On pourrait penser que les personnages mythologiques, ayant survécu dans la littérature jusqu’à notre époque avancée, sont des genres de restas pas à plaindre. Mais si vous étiez accrochés depuis 2000 ans à un arbre avec un aigle qui vous picore le foie quotidiennement, vous seriez peut-être d’un avis légèrement différent. Les préjugés ont la vie dure.

1. Oedipe

Imagine un peu. Déjà, ton nom veut dire « pieds enflés ». Ensuite, avant même ta naissance, un oracle t’envoie le mauvais oeil en annonçant à tes parents que tu vas tuer ton père et épouser ta mère. Puis tu naît et on t’abandonne en t’accrochant à un arbre par les chevilles. On te recueille, tu grandis, puis on te parle de la prophétie et tu fais tout pour éviter qu’elle ne se réalise. Et puis par hasard tu tues un vieillard qui se trouve être ton père et épouser sa femme qui s’avère être ta mère. Tu lui fais 4 gosses, puis tu comprends ce que tu as fait et tu t’autocrèves les yeux pour ne plus voir tes crimes avant de partir en exil pour mettre fin à la peste à Thèbes.

Une bonne vie de merde, surtout qu’ensuite on a donné ton nom à un complexe. T’aurais préféré une avenue, pas vraie ?

2. Tantale

Tantale ne s’était jamais senti l’égal des dieux. Il était tout le temps invité à bouffer chez eux, mais imaginez un peu le truc : les dieux devaient parler de trucs divins en mode on fait des private joke nulles et Tantale se faisait chier. Un jour, il a juste piqué une bouteille d’ambroisie pour rejoindre des potes de son âge après le dîner lénifiant et pour ce simple fait il a été considéré comme un putain de traître et il a été condamné à attendre sur une montagne avec un arbre fruitier et une source d’eau à portée qui s’éloignent à chaque fois qu’il se penche vers eux. Une éternité à avoir faim et soif.

3. Minos

Le mec était un roi aimé qui ne souffrait d’aucun problème. Jusqu’au jour où il a benoîtement demandé à Poséidon de lui faire surgir un taureau des flots afin de le lui offrir en sacrifice. Mais comme le taureau était super beau, il a préféré se le garder et sacrifier un autre taureau. Là, Poséidon a pété les plombs : il a fait en sorte que la taureau dévaste toutes les terres de Crète, puis a envoûté la femme de Minos pour qu’elle tombe amoureuse du taureau et s’accouple avec lui et que de cette union naisse un truc mi-homme mi-taureau, le minotaure, qu’il a fallu enfermer dans un labyrinthe (ça coûtait un bras de construire un labyrinthe à l’époque). Bref, une vengeance un peu disproportionnée et des années de lettre psy pour Minos.

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4. Phèdre

Bon, déjà, Phèdre a plus ou moins été mariée de force à Thésée qui était déjà marié avec une amazone. Ensuite, elle a des gosses avec lui mais, victime d’une malédiction lancée par Aphrodite, la voilà qui tombe amoureuse d’un de ses beaux-fils, Hippolyte. Celui-ci l’envoie chier. Phèdre est vénère, mais elle ne se résout pas à tuer elle-même Hippopo ; elle invente un mytho auprès de Thésée (gnagnagna Hippolyte m’a agressé gnagnagna) et lui demande de régler le problème. Thésée en appelle à Poséidon qui lui doit un service et ni une ni deux celui-ci fait apparaître un monstre marin qui fait flipper les chevaux d’Hippolyte : accident de voiture, mort. Comme elle se sent coupable, Phèdre se pend. Tout ça parce qu’Aphrodite était jalouse qu’Hippolyte préfère Artémis à elle.

5. Pénélope

Imagine ton mari par à la guerre et il met 20 ans à en revenir. Pendant ce temps-là, le seul truc que t’as à faire de la journée, c’est coudre puis découdre une tapisserie géante. On peut parler de vie chiante, non ? Et bah en plus de ça, imagine que, quand il rentre, ton mari prenne le temps avant de dessouder un à un tous les mecs qui, sous prétexte de te faire du gringue, t’ont un peu tenu compagnie au cours des deux dernières décennies. Ca fait beaucoup.

