Quand on était petit et que nos grands frères et soeurs nous faisaient croire qu’on avait été adoptés, on était saisi d’effroi. Mais en fait, être adopté ou pas, ça ne change pas grand’chose. Par contre, pour les parents, ce n’est pas le même degré d’emmerdes : si une grossesse de neuf mois peut être considérée à juste titre comme un véritable enfer sur terre, 5 ans d’attente à remplir des papiers l’est tout autant si ce n’est plus. Mais en fait, on n’y connaît rien à l’adoption. Enfin vous n’y connaissez rien puisque moi je viens de faire deux heures de recherche dessus pour vous aider à en savoir plus.

1. Est ce que tout le monde peut adopter ? 

Alors oui et non. En gros en France, toute personne de plus de 28 ans peut adopter. Mais là où ça se complique, c’est que pour adopter en couple, il faut être marié. Sinon, on peut adopter seul avec l’accord de son conjoint. Il y a le cas spécifique de l’adoption de l’enfant du conjoint, qui peut se faire même si l’on n’a pas 28 ans. Mais en gros pour adopter à deux il faut être marié et il n’y a pas de limite d’âge supérieure. On peut adopter un gosse de 6 mois quand on a 40 ans, même si dans les faits les autorités vont souvent privilégier des couples plus jeunes. Généralement, on estime que la différence d’âge minimale doit être de 15 ans entre le parent qui adopte et l’enfant adopté. Mais cela reste à l’appréciation du juge.

2. Auprès de qui fait-on la demande ?

Si on veut adopter un enfant en France, il faut d’abord obtenir un agrément de la part du président du conseil général. C’est donc au niveau du département que la démarche commence. Une batterie de tests psychosociaux vérifie que le postulant n’est pas un dingo dingue qui veut affamer et tuer des enfants. Ensuite, une fois l’agrément obtenu, il faut s’adresser à l’Aide sociale à l’enfance du département pour signifier que l’on veut adopter un enfant pupille de l’Etat.

Si on veut adopter un enfant à l’étranger, l’obtention de l’agrément est tout aussi nécessaire. Mais par la suite, les règles qui s’imposent sont celles de la Convention de la Haye sur la protection de l’enfance. On peut adopter un enfant mineur d’un autre Etat si celui-ci a ratifié cette convention. Dans ce cas, il faut monter un dossier auprès de l’AFA, l’agence française de l’adoption ou auprès d’un organisme agréé. Si jamais l’enfant visé est ressortissant d’un pays qui n’a pas signé la convention, il faut directement s’adresser aux autorités de cet Etat. Oui, c’est compliqué.

3. C'est payant ?

Là encore ça dépend du type d’adoption ; en France, l’adoption est gratuite. A l’international, le coût d’une adoption peut être élevé et comprend la constitution du dossier, le voyage vers le pays où l’on veut adopter un enfant, les éventuels coûts induits par la législation du pays pour constituer des dossiers (et parfois aussi se verser des pots de vin), sans compter les dons nécessaires à l’orphelinat où l’on adopte… Au total, cela peut représenter entre 10.000 et 20.000 euros facile. Les organismes agréés proposent généralement des forfaits.

4. Combien de temps entre une demande d'adoption et l'arrivée de l'enfant ? 

Les délais d’attente sont longs quand on veut adopter un pupille de l’Etat. En moyenne, il faut compter 5 ans entre la demande (renouvelée tous les ans) et l’obtention. Mais ces délais peuvent varier d’un département à l’autre puisque ce sont les autorités départementales qui gèrent l’accueil des pupilles de l’Etat, ce qui fait qu’il y a des disparités fortes entre le nombre d’enfants disponibles si l’on peut dire d’un département à l’autre.

A l’étranger, c’est plus rapide puisqu’il y a de l’argent en jeu et une offre plus grande (passez moi l’expression).

5. Est-ce qu'on peut choisir l'enfant, genre sur catalogue ? 

En France, on formule des voeux sur l’âge et le sexe de l’enfant qui seront pris en compte au moment de l’examen de la demande. Mais plus on se montre ouvert, plus on aura de chances de trouver son bonheur. Dans le cas d’une adoption internationale, il n’y aura pas de catalogue mais bien souvent on aura le choix du pays, de l’âge, etc en fonction des disponibilités.

6. Est-ce que l'enfant a son mot à dire ?

S’il a moins de 13 ans, non. Mais s’il a plus de 13 ans, la loi française prévoit que l’enfant doit donner son consentement. Evidemment, même s’il a moins de 13 ans, les préparatifs de l’adoption se déroulent de manière à ce que l’on soit sûr que l’enfant est d’accord.

7. Si ça se passe mal, est-ce qu'on peut rendre l'enfant ? 

Pas le rendre, mais le confier aux services sociaux, oui. On estime qu’entre 5 et 15% des enfants adoptés finissent par être abandonnés à nouveau parce que ça se passe mal. Le plus souvent c’est lorsque l’enfant adopté est déjà âgé, a connu ses parents biologiques, a vécu des expériences traumatisantes et vit l’adoption comme un rapt. Mais c’est une démarche compliquée et évidemment très douloureuse. Aux Etats-Unis, la pratique est beaucoup plus répandue.

8. Que se passe-t-il si les parents biologiques se manifestent ?

C’est quasiment impossible car cela demande des démarches difficiles. En revanche, l’inverse est plus plausible, à savoir que l’enfant, devenu adulte ou presque, entame des démarches pour connaître ses parents biologiques, s’ils sont vivants. Il existe par ailleurs un système américain appelé « l’adoption ouverte », par lequel les enfants peuvent maintenir un lien avec leurs parents biologiques dans une logique de concertation globale. Mais la pratique est pour ainsi dire marginale en France.

9. Est-ce qu'il est possible d'adopter son pote ?

Oui. En gros si tu as 45 ans et que tu veux adopter un pote de 28 ans, tu peux. C’est une simple question administrative. Le cas se présente parfois pour des questions d’héritage.

10. Combien existe-t-il de pupilles de l'Etat en France ?

Fin 2016, il y en avait 2700, mais tous ne sont pas candidats à l’adoption. Les pupilles sont suivis par les Conseils de famille qui les accompagnent dans un parcours de vie qui peut être très différent. Si certains sont voués à être adoptés, d’autres, parce qu’ils ont vécu des expériences traumatisantes ou parce qu’ils sont déjà trop âgés, ne sont pas considérés comme des candidats à l’adoption.

11. Est-ce qu'on peut changer le prénom de l'enfant ?

Oui. Mais cela se fait avec l’accord du juge, donc si vous vouliez appeler le gosse Dingo, on vous dira non comme dans le cas d’un enfant biologique. Evidemment, l’enfant, s’il n’est pas un tout petit nourrisson, doit être d’accord – il y a peu de chances pour qu’il le soit.

12. Est-ce qu'un enfant adopté peut se marier avec sa soeur non biologique ?

Non. Dans le cas d’une adoption plénière, l’enfant adopté bénéficie de l’exact même statut que l’enfant biologique. L’enfant adopté et sa soeur qui ne l’est pas sont donc frères et soeurs aux yeux de la loi et aucune dérogation n’est possible.