Dans son ouvrage « La Fabuleuse histoire du clitoris », Jean-Claude Piquard révèle qu’en 2010 sur Google, la requête « clitoris » était 5 fois moins demandée que la requête « pénis« . Et pour cause. On connait le dernier en long en large et en travers que ce soit dans les manuels scolaires ou dans les pornos, tandis que le clitoris est encore aujourd’hui un sujet tabou rarement abordé dans les cours de SVT. Si la tendance commence à s’inverser, il reste encore du taf.

1. Non, il n'existe pas des meufs clitoridiennes et des meufs vaginales

Ce clivage n’a que trop duré. Sur terre, il y a des femmes, beaucoup de femmes (environ un humain sur deux de la planète). Elles ont toutes des manières différentes de prendre du plaisir. Il n’y a donc pas deux catégories bien distinctes d’orgasmes. Par ailleurs, notre méconnaissance anatomique de l’appareil génital féminin nous a trop longtemps poussé à croire que le vagin et le clitoris étaient deux trucs indépendants ce qui expliquait pourquoi on pensait que certaines femmes aimaient soit l’un soit l’autre. En réalité, le plaisir vaginal est fondamentalement lié au plaisir clitoridien puisque cet organe est bien plus grand que le petit bout de peau visible de l’extérieur et que lors du plaisir vaginal, c’est encore et toujours le clitoris qui est stimulé par l’intermédiaire de pressions sur les parois vaginales !

2. Non, le clitoris ne ressemble pas à un "petit bouton de rose"

Voilà, commençons par le commencement. Le clitoris a trop longtemps été visualisé comme un petit bout de peau tout mignon tout riquiqui. Cette taille minus a réduit son importance face au phallus érigé dans toute sa majesté. Sauf que le clitoris tel qu’on le voit de l’extérieur n’est que la partie émergée de l’iceberg (10 % de l’organe, pour être précise). La modélisation en 3D réalisée par Odile Fillod en 2016 permet d’en prendre clairement conscience.

Par ailleurs, il existe tout un champ lexical de la mignonnerie quand on parle du clitoris et par extension de la masturbation féminine ; on parle par exemple de caresse, d’effleurement, de gourmandise, de plaisir coquin… Bref comme le dénonce si bien Maïa Mazaurette, on a l’impression d’être dans une pub pour un yaourt allégé. Ce choix de vocabulaire en dit long sur la vision du plaisir féminin, qui, tout comme l’apparence extérieur du clitoris, n’est certainement qu’un petit truc de rien du tout. BAH VOYONS.

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3. Non, le clitoris n'est pas le seul truc qui donne du plaisir

Si le clitoris est élémentaire dans le plaisir des femmes, il va sans dire que ce n’est pas le seul truc à utiliser pour grimper aux rideaux. De la même façon que la pénétration vaginale n’est pas l’unique moyen de donner du plaisir aux femmes (NON SANS BLAGUE), le clitoris, bien que grand champion de l’aboutissement orgasmique n’est pas l’unique porte d’entrée du kif. On vous laisse vous creuser la tête (ou ce que vous voulez) pour trouver votre recette idéale.

4. Oui, le clitoris change de forme tout comme le pénis lors d'une érection

En fait, il faut accepter que le clitoris est assez proche du pénis à ceci près qu’il n’éjacule pas (contrairement à ce qu’on a cru jusqu’au XIXème siècle). En dehors de ça, il dispose de bulbes vestibulaires qui tout comme le corps spongieux du pénis, se remplissent de sang ce qui gonfle le clitoris quand il est stimulé ou juste excité.

5. Non, le clitoris n'est pas dans le vagin

Bon bah voilà maintenant que vous avez en tête l’anatomie précise et exacte du clitoris vous pigez bien que le clitoris n’est pas caché dans le vagin (même si ça reste une idée ô combien répandue).

