une_lettre-insulte
Montage photo : topito

On a tous déjà voulu écrire une lettre d'insulte - à son ex, au carrefour de son quartier ou à Nadine Morano. Si vous manquiez d'inspiration jusque-là, on vient vous filer un coup de main : leçon par des maîtres tout aussi différents qu'inspirés. L'art de clasher par voie épistolaire n'aura plus de secrets pour vous.

  1. Lettre de René Magritte à Richard Dupierreux : "Vous n'êtes qu'une vieille pompe à merde."
    La palme du clash est incontestablement accordée à Magritte : rapide, incisif et efficace.

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    Source photo : deslettres
  2. Lettre de Léo Ferré à André Breton : "Vous n’étiez que ça en définitive : un poète raté qui s’en remet aux forces complaisantes de l’inconscient."
    Bon, on savait que Léo Ferré avait la verve facile, mais de là à être le maître de l’insulte ? Leçon en deux temps trois mouvements : la dernière lettre assassine du compositeur à celui qui refusa de préfacer son livre, André Breton.
    Lettre à l'ami d'occasion

    "Cher ami,

    [...]Je vous dois cependant certains souvenirs lyriques autant que commodes à inventorier : nos conversations à brûle-pourpoint, votre admirable voix lisant de la prose et je vous dois aussi de m’avoir sorti dans le moyen-âge dont vous savez tous les recoins et même les issues secrètes, à croire que vous en êtes encore.

    Si j’en crois l’un de vos amis de la première heure et qui brinquebale encore les insultes dont vous l’avez gratifié et ce « quand-même-on-ne-peut-pas-le-laisser-tomber » m’a affirmé que vous reviendriez à moi, les bras ouverts et la mine prodigue, car dit-il, un masochisme incurable vous pousse depuis des années à faire, défaire et refaire vos amitiés. Je n’en crois rien et vous laisse bien volontiers à vos vers libres.

    Croyez que je regrette bien sincèrement de vous avoir eu à ma table.

    Léo Ferré"

  3. Lettre de Sting à un critique, Howard Hampton : "Comment se fait-il que cela te soit rentré dans le lard aussi facilement, espèce de débile fasciste de merde ?"
    Quand Sting pète littéralement un câble contre un critique, ça donne ça…

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    Source photo : deslettres
  4. Lettre de Beaumarchais à Amélie Houret de la Morinaie : "C’est du crime d’avoir foutu avec un autre, dans le temps même où ton amant, par ivresse plus que divine, te suçait le con et le cul, comme un dévot traite l’Eucharistie !"
    Il ne fallait pas tromper Beaumarchais… Oh non !

    "2 octobre 1798

    [...]

    Encore aujourd’hui, je te fuirais à mille lieues, si je pouvais te soupçonner de te laisser sucer le con, lécher le cul par un autre homme que par moi ! Sais-tu pourquoi j’ai pu te pardonner d’avoir levé tes jupes pour que Manuel te le suçât ; et que je n’ai pas pu obtenir de moi d’indulgence, quand ce petit sot de Froment, de ton aveu, les a levées, quoique tu ne sois convenue avec moi d’autre chose (quand je te l’ai reproché aigrement) sinon de l’avoir laissé se branler devant toi, jusqu’à la décharge complète : ce que tu nommeras s’achever ? C’est que ma juste colère de l’insulte que tu m’avais faite avec ce petit sot pommé, et mon très juste éloignement de toi à cette grave occasion, a pu te faire croire que, ne m’appartenant plus, tu pouvais sans scrupule te laisser putiner par ce farouche député, le con qui n’était plus à moi ! Moi, voulant m’abuser sur ce que j’avais lu de toi, je me suis dit : c’était changer d’amant, mais non partager sa personne ! Au lieu que le petit faquin, à qui tu as, sans doute, tout permis, quoique tu ne m’aies avoué par écrit que l’insolence de son déculottage, et d’un acte odieux que l’on ne se permet qu’auprès d’une putain qu’on méprise, ou qu’on craint de foutre ; ce petit faquin, dis-je, était sans excuse à mes yeux ; nous étions en dispute alors, mais non pas séparés, et toi, pour me punir de t’avoir, disais-tu, traitée légèrement, tu faisais la coquine, ou plutôt te laissais traiter comme une fille par celui que tu n’aimais pas ! M’entends-tu maintenant ? C’était de ta lâche prostitution que tu me plaignais justement ! Car tu avais si bien regardé mes caresses comme une déification que, dans l’excès de ton étonnement, tu avais cru ne pouvoir t’acquitter envers moi qu’en me rendant avec amour les folies que je te faisais, et que tu as doublement couvertes d’un déshonneur ineffaçable : d’abord en te les laissant faire par autrui, ensuite en divulguant avec dédain que je m’étais complu à te rendre ce charmant hommage que tu nommais tibériades, uniquement pour te donner comme une victime dévouée de la tyrannique sujétion où ma crapule t’avait mise !

