On comprend, ça te fait un peu peur d’en finir avec la rigolade et de sauter à pieds joints dans la vie d’adulte. Mais tu le sais au fond de toi que l’école de commerce c’était pas que fous rires et galipettes. Souviens-toi.

1. Les nuits blanches pré-partiels

Après plusieurs mois consacrés uniquement à la picole, tu auras dédié deux semaines à la révision de tes partiels, au bout des deux tiers tu seras parvenu.e à estimer la note exceptionnelle que tu dois viser pour compenser ton absentéisme affligeant. Si on ajoute à ça les trois litres de red bull quotidiens pour tenir la distance et la terrifiante perspective de redoubler et donc de rallonger tes frais de scolarité de quelques milliers d’euros on est surpris que tu aies échappé au burn out.

2. Les limousins

Ou danse de mecs tout nus pour les non-initiés. On se demande qui a dégoté l’idée de désigner chaque soir un nouveau gus pour qu’il se défasse de son slip avant de gigoter du zgeg en public, et qui a trouvé le concept suffisant réjouissant pour en faire une tradition. On est cependant soulagés que cette dernière ne perdure pas en entreprise, en dépit ceci-dit de son fort potentiel de team building.

3. Les oraux de présentation des autres

Oui, parfois il aura fallu donner de ta personne et perdre deux heures de ta vie à regarder les présentations des autres, qui ressemblent peu ou prou à la tienne, vu que vous êtes tous parvenus à la conclusion que, quel que soit le business de base, proposer une « campagne sur les réseaux sociaux avec jeu concours et hashtag à la clé » était ce qui claquait le plus.

4. Les cours théoriques de marketing.

Comment sortir avec quelque chose d’intelligent quand on te file un faux business case aux données limitées, avec une problématique imaginaire impossible à mettre en place dans la vraie vie. Personne ne sait parce que personne ne se donnera la peine d’essayer mais ça aura au moins le mérite de te faire exploser de joie quand tu bosseras dans le secteur marketing de ta startup spécialisée dans l’emailing et que tu réaliseras qu’il y a des vrais gens et surtout du vrai argent à se faire dessus.

5. Les cours de langues orientés business

A priori personne n’est dégueu en langue en entrant en école de commerce, mais si un petit séjour Erasmus ne vient pas te sauver la mise, il se peut que langue de Shakespeare perde son âme dans un jeu de rôle banquier / entrepreneur en recherche de financement et que la liste d’expressions pour dire « se faire du bif » en anglais racle tout ce qui te restait d’intérêt pour les cultures étrangères.

6. Les soirées en semaine

Non pas que tu ne les appréciais pas au départ, mais ta résistance à la gueule de bois s’essouffle, tu as pris en maturité et découvert l’extase des mercredis soirs en pyjama à te faire les ongles en matant Narcos. L’idée d’aller bouger ton boule trois heures sur une piste de danse spongieuse de tise avant de souhaiter dissoudre ton corps dans l’ibuprofène le lendemain est fatalement de moins en moins alléchante. Ressers donc toi une tisane, champion.

7. Les frais de scolarité

Soit tu as contracté un emprunt et ta souffrance commence maintenant, déso. Soit tes parents avaient allongé l’oseille sans prendre la mesure de leur engagement et en venaient progressivement à regretter le jour de ta conception. Maintenant que tu es autonome et qu’ils peuvent à nouveau s’offrir des vacances, tout va beaucoup mieux pour tout le monde.

8. Les chorés

On ne va pas complètement leur cracher dessus dans la mesure où elles ont sûrement été le seul sport que tu aies exercé durant ces douces années, et que sans elles tu serais probablement en ce moment-même en train de te rétablir doucement d’un petit AVC. Mais tu es bien content de pouvoir désormais laisser libre cours à ta créativité sur « Despacito » sans te sentir socialement contraint de suivre les mouvements ridicules de tes voisins.

9. Les voleurs de consos

Certes, les voleurs de consos ont disparu parce que plus personne ne te donne de consos gratuites. Mais c’est encore ça que ces fdp n’auront pas. Surveille quand même toujours ton verre en boîte, on ne sait jamais.

10. L'alcool des campagnes

À l’époque tu étais pauvre et étudiant et donc forcément aux anges si quelqu’un proposait de se ramener chez toi pour te rincer gratis, et ce même à base de cocktails premiers prix mélangés les uns aux autres à mesure que les campagnes avançaient. Mais maintenant sirote tranquilou ton petit verre de vin racé, personne ne viendra le couper d’eau du robinet, personne.

11. Les campagnes

Tu te demandes encore comment tu as pu mettre autant d’enthousiasme à récurer les apparts d’étudiants crasseux et leur concocter des petits croque-monsieur maison pour des votes que tu n’as sûrement pas eus. Tu te dis que t’as bien fait du chemin depuis, appris à t’affirmer avant que ton boss ne t’appelle pour que tu lui commandes à manger ce midi, lui réserves sa chambre d’hôtel pour le weekend prochain, et passes chercher sa fille à l’école, il est avec des clients (que tu ne rencontreras jamais).

