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Il y a des livres comme ça qui inspirent le respect, qu’on est censé avoir lu au moins une fois dans sa vie, ou auxquels on a échappé pendant sa scolarité. Malheureusement, Mark Twain disait -avec raison, qu’un classique « est un livre que tout le monde voudrait avoir lu et que personne ne veut lire. » N’ayons plus honte d’avoir cédé à la facilité et lu le résumé du Faust de Goethe sur Wikipedia. Assumons notre répulsion envers les interminables ronchonneries grinçantes de Flaubert. Voici pour vous déculpabiliser, les 15 livres qu’on devrait avoir lus mais c’est pas demain la veille qu’on lâchera le dernier Batman pour se plonger dans l’un de ces « classiques » avec la dévotion de rigueur.

  1. À la recherche du temps perdu, Marcel Proust, 1913-1927 : sept tomes, une pléiade de personnages, et une madeleine. En ne pensez pas vous rabattre sur les adaptations cinématographiques: Un Amour de Swann (Volker Schlöndorff) ou Le Temps Retrouvé (Raoul Ruiz) sont difficilement accessibles sans cocaïne. Cet immense palimpseste donne raison à Cocteau qui affirmait, dans La Machine Infernale, que « le temps des hommes est de l’éternité pliée ». Un bel aperçu du gouffre sans fond dont on cherche toujours à sortir.
    De quoi ça cause? Pendant 7 longs romans, sous couvert de réflexion sur la littérature, l’ami Marcel nous parle de Tata, de Mémé, de la voisine Machine et du cousin Bidule. Voilà.
  2. La Divine Comédie, Dante Alighieri,1307-1321 : monumental, vertigineux, une vraie descente en Enfer versifiée. Le Bois des Suicidés, les Neuf cercles, et moult activités champêtres vous attendent dans l’oeuvre majeure de la littérature italienne. « Abandonne tout espoir, toi qui ouvre ce livre ».
    De quoi ça cause? : Dante descend aux Enfers pour retrouver Béatrice. Il est guidé par Virgile (le poète latin) qui se demande bien ce qu’il est venu faire dans cette galère.
  3. L’insoutenable Légèreté de l’être Milan Kundera, 1982 : un titre digne de Michel Gondry pour un écrivain tchèque nobélisable qui écrit en français. Conscient-e de votre propre légèreté, insoutenable de surcroît, vous préférez vous tourner vers de la grande littérature plutôt que vers un guide de développement personnel. C’est finalement 10 moyens efficaces d’avoir la gagne de Philippe Lucas que vous emprunterez à la bibliothèque municipale, quand il l’aura écrit, bien sûr. On ne dira rien, déjà parce qu’on est pas du genre balance, et honnêtement, qui a lu L’insoutenable Légèreté de l’être?
    De quoi ça cause? : l’exclusion de tout ce que l’existence humaine a d’inacceptable. Vous avez mal au crâne? C’est l’histoire d’un chirurgien dévergondé, de sa femme et de sa maîtresse sur fond de Printemps de Prague. Y’a du cul, tout de même.
  4. La Princesse de Clèves, Madame de la Fayette, 1678 : vous vous dites que si Sarkozy, c’est-à-dire l’homme qui file une Légion d’honneur à Mireille Matthieu, pense que c’est de la merde, c’est forcément un chef-d’oeuvre. En un sens, c’en est un: considéré comme le premier roman « psychologique », mais aussi comme le fer de lance du renouveau stylistique et fleuron des Belles Lettres, La Princesse de Clèves est une oeuvre indispensable. Malheureusement, ce roman est désespérément chiant, c’est un fait.
    De quoi ça cause? : Mademoiselle de Chartres se marie avec Monsieur de Clèves mais aime Monsieur de Nemours. S’en suivent d’interminables atermoiements et la (très) minutieuse description de l’évolution du sentiment amoureux. Platonique. Ouais.