    [...] Ta triste supériorité m’attriste et détruit mon bonheur naïf. À moins que toi qui m’écris foutue bête, mettant à m’inviter cette simplicité charmante, ne m’écrives naïvement : Viens me dire que tu m’aimes, viens ! Que nos langues se foutent après avec le charme d’autrefois ! Viens langoter le con, le cul de ton amie. Viens puiser une goutte de foutre au con de la bégueule qui te dit foutue bête, et si je suis bien contente de toi, je te rendrai avec amour le plaisir que tu m’auras fait. Si tu ne m’écris pas cela ce soir avant de te coucher, sauf à me le faire tenir demain matin à mon réveil, tu ne verras pas ton ami qui, forcé de sortir à huit heures et un quart, ne pourra peut-être pas te rapporter ta douce lettre avant onze heures et demie ou midi. Mais si je la reçois ou ce soir, ou demain matin, je brusque tout pour aller remonter ton courage et le mien, par notre eucharistie d’amour."
  5. Lettre de Billie Holiday à Tallulah Bankhead : "Et si tu veux la merde, nous pouvons en faire une vraie fête."
    Une lettre dans laquelle on apprend que personne (vraiment personne) ne pouvait emmerder Billie Holiday.

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    Source photo : deslettres
  6. Lettre de William Burroughs à Truman Capote : "Profitez de votre argent sale. Vous n’aurez jamais rien d’autre."
    Quand Burroughs ruine la carrière de Truman Capote

    "23 juillet 1970

    Mon cher M. Truman Capote,

    Ce n’est pas réellement une lettre d’admiration, pas dans le sens commun [...] Vous vous êtes mis au service d’intérêts qui sont en train de transformer l’Amérique en un état policier simplement en encourageant délibérément les conditions qui engendrent la criminalité, puis en exigeant des pouvoirs policiers plus forts et le maintien de la peine capitale pour gérer la situation qu’ils ont créée. Vous avez trahi et vendu le talent qui vous avait été accordé par ce département. Ce talent a maintenant officiellement disparu. Profitez de votre argent sale. Vous n’aurez jamais rien d’autre. Vous n’écrirez jamais une nouvelle phrase au-dessus du niveau de De sang-froid. En tant qu’écrivain, vous êtes fini. Fini et dépassé. Vous me suivez ? Savez-vous qui je suis ? Vous me connaissez, Truman. Vous me connaissez depuis longtemps. C’est ma dernière visite."

  7. Lettre de Françoise Giroud à Jean-Paul Sartre : "Tout le monde n'a pas hélas, comme les membres de votre gauche, les moyens de s'instruire aux frais de papa."
    Et on applaudit Françoise Giroud qui manipule l’art et la manière de clasher avec beaucoup d’élégance ; Sartre n’à qu’à bien se tenir !

    "Avril 1960

    Monsieur,

    Je ne suis pas agrégée de philosophie, je ne prétends pas apprendre à penser à mes contemporains et quand il s'agit de savoir si un garçon de vingt ans doit ou non déserter, je ne peux me référer ni à Hegel ni à Lukács. Vos collaborateurs ont d'ailleurs largement insulté à mon inculture, dans votre journal, pour que vous n'ignoriez pas la crasse de mon esprit. Tout le monde n'a pas hélas, comme les membres de votre gauche, les moyens de s'instruire aux frais de papa.

    Seulement j'ai moi un fils de vingt ans. Alors vos théories et celles de vos satellites, qu'il s'agisse d'argent - alors qu'aucun de vous n'a jamais connu le prix d'une livre de pain - ou de désertion - alors que vous parlez des enfants des autres -, je veux bien croire qu'elles sont géniales. Mais mon domaine à moi, ce n'est pas le génie. C'est la vie. Vous en avez entendu parler ?

    Parfaitement consciente de mon abjection, je vous prie de croire, Monsieur, au respect que je continuerai imperturbablement à vous porter."

  8. Lettre de Johnny Rotten au Rock and Roll Hall of Fame : "Votre musée : de l’urine dans du vin."
    Le meilleur exemple de la personnalité sarcastique et provocatrice du chanteur des Sex Pistols se trouve sûrement dans cette lettre pour le moins virulente.

    "A côté des SEX PISTOLS, le rock and roll et son panthéon est une tâche de pisse. Votre musée : de l’urine dans du vin. Nous ne venons pas. Nous ne sommes pas vos singes, et alors ? De la célébrité à 25 000$ si nous payons pour une table, ou 15 000$ pour piailler dans la galerie, qui vont à une association qui nous vend un tas de ringardises. Félicitations. Si vous avez voté pour nous, j’espère que vous avez noté vos raisons. En tant que juges vous êtes anonymes, mais vous restez des gens de l’industrie de la musique. Nous ne venons pas. Vous ne faites pas attention. En dehors de ce système de merde, il y a un vrai SEX PISTOL."

  9. Lettre de Louise Michel à la Commission des Grâces : "Que la malédiction des morts et l'horreur des nations vous accompagnent."
    Il n’y a sûrement que Louise Michel pour s’adonner à l’art de l’insulte avec tant de grâce et de poésie.

    "Auberive, 28 décembre 1873
    À la Commission des Grâces

    Messieurs,

    Que la malédiction des morts et l’horreur des nations vous accompagnent.
    Que vos impostures et vos crimes soient la perte éternelle des tyrans et le triomphe de la république sociale universelle.
    Tant que vous ne m’avez pas tuée, vous me trouverez sur votre chemin.
    Mais vous êtes trop lâches pour cela. Il vous faut le titre de Commission des grâces en faisant l’œuvre du bourreau.

    À bientôt.

    Louise Michel"

Nous sommes d'accord, il avait quand même méchamment la classe Beaumarchais.

Source : Jepoeme, Newsmart, Lettersofnote

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