Le bâton contre les barreaux. Le maton qui avance, doucement. Cling, cling, cling… Les prisonniers tremblent. Ça va être leur fête. Dans la cellule d’isolement, on entend des hurlements. Ça sent le moisi. A travers les barreaux, des visages de gens qui profèrent des insanité. Pas de doute : on est en prison.

Mouais. En réalité, la prison est un endroit horrible, certes, mais dont le fonctionnement ne ressemble pas exactement à tout ça.

1. Le mec qui rentre en prison et se fait insulter par tout le monde

C’est un peu plus compliqué que cela. Quand elle arrive en prison, la personne incarcérée est placée en cellule d’attente. Il n’est généralement pas seul, car le risque de suicide est très élevé dans les deux premiers jours. A partir de ce moment-là, il doit passer une foule de contrôles administratifs réalisés par un agent du greffe de l’établissement pénitentiaire et peut faire l’objet ou non d’une fouille au corps. Il arrive aussi qu’il faille lui fournir des affaires (notamment des slips) et le minimum pour son hygiène.

Quant au côté « je me fais immédiatement enchaîner », il est assez rare pour deux raisons. La première, c’est que le nouveau détenu n’est pas tout de suite confronté au reste de la prison. La seconde, c’est que les grandes maisons d’arrêt disposent d’un quartier pour les arrivants qui évite un mélange trop abrupt dans les premiers jours.

2. Il faut choisir son gang à la cantine

L’idée selon laquelle les Corses affronteraient les salafistes, etc. est une projection simpliste. En réalité, en prison, on se fait des potes en dépit des appartenances religieuses ou sociales. C’est d’autant plus vrai que les encadrants essaient au maximum d’éviter les regroupements en cellule sur des bases communautaires. Par ailleurs, les détenus de longue durée tendent à éviter les emmerdes pour avoir des remises de peine et sont donc rarement à la tête de gangs. En revanche, ils cherchent à se faire respecter pour avoir la paix.

Source photo : Giphy

3. Les gardiens sont des monstres...

Non. L’immense majorité des gardiens de prison n’ont aucun intérêt à faire preuve de sadisme ou de violence. Mais c’est comme partout, on trouve des dingues, ou des types qui ne résistent pas à la pression et pètent un plomb. Cela reste rare et les poursuites disciplinaires existent.

4. ...Mais des monstres qu'on peut aisément corrompre

On a tous l’image en tête : un gardien voit sa famille menacée par un détenu et doit l’aider à s’évader. C’est très très improbable. Déjà parce que les détenus n’ont a priori pas les moyens d’identifier les gardiens formellement ; ensuite parce que les gardiens ont un gros pouvoir de pression (sans forcément faire preuve de violence) sur les détenus. Il suffit qu’ils lancent une rumeur sur un agitateur et celui-ci peut avoir des problèmes avec ses codétenus. Par ailleurs, en cas d’incidents réguliers, des brigades extérieures interviennent et fouillent les cellules à l’improviste. Il vaut mieux éviter de se retrouver dans cette situation.

5. Y'a des bastons tout le temps

Les détenus de peines longues ne font jamais de vague. Bien sûr, la violence existe, mais elle est davantage verbale ou psychologique. Les vraies raisons des engueulades empruntent souvent au quotidien, et non pas à des affrontements entre bandes rivales. Si un type met la télé à fond toute la nuit, les voisins vont craquer, comme dans la vraie vie. Mais pas de couteau planté dans la carotide à la cantine parce qu’on t’a volé une frite.

6. Les détenus de peine légère croisent des détenus de peines longues

En France, il existe plusieurs types d’établissements pénitentiaires pour accueillir différents types de détenus. Malgré la surpopulation carcérale, ces distinctions sont généralement respectées. Les maisons d’arrêt accueillent ainsi les prévenus (pas encore jugés) et les détenus condamnés à des peines courtes ; les centres de réinsertions sont destinés aux détenus dont les chances de réinsertion sont importantes ou dont les délits sont mineurs ; enfin, les maisons centrales accueillent les personnes condamnées à des lourdes peines. Pas de risque, a priori, de se retrouver dans un gang de tueurs fous si on a volé une pomme. Par ailleurs, dans les maisons d’arrêt, les prévenus qui encourent de lourdes peines sont placés à l’isolement pour éviter une contamination avec les autres personnes poursuivies.

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7. Il existe des prisons de haute sécurité avec des milliers de portes et de trucs en verre

Non. Plus un détenu va rester longtemps, plus on lui laisse de la liberté pour l’aménagement de sa cellule qui peut donc (tout est relatif) relativement égayer son séjour. Par ailleurs, dans les centres de détention, le régime de surveillance est beaucoup plus lâche. Rapidement, les détenus peuvent obtenir la clé de leur cellule et avoir une certaine liberté de mouvement.

8. On peut rester des dizaines d'années au mitard

Le mitard est la punition ultime. Un endroit vide, horrible, avec rien dedans, isolé de tout le monde et tout petit. Les conditions sont horribles : les surveillants laissent parfois la lumière allumée toute la nuit et tapent régulièrement contre les parois s’ils le souhaitent. Mais on n’y perd pas tous ses droits, pour commencer : on peut lire, écrire, accéder au parloir… Surtout, on ne peut y être envoyé que 45 jours maximum et pour des motifs légitimes, à savoir l’agression d’un surveillant ou l’échec d’une tentative d’évasion.

9. Le parloir, un endroit aseptisé où l'on se parle à travers un interphone

En réalité, le dispositif du parloir n’est pas si horrible que décrit dans les films. La famille proche d’un détenu peut lui rendre visite jusqu’à 3 fois par semaine, généralement du mardi au samedi. Le visiteur peut aussi apporter du linge propre au détenu. Par ailleurs, la plupart des parloirs sont des salles en tant que telles (et non pas des rangées d’hygiaphones) où l’on peut se toucher et se voir. Généralement, la durée légale de rencontre est de 45 minutes, mais il existe des possibilités d’allongement de cette durée dans le cadre de circonstances exceptionnelles, notamment quand les proches doivent parcourir une grande distance pour rendre visite au détenu. Il existe même un parloir pour enfants, avec des jouets.

Si le détenu le demande (ou s’il a été sanctionné) les visites se feront autour d’un hygiaphone. C’est donc un cas très rare.

10. Les évasions à la petite cuiller

En soi c’est possible, mais très rare. Un criminel moscovite a réalisé cette prouesse en 2013, et le cas le plus célèbre est celui des évadés d’Alcatraz, en 1962. Mais quand évasion il y a, c’est généralement avec de l’aide de l’extérieur, des hélicos et BEAUCOUP d’armes. Les évasions à la petite cuiller relèvent davantage du fantasme que de la chose qui peut se produire.

Et surtout la santé.

Sources : Slate, Prison.eu.org