Globalement, dans la vie, on déploie des efforts incessants pour exister un peu, faire rire, faire parler de soi, essayer de laisser une trace, essayer de garder la forme, maximiser son plaisir, trésors d’ingéniosité pour profiter de la vie à fond, on pense que l’on est libre, on pense que l’on est guidé par la seule force de sa volonté, on pense tout ça alors qu’en fait la seule chose que l’on cherche c’est à trouver quelqu’un qu’on aime bien pour échanger des miasmes avec lui et insérer frénétiquement un pénis dans un vagin. Mais bien essayé les gars.

1. LA fille qui voulait bien, elle

Elle est sympa Blandine. Après sept mois bredouille et une collection de vents à concurrencer Joël Collado, on finit par le voir qu’elle est sympa, Blandine. Faut dire que Christina avait été plutôt claire un peu plus tôt dans la soirée quand elle avait dit « lâche-moi, je peux pas te saquer ». Ensuite, tu t’étais retrouvé verre à la main et sourire figé à la recherche d’un sens à ta vie. Et puis t’es tombé sur Blandine. L’était pas bien jolie, Blandine, l’avait pas une belle peau, mais elle avait l’air de sortir d’une trentaine d’années de bredouillerie infinie.

Et t’es reparti avec Blandine en culpabilisant d’avoir honte. Le lendemain a été terrible entre haine de soi d’avoir couché avec elle et haine de soi de se haïr d’avoir couché avec elle. Pour toute Blandine ramenée, 10 ans de psychanalyse offerts.

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2. Le faux ténébreux

Il cachait forcément quelque chose. A sa manière de descendre sa cigarette, fumée déroulant son ruban sur un Tom Waits imaginaire, tu savais qu’il y avait du coffre, tu savais qu’il y avait du sang, tu savais qu’il y avait des larmes, l’amour passion, les corps, l’amour partout, les vers qu’on déclamerait après. Tu t’es approchée, timidement. Pas un mot, mais de l’électricité, ça oui, la main qui passe dans ses cheveux. C’est gagné. Tu ne connaissais pas son prénom, mais tu savais que tu le verras aux côtés de Rimbaud et Gainsbourg, un jour, plus tard, dans des anthologies françaises. Vous êtes repartis chez lui, il t’a servi un verre de dur, du whisky façon tord-boyaux, tu détestes ça, mais tu l’as bu, son whisky. Ensuite, le classique : bande-mou, trop d’alcool, draps sales. Paris canaille, dis donc. Et quand il a ouvert la bouche après avoir joui en précoce, c’était pour dire un truc très nul, parce qu’il était complètement con ; maintenant que tu le dis, c’est ça : complètement con.

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3. La fille vraiment pas classe

Pensées coupables devant Cynthia. Pensées coupables parce que tout est trop : trop de maquillage, trop de paillettes, rire trop fort, genoux trop gras, trop de teinture, trop de joie de vivre. Cynthia était une fille entière – tu le sais parce qu’elle n’avait de cesse de le répéter. Pensées coupables tout du long : tu ne te savais pas capable d’être attiré par ce genre de fille. Non, toi t’étais Anouk Aimée. Mais alors pourquoi ? Pensées coupables nourries par l’alcool qui fait taire les autres pensées. Elle riait quand tu l’embrassais, t’avais du rouge à lèvres partout ; dans l’alcool, ça semblait glamour. Du sexe absolument normal. Du sexe absolument normal, si ce n’était pour ces regrets qui envahissaient ton esprit comme une chanson de Barbara, il pleut sur Nantes à l’heure de jouir, ça la fout mal.