6. Non, le clitoris ne sert absolument à rien dans la procréation

Pour citer à nouveau l’ouvrage de Jean-Claude Piquard « La Fabuleuse histoire du clitoris », au Moyen Age, on pensait que le clitoris (et donc l’orgasme clitoridien) était indispensable à la fécondation, un héritage de la médecine antique qui avait avancé cette théorie (la théorie des humeurs). De la même façon, la masturbation des femmes était encouragée afin que ces petites dévergondées ne pensent pas à aller fricoter en dehors du lit conjugal. Malheur aux femmes quand on a découvert au XIXème que le clitoris ne servait à rien pour concevoir des enfants. Manque de pot, on les avait bien arnaqués jusque là, les cons !

C’est ainsi qu’on a commencé à mutiler les femmes massivement. L’excision devient alors un « soin » imposé qui continue aujourd’hui de torturer 140 millions de filles de par le monde, selon l’OMS.

7. Non, ce n'est pas parce que le clitoris ne sert à rien dans la procréation qu'il ne sert à rien DU TOUT

Bah oui parce que quand on a découvert qu’il y avait erreur sur la marchandise et que le plaisir clitoridien était inutile à la procréation, on a vite écarté cet organe jugé mauvais. A ceci s’ajoute notre bon vieux Freud et ses théorie fumeuses qui dit en gros que le plaisir clitoridien c’est de la merde en barre : « L’orgasme clitoridien, c’est un plaisir infantile de petite fille ; un orgasme adulte est forcément déclenché par la pénétration vaginale ». Au XIXème siècle en Allemagne, les petites filles accusées de se masturber sont immédiatement excisées (et dans 20 % ça entraînait leur mort, OUPS).

8. Oui, le clitoris a aussi un prépuce

Et oui, y’a pas que le pénis dont le gland est protégé par un prépuce, le clitoris a aussi droit a cet aimable bouclier de peau. C’est d’ailleurs pour cette raison que quand on se jette sur un clitoris sans l’avoir un peu stimulé au préalable, ça peut être désagréable, voire douloureux pour sa malheureuse propriétaire. Ainsi, tout comme le pénis, le clitoris se « décapuchonne » quand il est excité. C’est pour cette raison qu’il ne sert à rien de se jeter dessus comme la misère sur le monde en espérant gagner le jackpot à force de le triturer.

9. Non, on ne vient pas tout juste de découvrir l'anatomie du clitoris

Ouhla non. En gros, la première représentation complète de l’anatomie du clitoris date de 1558. Et à cette époque déjà on avait bien capté que le clitoris était une zone érogène. Ensuite il faudra attendre 1850 pour que l’anatomiste Kobelt offre un dessin plus précis encore du clitoris avec son bulbe vestimentaire, son gland et son capuchon. On y découvre même que le nerf dorsal qui conduit au gland du clitoris est plus gros que le nerf du pénis. Malheureusement c’est vers la fin du XIXème siècle qu’on découvre que le clitoris ne sert à rien dans la reproduction et qu’on décide alors qu’il n’y a aucun intérêt à se pencher dessus. On assiste même à un recul scientifique au XXème siècle, le mot « clitoris » disparaît même des dictionnaires pour un temps avant qu’on remette le sujet sur le tapis à la fin des années 90 !

10. Oui, en vrai le clitoris ressemble à un putain d'os de poulet !

Mais si vous savez cette furcula qu’on appelle aussi « os à vœux » et qu’on récupère en désossant la malheureuse volaille. Non y’a que moi ? Vous trouvez pas ? Même pas un tout petit peu ? Vous trouvez que ça n’apporte pas grand chose sur le plan scientifique ? Oui bah écoutez on fait ce qu’on peut.

Un clitoris vaut mieux que deux tu l’auras.

Sources : Le Monde, France TV Info,La Fabuleuse histoire du clitoris (Editions Blanche, 224 pages, 16 €) du sexologue Jean-Claude Piquard, Cheek magazine, Slate