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6. Orphée

Alors ça commence comme une rom’com : Orphée, une sorte de BG qui jouait de la lyre h24, est croc’love d’Eurydice. Sauf qu’un jour patatras, Eurydice se retrouve mordue par un serpent. Pas de bol. Elle meurt. Bon, le truc, c’est qu’Orphée a du courage en réserve. Et qu’il descend aux enfers convaincre Charon de lui laisser faire l’aller-retour pour aller chercher sa meuf et la ramener sur la terre ferme – ce qui en soit est assez long, chiant et compliqué à faire – et qu’il y parvient, et qu’on lui dit que c’est OK pour ramener Eurydice à condition de ne pas la regarder avant d’être arrivé sur la terre ferme. Et ce con de se retourner un peu avant la sortie parce qu’il ne l’entend plus marcher derrière lui. Eurydice disparaît vers les enfers et Orphée a perdu sa journée.

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7. Prométhée

Encore une histoire de vengeance excessive. Prométhée n’est pas bien méchant, sur le papier. Il se contente de prendre le feu au dieu pour le confier aussi aux humains qui se les pèlent sur terre rapport au fait qu’on n’a pas encore inventé les vêtements et que le réchauffement climatique n’a pas encore commencé, sans compter que l’hiver s’annonce rude tout ça tout ça. Et Zeus, quand il s’en rend compte, l’a vraiment mauvaise. Mais genre mauvaise mauvaise mauvaise. Genre suffisamment mauvaise pour condamner Prométhée à être attaché à un arbre éternellement avec un aigle qui vient becter son foie tous les jours, celui-ci repoussant dans la nuit pour que le supplice redémarre le lendemain. Franchement, moi je dis un peu excessif.

8. Narcisse

Encore un type qui a rien demandé à personne : le mec naît et devient super beau. Bon, il se la pète un peu, mais c’est son droit, après tout, il est beau il est beau. Sauf qu’une des centaines de meufs qui tombent raide dingue de lui, la nymphe Echo, est vraiment vénère d’être éconduite et demande de l’aide aux dieux qui, n’ayant rien d’autre à foutre que d’emmerder le monde, décident de lancer une malédiction sur le pauvre Narcisse, lequel finit par tomber amoureux fou de son reflet et meurt de faim et de soif, coincé face à la rivière et ne pouvant attraper celui qu’il convoite. C’est tellement triste qu’il passe aussi l’éternité à essayer de se choper lui-même dans les eaux du Styx. Et le pire de tout, c’est que son nom sert aujourd’hui à qualifier de vrais connards.

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9. Bellérophon

Lui aussi avait la classe et se comportait bien. Irréprochable, c’est même le qualificatif qui lui est filé, à Bellérophon. Bref, tout se passait bien jusqu’à ce qu’Antéia, la femme de Protéos tombe amoureuse de lui et se prenne un rateau. Hyper vexée, elle est allée voir Protéos pour lui demander de tuer Bellérophon qui, soi-disant, aurait essayé de la violer. Protéos, qui était pas courageux courageux, le renvoya chez son beau-père en lui demandant à lui de le tuer. Le beau-père, pas beaucoup plus courageux, essaya tout : il envoya Bellérophon tuer la chimère, persuadé qu’il y passerait, mais Bellérophon s’en tira ; il envoya ses meilleurs tueurs, mais Bellérophon s’en tira. (On imagine qu’il devait être un peu crevé de toutes ces histoires, Bellérophon, mais bon passons). Ensuite, on se dit que ça allait être la galère de le flinguer et on lui donna une belle maison, une super femme et plein de trucs cool. Jusqu’à ce que les dieux le jalousent et le bannissent, le condamnant à errer en plein désert pour les siècles des siècles sans contact avec personne.

Bellérophon, c’est le blond de la mythologie grecque.

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10. Pandore

Franchement, si on te dit : « Tiens, garde cette mallette un petit moment mais surtout tu l’ouvres pas, hein ! » qu’est-ce que tu fais ? Et bah tu l’ouvres, évidemment. Et bah Pandore pareil : elle était la première femme de l’humanité et Zeus a eu la connerie de lui confier une boîte contenant plein de maux (déjà, pour commencer, il faudrait peut-être s’interroger sur la raison pour laquelle Zeus conservait une boîte contenant tous les maux de l’humanité, m’enfin c’est une autre histoire) en lui interdisant de l’ouvrir. Et bah elle l’a ouverte, la boîte, et après que s’est-il passé ? ON EN CHIE TOUS parce que TOUS LES MAUX SE SONT ÉCHAPPÉ À PART L’ESPÉRANCE. Et on la blâme pour ça alors que c’est même pas de sa faute.

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Franchement, à côté, les fins de mois difficile, ça va.