Chatterton ? Suicidé. Hannibal ? Suicidé. Démosthène ? Suicidé. Nietzsche ? Fou à lier. Quant à moi ça ne va plus très bien.

Bon quand on commence à avoir ce genre de pensées pendant une longue période, il faut s’interroger sur sa santé mentale. On raconte tellement de conneries sur la dépression qu’il serait bon de déminer un peu le terrain afin de faciliter le diagnostic.

1. Quand on est dépressif, on se tord par terre tout seul en permanence

C’est un peu plus complexe que ça. En réalité, la dépression, ce sont des états de « je vais pas très bien », mais qui évoluent en permanence. La dépression se caractérise par des périodes de plus de 15 jours de « ça va pas du tout ». Mais c’est pas parce que ça va pas du tout qu’on ne peut pas parfois rire, s’amuser avec d’autres personnes, tout en ayant au fond de soi une sensation de vide extrême, de tristesse, de colère ou de frustration. Et tous ces états ressortent aussitôt la solitude retrouvée. C’est une affaire d’équilibres : on peut tout à fait aussi se sentir mal en présence des autres et bien seul. Le problème, c’est qu’on est souvent (anormalement souvent) très mal.

2. La dépression, c'est simplement un état de tristesse continu

En réalité, la dépression se corrèle à plein de facteurs à la fois mentaux et physiques. On se retrouve avec des troubles du sommeil, une altération de l’appétit, des pannes sexuelles ou une absence de désir, de la fatigue, de la tristesse, un désintérêt pour ce qui, autrefois, nous plaisait, une dévalorisation de soi, de la jalousie pour les autres qui ne subissent pas ça et tout le toutim. C’est pas simplement « je suis triste », ça peut prendre différentes formes de « je suis triste et j’ai envie de mourir » à « je suis triste et c’est à cause des autres » à « je vous hais tous de ne pas être tristes ». La réalité, c’est que la colère, la frustration, l’impulsivité et tout le toutim font aussi partie des symptômes connus.

Source photo : Giphy

3. Pour s'en tirer, il faut réussir à se bouger le cul

Si pour se sortir d’une maladie, il s’agissait simplement de se bouger, ça se saurait. Or, la dépression est une maladie. Il ne sert à rien (strictement à rien) de contrebalancer les propos négatifs d’une personne dépressive en essayant de lui faire voir le bon côté des choses. En réalité, seule sa subjectivité compte et sa subjectivité lui dit qu’elle est une merde inutile. Tout ce que vous direz ne fera que le conforter dans ses certitudes. La dépression nécessite une prise en charge médicale, un soutien psy et parfois des médicaments. Sinon vous pouvez toujours lui offrir un verre à moitié plein, hein.

4. Les antidépresseurs sont utiles

Les antidépresseurs ne sont pas le seul traitement contre la dépression, mais les antidépresseurs peuvent être utiles. Quand on fait une dépression, on manque d’endorphines et de sérotonine. On ne sécrète plus vraiment d’hormones de joie et les neurotransmetteurs du stress, de l’angoisse et de la tristesse sont à la fête. Les médicaments, antidépresseurs ou anxiolytiques, permettent d’inhiber les neurotransmetteurs infernaux et de stimuler les autres. En fonction de l’intensité de la chose, différentes possibilités seront envisagées, avec de toute façon l’idée de ne pas transformer la personne en légume.

5. Les dépressifs ne s'en veulent qu'à eux-mêmes

Non, une bonne technique est d’en vouloir à mort aux autres. Quand on se déteste soi-même, il est facile et rapide de rabaisser les autres quand on n’arrive pas à faire croître sa propre estime. D’où parfois des épisodes désagréables, des reproches, des remarques, des focalisations colériques sur des individus ciblés, une remise en cause de son cercle proche amical et familial. Ce n’est pas systématique, mais il est clair que la compagnie d’une personne atteinte de dépression peut être éprouvante pour les proches ; pour autant, il ne faut pas la laisser se désocialiser : ce n’est pas la personne qui parle forcément, mais la maladie.

6. Les dépressifs sont en réalité des gens désocialisés

Et de fait, les dépressifs ne sont pas forcément des gens désocialisés, du moins au départ. Avec 3 millions de personnes touchées en France, vous imaginez bien qu’on trouve tous les profils. On peut avoir un travail, des amis, des passions, un couple stable, et faire une dépression. Il n’y a pas de formule magique. En revanche, la dépression présente un risque de désocialisation parce que, comme chacun sait, quand quelqu’un est au fond du trou tout le monde le fuit comme la peste ; et de la même manière, la personne dépressive aura tendance à s’isoler pour éviter de faire subir à ses proches son enfer. Il faut réussir à trouver un bon moyen d’interagir.

Source photo : Giphy

7. La dépression touche plutôt les vieux et les femmes

En fait, c’est un biais statistique. Si les femmes sont deux fois plus touchées par la dépression que les hommes, c’est tout simplement que les hommes sont effrayés par l’impact social d’un tel diagnostic et rechignent du coup à consulter un médecin. Ce qui explique aussi pourquoi 75% des morts par suicide en France sont des hommes. Parce qu’ils ne sont pas traités ni diagnostiqués. Le même biais touche les personnes âgées, plus à même d’aller chez le médecin ; pourtant la dépression adolescente est un phénomène on-ne-peut-plus courant et pour ainsi dire absolument pas traité.

8. "Il va pas nous chier une pendule pour un coup de mou"

En gros, les gens ont tous des coups de moins bien. Ca ne dure pas longtemps, mais c’est le principe de l’humeur humaine. Elle est stable avec des petits aléas vers le haut et vers le bas, parfois plus ou moins modulés selon la période, l’environnement, et son propre tempérament. Mais c’est la modulation qui compte : la dépression n’a rien à voir avec la déprime, puisqu’en réalité, désormais, la modulation se déroule de très bas à un peu moins bas. Si une variation d’humeur vers le bas dure plus de 15 jours, il y a un danger réel.

9. La dépression serait forcément liée à un choc

En fait, la dépression peut être liée à trois facteurs : biologiques, psychologiques et environnementaux. La plupart des dépressions sont des conjonctions des trois. Exemple : vous avez eu une enfance pas marrante marrante et vos parents étaient tout le temps tristes, mais vous avez construit votre vie pas trop mal. Sauf que d’un coup votre nouveau chef ne cesse de vous rabaisser à longueur de journée et que votre copine vous quitte. Tout est à même d’exploser. Y compris d’ailleurs sans la séparation. Sans compter que des études empiriques indiquent qu’il existe un facteur héréditaire de la dépression à prendre en compte : en gros, si vos parents avaient un terrain, vous avez toutes les chances d’être exposés à en faire une.

Source photo : Giphy

10. Il ne faut pas confondre les symptômes et les causes

Un exemple avec l’alcool. L’alcool a un grave facteur dépressogène quand il est consommé régulièrement en quantité. Sauf que, généralement, une personne qui va s’exposer à des situations de consommation excessive d’alcool cherche, par l’alcool, à s’assommer pour mettre un terme à ses pensées négatives, se détendre ou tout autre problème de ce type. Se dire que le problème vient de l’alcool reviendrait donc à ne pas prendre en considération les causes qui poussent cette personne à consommer frénétiquement de l’alcool, quand bien même la consommation d’alcool serait un facteur gênant pour sa guérison. La même chose peut prévaloir pour les drogues, les collections de timbre ou toute autre forme d’obsession visant à se vider le cerveau.

Quant à moi, ça ne va plus très bien.

Sources : Cracked, Doctissimo.fr