  5. Richard III, William Shakespeare, 1591 ou 1592 : vous avez vraiment aimé Hamlet: de la folie, de la haine et de la violence, des crânes et de la baston. Et Richard III s’annonçait tout aussi réjouissant. Sauf qu’il y a une tripotée de personnages tous plus ou moins cousins, d’interminables soliloques à côté desquels ceux d’Hamlet passent pour d’aimables interjections, bref, on n’y comprend rien et tout ce qu’on en retient, c’est que le Richard du titre est prêt à lourder son royaume pour un vulgaire canasson.
    De quoi ça cause? : Richard III est très déterminé à grimper sur le trône d’Angleterre et dessoude allègrement tout ce qui se trouve sur son chemin-avec une prédilection marquée pour les membres de sa famille.
  6. L’Iliade et L’Odyssée, Homère, 850-750 av JC : vous avez vu Troie et avez été émoustillé-e bien malgré vous par Brad Pitt en jupette, vous avez ingurgité un nombre conséquent de péplums des 70′s avec monstres en carton et colonnes grecques en plâtre, vous vous pensez mûr-e pour affronter ces deux longs poèmes épiques dans leur version originale. Sauf que vous n’y comprenez rien, entre le Dieu Machin et le Héros Truc, les périphrases de six pages pour dire qu’il pleut/que le jour se lève/que la ville-mais quelle ville? est à feu et à sang, vous font mal au cerveau, et toutes ces histoires maritimes, ça vous donne le mal de mer.
    De quoi ça cause? : L’Iliade relate la Guerre de Troie, L’Odyssée le retour d’Ulysse à Ithaque qui galère bien sa race quand même.
  7. En attendant Godot, Samuel Beckett, 1948 : le théâtre de l’absurde traduit par le non-sens les questionnements existentiels liés à l’époque que Camus désigne comme étant « le siècle de la peur ». Maintenant, prenez un peu d’aspirine, et quand le singe mécanique arrêtera de jouer des cymbales dans votre tête, vous pourrez saisir l’essentiel de cette pièce de théâtre: Godot, métaphore de Dieu, de la Mort, de l’Etre et du Néant, Obi-Wan Kenobi ou La réponse D?
    De quoi ça cause? : deux gus attendent un troisième qui ne vient pas. Pensez-y la prochaine fois que vous attendrez un malpoli qui vous pose un lapin: vous pourrez toujours en faire une pièce.
  8. Guerre et Paix, Léon Tolstoï, 1865-1869 : l’oeuvre majeure de la littérature russe a été élu Cale-Porte le plus efficace depuis Crime et Châtiment de Dostoïevski. Sûrement la définition la plus exacte du terme « pavé ».
    De quoi ça cause? : de guerre et de paix.
  9. Ulysse, James Joyce, 1918-1920 :interdite à sa parution aux Etats-Unis pour obscénités, la « cathédrale de prose » est l’un des plus brillants échantillons de la littérature du début du XXe siècle. On se rabattra plutôt sur « la cabine-WC publiques de prose » qu’est Harry Potter, au moins on comprend de quoi il retourne. Il y a même un Dedalus quelque part, comme dans Ulysse, alors, c’est presque pareil. Si.
    De quoi ça cause? :des Irlandais attendent un Anglais, et il y en a un qui se rase (un des Irlandais, pas l’Anglais) et puis ils se posent des questions sur la vie-la mort-tout-ça, et puis une théorie sur Hamlet et généralement, arrivé-e à ce stade des réjouissances, on se pend.
  10. Mathnawi, Jalâl ud Dîn Rûmî, XIIIe siècle : un classique de la littérature persane, tellement classique que le terme « mathnawi » désigne aussi un style poétique particulier. Mais de là à le lire, faut pas déconner.
    De quoi ça cause? :soufisme, spiritualité, lyrisme plein d’esprit, ah tiens le singe mécanique qui joue des cymbales dans le cerveau quand on est en black-out cérébral est de retour.