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4. L'insécurisé

Il avait l’air normal, François. Il avait l’air totale normal, presque trop normal peut-être. Il ne parlait pas trop de lui à part quand on le lui demandait, il faisait un métier normal, il gagnait un salaire normal, il avait une famille normal, pas de copine et des amis : il avait l’air normal, François. Mais y avait une blessure d’enfance, quelque chose qui l’avait mis dedans, quelque chose que tu n’avais pas vu venir quand tu étais rentrée chez lui, dans son appartement normal, une collec’ de livres normaux, des DVD de films connus, oui, y’avait une blessure d’enfance que tu n’avais pas pu déceler quand vous vous étiez mis tout nus sur une musique assez normale. Mais tu te l’es prise en pleine gueule une fois l’amour fini, la blessure. « C’était bien ? Non mais par rapport aux autres, c’était bien ? T’en penses quoi, ça va ? Tu pourrais mettre une note à mon cunnilingus ? Je suis désolé, j’ai joui à un moment, j’arrivais plus à retenir. Mais en vrai, je veux dire, c’était bien pour toi ? T’as aimé ? »

Culotte. Chemise. Pull. Pantalon. Chaussures. Fuite.

5. Ta pote

Qu’est-ce qui t’est passé par la tête ? Qu’est-ce qui t’es passé par la tête, bordel ? Vous êtes rentrés, comme d’habitude. Vous étiez bien sûr éméchés, rien d’anormal, c’était comme ça, 5 ans d’amitié dans l’alcool, tout allait bien, comme avant, comme toujours. Ce soir, elle devait dormir chez toi pour des raisons de métro fermé, c’était OK, y’a le canapé, c’était pareil la semaine dernière, on prendrait un dernier verre et zoup au lit. Elle a jeté ses affaires par terre, s’est allongée sur le canapé, elle avait la tête qui tournait. Tu l’as aidée à se désaper – son pantalon lui résistait. Et puis en faisant ce mouvement, l’idée est née ; et tu as vu dans son regard que l’idée était née aussi. C’est le problème des idées : on a envie de voir ce qu’elles valent dans le domaine du réel, on veut en prendre la mesure, savoir si elles étaient bonnes, mauvaises, savoir. L’idée est née, donc, et voilà que subrepticement que tu l’embrasses – qu’est-ce que tu fous bordel ?

Ensuite, on en ressort groggy. On dessoule tout à coup, douche froide, qu’est-ce qu’on a fait bordel ? Tu viens de perdre une copine.

6. Dr. Blagues

Il faisait des tas de trucs avec ses pieds, avec ses mains, avec son nez, blague sur blague en combat libre et don’t forget me I’m Docteur B. B comme blagues. Imitations diverses, anecdotes renversantes, on était dans le LOL : le type était inarrêtable et personne ne voulait l’arrêter, pliés en deux les mecs, par terre, sciés par autant d’esprit. Une star dans l’aquarium de fumées. C’était limite tours de magie – mais il avait du goût, Antoine. Et toi t’écoutais fascinée, parce qu’autant de charisme ça fige, ça tue. Docteur Blagues a fini par se taire. Pour montrer qu’il n’était pas qu’un spectacle vivant, il s’est mis à discutailler, verre à la main, grande élégance. Quand vous êtes arrivé chez toi, il a continuer la discute. Toi, tu envisageais l’amour, mais il avait autre chose à dire, une autre anecdote incroyable, un autre événement à tomber. Quand on s’est mis à la besogne, tu n’avais plus vraiment envie, t’étais fatiguée, somnolente, saoulée de mots. Tu t’es réveillée souffreteuse, Dalida et Delon dans la tête, Dr. Blagues parti.

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7. La fille qui a des chats

Attention, pas la folle à chats. La folle à chats, on la reconnait : elle a une maîtrise de russe, des poils sur ses vêtements de soirée et elle soigne sa timidité maladive dans la maladie d’alcool. Non, juste la fille qui a des chats, celle qui peut avoir toutes les têtes, qui peut venir de tous les milieux, qu’on peut rencontrer partout. Et qui, dès qu’on franchit son seuil, parle de ses chats caresse ses chats, impose ses chats sur le lit du sexe, dit des trucs comme « mon chat t’aime pas ! » ; et quand même on passe le test, voilà qu’on se fait miauler au milieu de la nuit, et on sait que se faire miauler c’est traumatisant.

