On ne va pas se mentir, samedi, à Paris, y’avait un petit air d’insurrection dont on ne savait pas trop quoi penser. Si voir une Porsche retournée sur les Champs est une image plutôt amusante, le violences, les pillages, les affrontements entre les manifestants et les CRS… Tout ça n’a rien de très marrant, ni de très éclairant sur ce qu’il va se passer. Mais je pense que les mecs se disaient la même chose en 1789…

1. "Il suffit de traverser la rue pour trouver du boulot" is the new "Qu'on leur donne de la brioche"

Bon, désormais, on sait bien que cette phrase n’a jamais été prononcée par Marie-Antoinette, mais n’empêche qu’elle est restée parce qu’elle disait quelque chose de la perception, par la population, des frivolités du régime. Et on ne peut pas ne pas faire de parallèle entre la perception de cette élite déconnectée telle qu’elle apparaît aujourd’hui et celle de Louis XVI et de son autrichienne à l’époque. D’ailleurs, Brigitte Macron est directement visée, elle, aussi, dans les slogans.

2. En 1789 non plus, y'avait pas que des flèches dans la rue

Même si 75% des Français se déclarent favorables aux gilets jaunes, faut reconnaître que la gauche, notamment, se déchire sur le sujet, parce qu’un mouvement social qui naît d’une contestation qu’à sa gueule de la fiscalité écologique en mode apologie de la bagnole, ça met pas très à l’aise. M’enfin, c’est pas l’unique problème, manifestement. Ce côté un peu beauf, un peu Macron nique ta mère et on brûle des Porsche, m’est avis qu’il était déjà là en 1789.

3. En 1789, la situation politique était très très proche

En 1789, Louis XVI donnait l’impression de gouverner seul, entouré de techniciens. Il y avait une forte demande de renforcement des contre-pouvoirs, mais le roi ne voulait rien entendre. Ces demandes venaient surtout de la province dans un Etat ultra-centralisé. La contestation venait donc du peuple, mais aussi des élites qui contestaient la main-mise du roi sur le pouvoir. Les bourgeois et les nobles étaient donc dans une alliance de circonstance avec la contestation, comme le sont aujourd’hui Wauquiez, Mélenchon et tous les autres.

4. En 1789, la situation sociale française était également comparable

Pas tout à fait, mais en terme d’héritage, c’est un peu le cas. En 1789, l’organisation sociale n’avait pour ainsi dire pas changé depuis le système féodal. La noblesse et le clergé, aujourd’hui le pouvoir économique, concentraient les avantages fiscaux (suppression de l’ISF suivez mon regard) et tous les honneurs. Sauf qu’au sein même de ces ordres, il existait des différences notables entre le haut et le bas clergé, la grande et la petite noblesse. D’où l’idée d’une contestation trans-classe, un peu ce à quoi l’on assiste aujourd’hui. D’autant que la valeur de la naissance a été remplacée par une méritocratie tronquée de nos jours. L’idée de l’abolition des privilèges est encore en vigueur aujourd’hui.

5. La situation économique de la France était exactement la même

En 1789, la France était en déficit budgétaire, notamment en raison de l’intervention militaire aux côtés des insurgés américains. Ne pouvant accroître sa dette, le gouvernement faisait peser une augmentation des taxes sur l’ensemble de la population. De plus, ces impôts étaient mal répartis. Sans compter que les dépenses de la cour demeuraient importantes.

Vous voyez mes doigts comme ils bougent ?

6. En 1789 aussi, le problème, c'était le pouvoir d'achat

1788 a été une année catastrophique pour les récoltes en raison d’un hiver rigoureux. Résultat : une augmentation de 75% du prix du pain en 2 ans et donc une incapacité pour la population de consommer autre chose que des produits de première nécessité. Dès lors, une vague de chômage touche les manufactures qui n’arrivent plus à écouler leurs ventes. Dans le même temps, les entités qui avaient prêté de l’argent à l’Etat foutent une pression monstre sur les dirigeants pour récupérer la thune. Le gouvernement ne peut plus emprunter et se lance dans une réforme fiscale. Sauf que les plus riches refusent de payer.

7. En 1789 aussi il y avait une haine viscérale contre la personnalité du roi

Et surtout contre Marie-Antoinette. Mais aux yeux de la population, le couple incarnait tout ce qui était haïssable en France. Il se passe exactement la même chose avec Emmanuel et Brigitte. Désormais, Macron pourra faire tout ce qu’il veut, il passera aux yeux des Français pour un prétentieux arrogant dont le jupitérisme est en réalité du mépris. On ne voit pas comment il pourrait s’en relever.

8. Samedi prochain, les mecs vont à la Bastille

Or, s’il y a bien un événement célèbre en 1789, c’est la prise de la Bastille. De là à y voir un signe…

9. Gilets jaunes, sans-culottes...

Jusque dans les appellations, il y a des similitudes. Quand on y réfléchit, les sans-culottes rejetaient les froufrous de l’Ancien régime en choisissant ce nom-là ; les gilets jaunes se posent comme les représentants du petit peuple qui prend la bagnole pour aller bosser, contrairement aux Parisiens et aux hommes politiques. En réalité, cela relève d’un même symbolisme.

10. Les Européens étaient super inquiets de voir ce qu'il se passait en France

Et sincèrement, si vous demandez à Juncker ce qu’il pense de ce qui se passe en France, je pense que c’est juste « gloups ». Sans compter qu’en cas de changement de régime, on pourrait bien se retrouver en guerre avec nos voisins. Et que les Chouans gueuleront à leur tour.

Il faut mettre une petite laine pour sortir.