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Vous voilà assis sur une banquette rafistolée au Chatterton, dans ce bar appelé "Le Pénalty" ou "L’Embuscade", pas de musique, toilettes mixtes, et à 8h30 du matin, vous êtes le seul client qui n'a pas un ballon de vin blanc devant votre nez. Une question vous taraude : n'auriez-vous pas atterri par mégarde dans un tripot? Quelques signes évidents auraient pourtant dû vous alarmer.

  1. Une forte proportion de moustaches
    Mais pas de pantalon en cuir ni de bracelet à clous. Ces élégantes pilosités trempent allègrement dans la mousse de picon-bière et contribuent, avec le baby-foot, à instituer une ambiance virile dans l'établissement.
  2. La publicité "Buvez Choky" en devanture
    A côté de la Licence IV rouge et bleue fièrement arborée. Si le patron est de bonne composition, il aura autorisé des jeunes à mettre une affiche jaune fluo pour signaler une soirée mousse dans la boite du coin. L'entraide, c'est la clé du petit commerce.
  3. La possibilité de commander un Cacolac
    Ce qui semblera suspect si vous n'êtes pas accompagné de jeunes enfants. Tout client en âge d'articuler sa commande est tenu de prendre une boisson anisée ou servie à la pression. Les clients les plus raisonnables carburent au galopin, tellement petit qu'il ne peut faire de mal à personne.
  4. Le patron qui appelle tous les clients par leurs prénoms
    Le comptoir est occupé par des habitués, le nouveau venu est scruté comme un pied-tendre et a tout intérêt à payer une tournée générale pour lever la méfiance instinctive de la clientèle.
  5. La présence sur une étagère d'un Orangina transparent avec toute la pulpe concentrée au fond
    Effectivement, la demande a été calme en Orangina ces dernières années. On trouve également un Ricqlès et un Fruité qui révèleront une marque de rouille sur le goulot une fois décapsulés. Mais votre regard s'attardera forcément sur la dosette de la bouteille de pastis décorée d'enseignes de jeu de carte, pique, carreau, cœur et trèfle.
  6. Le café à moins d'un euro
    On comprend assez vite que le chiffre d'affaire de l'établissement ne se fait pas sur les infusions. D'ailleurs, le dépôt immonde qui reste au fond de votre expresso montre que le tenancier ne s'est pas encore fait la main sur cette machine diabolique qui ne fonctionne pas comme une pompe à bière.
  7. Les clients qui clopent
    Au fin fond de la campagne, certains troquets ne se sont pas sentis concernés par les récentes règlementations concernant le tabac. Et à ceux qui l'interrogent sur les questions de santé publique, le patron présente un argument imparable : j'en ai rien à foutre, je fais ce que je veux chez moi. Un cendrier jaune "Ricard" vous indique que vous n'êtes pas tombés chez des rigolos.
  8. C'est un peu tous les soirs la soirée Beaujolais
    Et ça commence vers 17h. Le comptoir est une forêt de ballons de rouges avalés avec davantage de mélancolie que de modération et de sous-bocks trop souvent réutilisés. De temps à autre, un client pourra entonner un refrain connu de lui seul ou insulter des ennemis imaginaires, De toutes façons, ils m'auront pas!... tiens je vais pisser là, moi...
  9. La presse locale sur le comptoir
    Certes il y a une télé, mais elle est en boucle sur L’ÉquipeTV ou sur Equidia et le son est coupé. Alors en attendant de se faire des nouveaux copains dans ce lieu de débauche, jetez donc un oeil sur le quotidien du coin afin de prendre connaissance des résultats de l'équipe fanion de la commune en Promotion d'Honneur. Soyez sur le coup, le patron peut à tout moment engager la conversation sur le sujet.
  10. Le lexique dédié aux verres de bière
    Vous répétez 37 fois que vous voulez une pinte avant de découvrir que selon le département où vous avez fait halte, un verre de 50cl de bière est appelé Distingué, Véritable, Baron, Mini-chevalier, Chope ou Sérieux. Evitez les fantaisies (une Blanche, une Kriek Cerise) pour éviter toute question sur vos orientations sexuelles.

Et vous, vous avez des points de chute un peu rustiques?