8. Le type qui suppliait

Il avait l’air mal, ce pauvre gars. Il avait l’air rejeté de partout. Pourtant, à bien y regarder, il portait plutôt beau, en tout cas pas si mal. Un peu courbé, oui, un peu courbé ; mais de jolis traits sous la barbe. On sentait qu’il lui manquait rien pour repartir du bon pied – simplement qu’on veuille bien de lui. « Ma bonne Blandine » que tu t’es dit « Ma bonne Blandine, va lui parler, ça lui fera du bien… » Pas facile d’approche mais tout de même, en deux deux l’affaire était pliée. Y’avait pas l’excitation habituelle, mais un autre truc, l’impression de faire le bien qu’était tout de même excitant. Le faire repartir du bon pied, voilà. Et prendre un peu de plaisir pour ça : où est le mal ?

Voilà, on est rentré ensemble. Et là le type s’est excusé. Excusé d’avoir dit bonjour, excusé de t’avoir embrassée, excusé d’avoir joui trop tôt, ou trop vite, excusé d’avoir existé, excusé d’avoir fait l’amour, excusé pour le dérangement, excusé d’utiliser les toilettes, excusé d’avance si jamais il venait à ronfler, excusé de s’être excusé, excusé de s’être excusé de s’être excusé.

« On dit je te demande pardon, pas je m’excuse ». Il a demandé pardon pour l’erreur.

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9. La fille qui croyait aux énergies

Sur le principe, ça avait l’air top ; une fille sans soutien gorge qui croit aux énergies et à la connexion des corps, qui pense que le sexe est un remède à nos maux intérieurs, qui écoute Joplin et prend parfois des drogues pour se reconnecter quitte parfois à, selon ses dires « se laisser aller complètement dans le don ». A mesure que tu l’écoutais, y’avait le palpitant qui s’agitait, tu sentais l’amour proche et pas n’importe quel amour, un amour sans problème, amour sans attachement, un amour où tu pourrais mettre tes mains partout et t’amuser beaucoup. Un amour de drogué.

Oui, mais avant ça, il fallait méditer, se reconnecter aux nanoparticules ; et puis l’amour torride s’interrompait souvent quand un fantôme passé arrivait dans la pièce ; et les odeurs d’encens, et les odeurs de sueur, et ce portrait immense de Bouddha qui te regarde, et… C’était la semaine avant que tu postules chez Goldman Sachs.

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10. L'acteur

Coucher avec un acteur : à chacun ses fantasmes. Il avait joué un rôle dans une pub Bonduelle, y’a trois ans, et là c’était casting sur casting sur casting. Il en parlait avec passion de son métier qu’il faisait pas parce que la plupart de son temps, il le passait dans un call center du côté de Viroflay à démarcher pour des opérateurs mobiles. Là aussi fallait faire l’acteur. Grand bien bâti, pas mal : il savait un peu de Shakespeare, il savait un peu d’Audiard, il savait un peu réciter, c’était pas bien, mais pas si mal. Coucher avec un acteur, quand même. Ce qu’elle allait dire Stéphanie ! « J’ai couché avec le mec de la pub Bonduelle », que tu dirais. « Le vieux édenté ? » qu’elle dirait. « Mais non, le beau gosse, là. » Ce qu’elle allait dire Stéphanie.

Dans son mouroir sous les toits, il a joué mal la comédie. La comédie de l’amour. Il a arraché ta chemise – il avait vu ça dans un film – il a dit des trucs pas très propres – il avait vu ça dans un film – il a grogné comme Depardieu – il avait vu ça dans un film – il n’a pas vu que tu simulais – tu n’étais pas un film.

Faire l’amour, c’est bien, mais c’est mal.