Crédits photo (creative commons) : Ozyman

A l'approche des premières révisions avant les partiels, une petite incursion dans le sanctuaire des livres s'impose. La bibliothèque devient rapidement la deuxième maison de l'étudiant(e), qui finit par fusionner avec sa chaise. Mais la maîtrise de ce temple de réflexion voué au SILENCE et au recueillement passe nécessairement par un apprentissage long et douloureux, durant lequel le petit scarabée estudiantin connaîtra de grands moments de solitude.

  1. L'acte manqué : le lundi, c'est raviolis. C'est aussi la douloureuse prise de conscience du retard vertigineux dans son boulot. Après moult tergiversations, tu décides qu'il est grand temps de faire appel aux lumières de gens qualifiés qui répondront à cette foutue problématique à ta place. Tu décides d'aller à la bibliothèque... Oui, mais pas le lundi. LA BIBLIOTHÈQUE EST FERMÉE LE LUNDI. Il ne te reste plus qu'à rentrer chez toi et te vautrer dans la procrastination avec l'idée réconfortante que pour une fois, c'est pas de ta faute.
  2. La nuisance sonore : mardi donc, équipé(e) de ta détermination à peine émoussée par le revers de la veille, tu entres d'un pas alerte et conquérant dans la salle de lecture pleine à craquer. Malheureusement pour toutes les oreilles studieuses et concentrées, voici que retentissent le bruit et la fureur de ton pas d'éléphant et de ton ego qui se fracasse lamentablement sur le parquet. Tu traverses la vindicte populaire à grands renforts de "clap clap" et "couic couic" du meilleur effet, tête baissée, jusqu'à trouver une place, qui, comme par hasard, se trouve à l'autre bout de la salle, afin que la foule en colère puisse mieux te fustiger.
  3. L'instinct grégaire de mauvais aloi : pour sauver ton honneur ou ce qu'il en reste, tu convoques ta bande de potes sous le prétexte de mettre en commun les forces de réflexion. Potes qui rappliquent comme un seul homme avec force "clap-clap" et "couic-couic". S'ensuit une narration en 10 points, chuchotée à voix haute, de l'épisode mentionné ci-dessus. Afin de parachever l'effet -et bien installer ton statut de nuisible- la sonnerie de téléphone au milieu de ton récit crée une pause dramatique insoutenable pour l'auditoire (comprendre : la salle entière). La consternation narquoise de tes voisins se transforme progressivement en exaspération haineuse.
  4. Le vide cérébral de la première heure : la 1ère heure à la bibliothèque équivaut à régresser intellectuellement de façon radicale pour retourner à un stade de maturité quasi-inexistant. Après la phase "boulet bruyant", tu entres donc dans la catégorie "lourdement atteint(e) de crétinisme aggravé". Oui, la 1ère heure est une succession de pensées plus ou moins élaborées autour de trois points fondamentaux : 1. pipi 2. manger 3. dodo. Mis à part ça, tu songes aussi qu'il serait bon de se mettre sérieusement au travail un de ces jours.
  5. La quête perdue d'avance : il est temps d'aller à la conquête des rayons et du Saint Graal, c'est-à-dire le livre dont l'intitulé correspond miraculeusement mot pour mot à celui de ton sujet de dissert'. Ce qui signifie partir à l'assaut de l'Everest par la face Nord avec des moufles. Après avoir déambulé dans un labyrinthe de bouquins, feuilleté 12 publications sans aucun rapport, posté, comme il se doit, ton profond désarroi au regard du classement anarchique des ouvrages en bibliothèque sur ton mur facebook, tu décides de faire appel à la cheftaine de l'établissement, la bien nommée Madame-Bibliothécaire, elle, détient la Clé, ou, dans une moindre mesure, doit savoir à peu près comment retrouver quelque chose dans tout ce bordel.
  6. Le mépris : la prise de contact avec Madame-Bibliothécaire est un moment délicat. Profondément plongée (endormie?) dans la lecture du logiciel de référencement numérique des livres, elle accueille les âmes perdues dans le meilleur des cas avec un "chut!" de rigueur, dans le pire avec une indifférence blasée. Madame-Bibliothécaire te laisse donc énoncer gauchement l'objet de ta requête avec un silence obstiné qui te donne la sensation d'être un sac de vomi venu se répandre sur son sacro-saint bureau. Après deux secondes d'hésitation et de silence gênant (pour toi) tu te rassois à ta place avec la certitude que Madame-Bibliothécaire est un zombie dépourvu d'âme.
  7. Le temps, "c'est de l'éternité pliée" : tu as passé l'après-midi à la bibliothèque mais ton travail n'a pas vraiment avancé. Il faut dire que dans cet univers hostile, la mise en condition est particulièrement importante et nécessite l'accomplissement strict et minutieux d'un certain nombre de tâches chronophages: ouvrir les livres à la bonne page, tailler ses crayons, checker la batterie de l'ordinateur, mesurer le bon ratio vidange de vessie/capacité de résistance. Quand on a enfin optimisé sa table d'affliction, il reste 30 minutes avant la fermeture. Jouable.
  8. La triste vérité :quand on va travailler à la bibliothèque, on atteint très vite ses limites intellectuelles. Tu en viens à te demander si c'est le farfouillage compulsif dans les éditions poussiéreuses qui ratatine ton cerveau comme peau de chagrin ou si tu étais déjà pourvu(e) d'un certain potentiel. Malheureusement, les autres n'ont pas l'air atteints des mêmes symptômes. On te laisse donc en tirer les conclusions qui s'imposent.
  9. La condescendance de ses congénères : c'est bien connu, l'enfer c'est les autres. Tu as déjà découvert que tu étais stupide. L'aisance des autres, virevoltant dans ce foutoir, heureux comme des babouins lâchés dans une bananeraie, contribue à alimenter ta paranoïa. Donc, depuis que tu travailles à la bibliothèque, non seulement tu as conscience de ta bêtise (se référer au point 8), mais tout le monde sait désormais que tes capacités sont inférieures à celles d'un chimpanzé. Ce n'est pas pour dédouaner les autres de leur odieuse supériorité affichée, mais te voir mâchouiller un coin de feuille avec les yeux vitreux, n'arrange pas tes affaires.
  10. La concentration : un lieu où le calme règne en maître, est, normalement, propice à l'étude. Normalement. Au contraire, cet assourdissant silence nuit à la concentration. Le moindre éternuement résonne comme le tonnerre, il est inutile d'envisager de se moucher; conséquence logique, tu ne penses qu'à ça. Mais tu as peur. Impossible de se concentrer sur une dissertation quand on a le cerveau plein de morve, au propre (sic) comme au figuré.

Parfois il vaut mieux rester chez soi. Et vous, vous vous y prenez comment pour amadouer Madame-Bibliothécaire-Chut?

Source : La Tarabiscote

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