Un poison, ça peut faire mal au ventre. Ou à la tête. Ou aux pieds, si c’est en quantité importante et que ça tombe sur sa métacarpe ou qu’on se cogne le petit orteil. Et conséquemment, ça peut tuer. Mais, et c’est là où tous nos repères sont chamboulés, ça peut aussi soigner. Poison ou antidote ? On se le demande.

1. L'amanite phalloïde peut flinguer des cancers

On l’appelle aussi calice de la mort – et ça n’a rien à voir avec le calice des québécois. Ce champignon, comme son nom l’indique, est ultra mortel. En plus, il ressemble à d’autres espèces comestibles ce qui en fait un vrai faux ami – pas comme assume en anglais, qui est pas un super pote, mais ça va – responsable, on le pense, de la mort de l’empereur Claude pendant l’empire romain. Une belle merde. Mais une belle merde qui peut être utilisée pour exécuter certains cancers. La toxine létale contenue dans le champignon peut en effet être injectée directement dans des tumeurs pour les dézinguer sans pour autant contaminer le reste de l’organisme. Mais la difficulté tient avant tout à l’extraction de la toxine, d’autant que le simple contact avec le champignon peut être mortel.

2. La syphilis se soigne en s'inoculant la malaria

Pendant longtemps, en plus de filer la teuhon, la syphilis refilait aussi la mort. Jusqu’à ce qu’un jour, un type ait une idée de traitement géniale. Parce que le seul truc qui réussissait à bouffer la syphilis, et bah c’était la fièvre. Et qu’est-ce qui filait la fièvre ? Et bah le paludisme. Ergo : contracter la malaria permet de tuer la bactérie à l’origine de la syphilis. Et comme la malaria se soigne bien… Depuis, pour soigner la syphilis, on inocule au patient une malaria soft que l’on soigne à son tour. Et hop ça a fait des Chocapic (et un prix Nobel de médecine pour le mec qui a eu l’idée).

3. Les vers parasites qui te soignent de ta rectocolite hémorragique

Autant te le dire direct : tu n’as aucune envie d’avoir une rectoctolite hémorragique – également appelée colite ulcéreuse – parce que ça consiste à avoir une diarrhée de sang infernale avec infection générale de tout l’appareil intestinal. Et la seule solution qui marchouille, pour gérer ça, c’est d’infecter le patient avec des vers parasitaires qui, par leur action, soignent le bouzin et permettent au patient de toucher la rémission du doigt. Façon de parler.

4. L'arsenic immunise contre le cancer du sein

Tout est parti d’une étude réalisée par des biologistes sur des villages chiliens dans lesquels le taux de cancer du sein était anormalement bas. Après enquête, il semblait que plus les habitants de ces villages résidaient ici depuis longtemps, plus ils semblaient immunisés contre le risque de développer un cancer du sein. Pourquoi ? Et bah parce que l’eau du coin avait une haute teneur en arsenic. Une teneur 80 fois supérieure aux recommandations de l’OMS, même. Depuis, certains cancers se traitent en partie avec des dérivés de l’arsenic pour augmenter les chances de rémission.

5. Ah, tiens, si on reparlait de la colite ulcéreuse ?

Pour éviter de se la choper, il y’a une bonne technique : fumer comme un pompier. C’est dans les années 80 que les scientifiques ont pour la première fois observé une corrélation de ouf entre la consommation de cigarette et l’immunisation contre la maladie. Et, comme vous pouvez l’imaginer, l’expérience a été répétée dans l’espoir de prouver qu’il s’agissait d’une simple coïncidence, mais non. Apparemment, l’absorption de la nicotine par le corps joue dans ce résultat. Alors entre crever d’une horreur aux poumons ou chier du sang jusqu’à la mort, il ne vous reste qu’à choisir (même si le risque de développer une colite ulcéreuse est très faible par rapport à celui de choper un cancer du poumon quand on s’envoie une cartouche par semaine).

6. La salive d'un lézard venimeux est utilisée pour soigner les diabétiques

Le monstre de Gila est le seul reptile venimeux d’Amérique du nord. Son venin est un neurotoxique très très puissant que je ne vous souhaite pas de vous prendre dans la tronche. Mais il est composé de tout un tas de molécules dont certaines ont une efficacité prouvée dans la régulation de l’insuline pour les diabétiques de type 2. Depuis 2005, une molécule de synthèse dérivée de cette protéine a été approuvée par l’OMS dans le cadre de ce traitement. Merci Gila.

Crédits photo (creative commons) : Vesque (1912)Internet Archive Book Images

7. La toxine d'une vipère peut enrayer la prolifération cancéreuse

Le mocassin à tête cuivrée est une sale bestiole qu’on retrouve dans l’Est des Etats-Unis. Sa morsure, rare, est très douloureuse et engendre des gonflements, une détresse respiratoire et plein d’autres complications qu’on ne vous souhaite pas de subir. Mais ce venin contient une protéine, la contortrostatine, dont l’inoculation stoppe la prolifération des cellules cancéreuses. Le protocole, testé sur des souris, pourrait bientôt être étendu à l’homme.

Crédits photo (creative commons) : Domaine public

8. L'opium, un puissant anti-migraineux

Autant le dire : si vous avez un mal de tête, je vous déconseille de prendre de l’opium. Mais la morphine, son dérivé, est utilisé dans le traitement de la douleur et Marc-Aurèle himself était connu pour prendre de petites doses d’opium pour soigner ses épisodes migraineux chroniques.

9. Le poison d'une liane sauvage permet de lutter contre un autre poison

Les fèves de Calabar, graines d’une liane que l’on trouve en Afrique, contiennent un alcaloïde ultra-toxique, l’ésérine. Mais cette ésérine est aujourd’hui utilisée pour lutter contre le glaucome et, plus étrange encore, pour contrer les effets d’un empoisonnement au curare.

10. La méthamphétamine soigne la grippe

La meth bute le virus de la grippe et entrave sa contagion. Et ce même si l’absorption date d’il y a un long moment. Les scientifiques cherchent à isoler la molécule responsable de ce remède miracle pour en faire un traitement universel.

Sinon, deux heures d’exposition à Jean-Marie Bigard guérit contre la bonne humeur.

Sources : Cracked, France Culture, Art et patrimoine pharmaceutique