  11. Quatre-Vingt-Treize, Victor Hugo, 1874 : dernier roman de Victor Hugo, l’homme-à-tout-faire de la culture française, vous pensez sûrement que ce roman doit être aussi prenant que Les Misérables, aussi spectaculaire que Notre-Dame-de-Paris, et aussi poignant que l’Homme qui rit. Vous pensez mal. Certes, c’est une oeuvre majeure de la littérature comme tout ce qu’a produit Victor Hugo, mais c’est long, c’est compliqué, ça nécessite quand même quelques connaissances historiques, bref, ça ne se lit pas aux toilettes, ou alors seulement en cas de gastro qui s’éternise.
    De quoi ça cause? : les Chouans. Oui y’a eu un film avec Sophie Marceau à poil.
  12. Gatsby le Magnifique, Francis Scott Fitzgerald, 1925 : si vous avez vu le film « Man on the Moon » de Milos Forman, vous vous souvenez sûrement de la scène durant laquelle Andy Kaufman (Jim Carrey) lit devant une assemblée étudiante médusée l’intégralité de Gastby le Magnifique. Si vous ne l’avez pas vu, on vous encourage vivement à le faire afin de saisir la torpeur dans laquelle tout être humain normalement constitué plonge immédiatement au contact de cet immense roman américain.
    De quoi ça cause? : Long Island-fric-Gastbsy qui est donc magnifique-cousine Daisy. Il y a eu un film avec Robert Redford, et bientôt un nouveau avec Leonardo Di Caprio alors pourquoi s’emmerder je vous le demande.
  13. Mémoires d’Outre-Tombes, François-René de Chateaubriand, 1840 : nom à rallonge, vie à rallonge, oeuvre à rallonge. Votre vie est aussi passionnante qu’une paire de charentaises? Même le temps se suicide d’ennui à vos côtés? Ecrivez votre autobiographie. Si ça a bien marché pour François-René, y’a pas de raisons hein…
    De quoi ça cause? : René et sa sensibilité exacerbée, René à la mer, René en vacances, le retour de René, à côté de ça, même le temps qui suspend son vol chez Lamartine semble passer beaucoup plus vite.
  14. Raisons et Sentiments, Jane Austen, 1811 : considéré comme l’ancêtre de la « chick-litt » (littérature à qualité variable, voire moyenne, destinée majoritairement aux jeunes filles) ce roman est un monument en Angleterre. De là à se l’infliger, la bonne entente franco-britannique a des limites tout de même.
    De quoi ça cause? : très similaire à Orgueils et Préjugés qui ressemble étrangement beaucoup à Mansfield Park: convenances sociales gna gna gna, pseudo-émancipation gna gna gna, famille pauvre et famille riche gna gna gna, amours contrariées gna gna gna.
  15. Critique de la Raison Pure, Emmanuel Kant, 1781-1787 : faisant l’objet d’un paragraphe de la Convention de Genève (au chapitre « tortures diverses »), ce traité de philosophie a usé les nerfs de nombreux étudiants en philo et tous les lycéens redoutent de tomber dessus au bac philo. Il se murmure qu’il remplace très efficacement la gégène.
    De quoi ça cause? : un bouquin philosophique écrit par l’homme le plus sinistre du monde, de quoi voulez-vous que ça parle? Vous avez d’autres questions, parce qu’on doit retourner lire Les Animaux de la Ferme, là.
  16. Bonus La drogue – Parlons-en (préface du Pr Olievenstein), Régine, 1987 : un classique, un incontournable, un chef-d’oeuvre de la Grande Régine. Qu’effectivement personne n’a lu.
    De quoi ça cause? : de drogue et de la Grande Zoa, mais ce ne sont que des suppositions.

Et vous, vous faites quel score sur 15 ? Allez on fonce chez Amazon pour acheter ces classiques.

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