12. Ton CV vide

Et l’humiliation conséquente de te le faire corriger par un professionnel patenté. Oui, tu as un peu forcé sur la taille de la police pour le remplir, et oui tout ce que tu as à mettre en avant sont tes heures de baby-sitting au collège et ta passion pour la salsa. Mais est-ce que parler de « prise de responsabilités et management d’enfant en bas-âge » ou de « compétition de niveau régional, pratique qui m’a appris la persévérance et l’adaptabilité » améliore vraiment l’ensemble ? Vraiment ?

13. La peur inavouée que ton école chute drastiquement dans les classements

Et ce, avant que tu n’aies choppé suffisamment de stages potables pour faire oublier la provenance de ton diplôme. Tu savais que tu aurais dû rejoindre l’école concurrente qui monte en flèche et dont toute la presse parle, mais non, tu t’es laissé.e séduire par une option en carton et maintenant que tu as juré fidélité à ta promo c’est fini, tu vas plonger avec eux.

14. Les passagers clandestins

Ou Jean-Michel parasite, élève injoignable tant que vous devez vous retrouver pour bosser sur un projet commun et qui réapparaît miraculeusement au matin de l’oral pour te demander la bouche en cœur de le pitcher sur sa partie. Ce à quoi tu t’exécutes en suant de rage parce que tu ne veux pas que sa médiocrité affecte ta propre note. Les passagers clandestins évoluent étonnement en collègues corrects. Ce qui est chouette pour ta vie professionnelle, sauf quand tu te rappelles que Jean-Michel est désormais un brillant consultant en audit dont les managers chantent les louanges du matin au soir et que tu as tout d’un coup envie d’avaler toutes tes clés usb et d’en mourir.

15. Ton vieux sweat brodé aux couleurs de ton asso.

Et pourtant, on sait que tu l’as aimé et que vous avez vécu de chouettes trucs ensemble. Mais si on est honnête deux minutes ce pull est informe, sa couleur ne va avec rien et il sent encore légèrement le Jagermeister. Allez jette-moi ça maintenant.

 

16. Les JT

Ou ce groupe de gens qui repère les déchets en soirée (et parfois c’était toi) et les traque caméra au poing avant d’en faire un petit montage et de le dévoiler à l’ensemble de l’école. T’as beau te dire que ça ferait pas forcément de mal en repas de famille pour que Tonton Roger prenne conscience de sa dégaine en fin de repas, tu respires à nouveau en boîte de nuit.

17. Ton premier stage

Dégoté grâce à ta longue expérience en baby-sitting et salsa je te le rappelle, donc tu ne pouvais pas t’attendre à des miracles. Mais le souvenir de ces deux longs mois d’été passés à attendre que ta boss d’alors revienne de vacances pour valider les deux trois projets d’envergure minuscule qu’elle aura bien voulu te déléguer te permettent au moins d’apprécier à leur juste valeur ta charge de travail actuelle et ses heures sup conséquentes.

18. La peur pour ta réputation

L’école de commerce est un petit village et il est rare qu’il se passe un truc dans ta vie sexuelle incluant un autre de tes petits camarades sans que beaucoup trop de personnes ne soient au courant. Maintenant que tu bosses et que tu n’éprouves que peu d’attirance sexuelle pour tes collègues, attirance de toute manière plus ou moins réprimée dans le cadre du travail, tu peux faire ce que tu veux de tes dates Tinder, personne n’en saura rien.

19. Le RU (ou les sandwichs de la cafét)

Maintenant que tu gagnes correctement ta vie (c’est ce que tu dis pour ne pas avoir l’air de te la raconte) tu te fais livrer tous les midis un petit frichti healthy et gourmand concocté par la dernière startup foodie en date dont le proprio faisait sans doute le même job que toi avant de tout plaquer. Et quand tu repenses qu’à l’époque te payer une pastabox xxl était synonyme de jour de fête et d’abondance tu ris grassement en te frottant le ventre. Avant de songer à tout plaquer. Puis tu ris grassement à nouveau.

20. Les navettes d'OB

Même ritournelle qu’avec la bouffe, maintenant que tu te fais plein de THUNE, tu rentres de soirée bien au chaud dans un petit Uber, et pendant que tu décapsules ta petite bouteille d’eau et croques dans un arlequin, tu repenses avec émotion à ce trajet de retour où l’un de tes camarades t’avait vomi sur les genoux, tandis que l’ensemble du bus chantait les « lacs du Connemara » à gorge déployée et que Jean-Michel Exhibitionniste entamait une danse du limousin de sa propre initiative. Ah, quelle chouette époque.

Et n’oublie pas de relire ce top si jamais tu sens la nostalgie qui monte et que ça va pas. Allez file maintenant.