. Et si on prend plus d’1 gramme de paracétamol toutes les 4-6 heures, selon les personnes, c’est déjà trop violent pour lui. Après ça peut partir en hépatite, hépatite fulminante, greffe de foie et autres joyeusetés que vous n’avez pas envie de connaître. Donc respectez les doses prescrites si vous voulez vivre longtemps.

4. Pourquoi on nous dit de ne pas en prendre quand on a bu de l'alcool ?

Pour les mêmes raisons : pour éviter d’intoxiquer le foie. L’alcool a aussi besoin d’être traité par le foie, donc quand on boit on le fait bien travailler. Ajouter à ça du paracétamol, c’est risquer de l’abîmer dangereusement. Donc le petit Doliprane avant de dormir pour éviter la gueule de bois, ou même au réveil, c’est non. A la limite, le lendemain, on peut partir sur d’autres antidouleurs moins nocifs pour le foie, mais rien à base de paracétamol. Et ce qui vaut pour l’alcool vaut aussi pour certaines drogues, comme la MDMA, qui est hyper mauvaise pour le foie.

5. C'est mieux en comprimé, en gélule, en effervescent ou en suppositoire ?

C’est selon les préférences de chacun. La formule effervescente est réputée pour être plus rapide à agir puisque les formes solides ont besoin d’une quinzaine de minutes pour se dissoudre dans l’estomac. Mais effervescent, c’est moins pratique parce qu’il faut un verre et de l’eau (et puis ça pique). Les comprimés, c’est plus pratique, on peut les couper en deux pour ne prendre que 500mg, mais il faut savoir les avaler… Bref, à chacun ses avantages et inconvénients.

Le suppositoire, c’est un peu différent. On le prescrivait beaucoup aux bébés et jeunes enfants pour plusieurs raisons. Déjà, parce que les parois du rectum sont bien irriguées en sang et que le médicament est vite absorbé, et aussi parce que ça évite de faire passer le médicament par le foie. Mais en fait une partie du médicament est quand même absorbée (et désactivée) par le foie, et on ne sait jamais dans quelle mesure, donc ça devient difficile de bien doser. En plus, si l’enfant va aux toilettes immédiatement après, on ne sait pas trop si le médicament a eu le temps d’être absorbé, et on risque d’en redonner et de faire un surdosage. C’est une solution pas ouf qu’on prescrit de moins en moins en France. Les adultes peuvent aussi utiliser des suppositoires, mais on est bizarrement beaucoup à préférer la voie orale.

6. C'est quoi la différence avec l'aspirine et l'ibuprofène ?

Gros programme, donc on va essayer de faire simple. Le paracétamol n’est pas un anti-inflammatoire, contrairement à l’aspirine et l’ibuprofène. Il sera donc moins efficace lorsqu’il y a une inflammation, mais a l’avantage de présenter peu d’effets indésirables. Il est surtout déconseillé pour ceux qui ont des problèmes au niveau du foie. L’aspirine et l’ibuprofène ont d’autres avantages, notamment celui de combattre les inflammations, mais ont aussi plus d’effets indésirables, comme la fluidification du sang (pour l’aspirine) ou des maux de ventre (pour les deux) et ne sont pas adaptés aux femmes enceintes. En bref, chaque médicament à ses propriétés propres, et pour choisir il vaut mieux voir avec un médecin ou un pharmacien. Sinon jetez un œil à cet article qui résume bien tout ça.

7. Est ce que c'est dangereux d'en prendre tous les jours ?

Même juste un comprimé par jour, si c’est sur une longue période, c’est mauvais pour le foie. Bien sûr, chaque organisme sera plus ou moins tolérant face à ça, mais quoi qu’il arrive il ne faut pas le faire, sauf bien sûr si c’est le médecin qui l’a dit.

8. On peut être allergique au paracétamol ?

C’est très rare, mais oui, c’est possible. Certaines personnes peuvent avoir des réactions cutanées plus ou moins graves. On parle d’allergies, d’intolérances ou d’hyper-sensibilité selon les cas. Mais, comme on vient de le dire, c’est très rare.

9. Pourquoi c'est le médicament le plus prescrit ?

Parce que le paracétamol a vraiment très peu d’effets secondaires et qu’il peut être pris par quasiment tout le monde (sauf les malades du foie, on l’a déjà dit), donc c’est vraiment pratique en cas de fièvre et de douleurs modérées. Pour ce qui est du Doliprane, celui produit par le labo Sanofi, s’il est plus vendu que les autres, c’est surtout pour des raisons de marketing et parce qu’il est rentré dans le langage courant. On parle plus facilement de « Doliprane » que de « paracétamol », donc forcément on en demande plus facilement au pharmacien.

10. Pourquoi les boîtes de Doliprane contiennent toujours 8 grammes maximum ?

Au-delà de 8 grammes en une seule prise, on considère que c’est très dangereux pour le foie (et pour la vie), donc on ne vend que des boîtes de 8 grammes pour éviter que des gens s’enfilent toute une plaquette pour se suicider. Quoi qu’il en soit, on l’a déjà dit, même 2 grammes d’un coup c’est une mauvaise idée, donc on fait pas n’importe quoi.