Crédits photo (creative commons) : Igor Mukhin

Féministes punkettes opposées au totalitarisme russe et à ses portes-étendards Medvedev-Poutine, trois membres des Pussy Riot viennent d'être condamnées à deux ans de prison pour avoir profané l'autel de la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou, en entonnant une prière provocatrice et subversive : "Marie, mère de Dieu : chasse Poutine !" Au pays de celui qui oppose toujours son véto à une intervention en Syrie, on ne blague pas avec les symboles. D'autres groupes, avant elles, sont passés par le tribunal, avec des fortunes aussi diverses que les sonorités musicales qu'ils proposent. Quand la musique s'exporte au tribunal :

  1. Suprême NTM
    Avant d'interpréter un flic consciencieux et philanthrope dans le Polisse de Maïwenn, le nouveau bobo branché Joey Starr, que la quarantenaire parigote classique a désormais tendance à trouver séduisant, était un artiste hip-hop hardcore qui criait avec virulence sa haine de la justice et de la police à la française. Ce fut notamment le cas en ouverture d'un concert organisé par SOS Racisme en 1995 à Toulon, afin de protester contre l'élection d'un maire FN dans la ville, où Joey insulte les flics en introduction du très vigoureux et vindicatif morceau "Police". D'abord condamné, tout comme son complice Kool Shen à trois de prison ferme, les deux membres du groupe écopent finalement de deux mois d'emprisonnement avec sursis ainsi que de 50 000 francs d'amende.

  2. Ardor de Estomago
    Le trio punk s'en est pris au Roi d'Espagne Juan Carlos 1er dans sa chanson Una Historia Real, interprétée dans un festival en 2009. Considéré comme insultante, elle donnera lieu à une condamnation du groupe à 900 euros d'amende (ouais, c'est la crise en Espagne...). Serait-ce le retour de l'Inquisition Espagnole? En tout cas, il est apparemment interdit de traiter le régent espagnol de "fils de pute" et de "batard", c'est désormais officiel.

    http://youtu.be/H6fSGKmh-JY

  3. Sniper
    Avec "La France", que le groupe assimile à "une garce", Sniper provoque la colère du ministère de l'Intérieur de l'époque (un certain Nicolas Sarkozy), qui accuse les Tunisiano, Blacko et consorts d'être des "voyous qui déshonorent la France". Ils seront finalement relaxés par le tribunal de Rouen, qui n'a pas jugé adéquate de considérer les paroles du titre comme incitatrice à la haine.

  4. Matmatah
    En 2000, les membres du groupe de rock celtique Matmatah comparaissent devant le tribunal correctionnel de Nantes, afin de justifier les paroles de leurs chansons "Apologie" et "Lambé An Dro", qui présentait sous un jour extrêmement favorable la consommation de pétards. Parce qu'en France, on veut prendre soin de la jeunesse, et qu'on préfère leur faire ingurgiter de l'alcool plutôt que de la marijuana, les quatre artistes écopent de 15 000 francs d'amendes chacun. Depuis 2007, le groupe n'interprète plus sur scène "L'Apologie". Par choix personnel, disent-ils.

  5. La Rumeur
    Avant de s'attaquer aux Sniper, Nicolas Sarkozy s'était fait les dents sur La Rumeur, rap hardcore et politique, accusé par le ministre de l'Intérieur de "diffamation publique envers la Police nationale", suite à un article signé par l'un des membres de la Rumeur, le rappeur Hamé. Le mec mettait en avant certains comportements abusifs des services de police, relevé par ses soins. Après huit ans (!) de tergiversations judiciaires, le rappeur est finalement définitivement relaxé par la Cour de cassation en 2010, qui estime que le mec utilisait juste un droit que l'on nomme "la liberté d'expression". Nul n'est censé ignorer la loi, hein.

  6. Orelsan
    L'association féministe Ni Putes ni Soumises n'aime pas qu'on assimile l'être féminin à une péripatéticienne, c'est comme ça. Ni à une "avaleuse de sabres". Alors, quand le jeune rappeur normand Orelsan publie le clip de son tube "Salue Pute" sur Internet, le torchon brûle, et l'assoc' le porte devant les tribunaux. Finalement, le parquet ne considère pas les propos de l'artiste comme une incitation à la haine, et relaxe celui qui est désormais l'un des rappeurs français les plus populaires de l'hexagone. "J'vais te mettre en cloque, et t'avorter à l'Opinel". Les femmes sont si susceptibles, parfois...

  7. Gorgoroth
    Le black métal entretient une relation privilégiée avec le Nord de l'Europe, et tout particulièrement avec la Norvège. À l'instar de Burzum, les satanistes de Gorgoroth font de leur subversion musicale fanatisée un fond de commerce efficace, qu'ils n'ont pas hésité à pousser à l'extrême lors d'un concert donné sur les terres du pape Jean-Paul II, à Cracovie. Quatre figurants dénudés en position de crucifixion, des têtes de moutons empalées et un bain de sang des animaux sacrifiés présenté au public. Banni du sol polonais dans un premier temps et poursuivi en justice, les Gorgoroth ne furent finalement pas inculpés, car ils ignoraient les lois en vigueur en Pologne. L'organisateur du concert, lui, a morflé à leur place, en écopant d'une lourde amende financière. En même temps, ils pouvaient pas deviner les mecs que c'était interdit de torturer des animaux dans ce pays...

  8. Ministère A.M.E.R
    Avec "Sacrifice de poulets", publié sur la bande-originale de la Haine, le Ministère A.M.E.R. de Stomy Bugsy et Passi narre une soirée d'émeute en banlieue parisienne. Jusqu'ici, tout va bien. Sauf pour le Ministère de l'Intérieur du sympathique et souriant Charles Pasqua, qui estime que le titre est une véritable "provocation au meurtre". Résultat du cours : d'importantes amendes pécuniaires, et surtout, un battage médiatique qui provoque la séparation du groupe et la fin du Ministère (celui de Passi, pas du gouvernement).

  9. Monsieur R
    En comparant alternativement la France au régime nazi du IIIe Reich ou à une putain, et la communauté musulmane aux Juifs des années 1940, Monsieur R provoque l'indignation de la classe politique française. Et un passage au tribunal pour ce titre et son clip, qui en plus d'être complètement idiot, se trouve être particulièrement misogyne.

  10. Youssoupha
    "Je mets un billet sur la tête de celui qui fera taire ce con d'Eric Zemmour", annonce le rappeur français Youssoupha dans sa chanson "À force de le dire", pointant ainsi dans son style vindicatif les propos sans cesse stigmatisants de l'ancien chroniqueur d'On n'est pas couché à l'encontre des jeunes de banlieue. Zemmour, il fallait s'y attendre, porte plainte contre l'artiste. Après un premier jugement condamnant Youssoupha à des dédommagements pécuniaires, ce dernier est finalement totalement acquitté. Le terme de "liberté d'expression", aurait, dit-on, été évoqué.

  11. Billy Ze Kick et les Gamins en Folie
    Le groupe fait un carton en 1994 grâce à des chansons évoquant des pratiques répréhensibles à base de feuilles à rouler (OCB) ou de ballade dans les bois en quête de champignon (Mangez-moi). Poursuivi pour cette dernière chanson, les avocats du groupe parviendront à convaincre le juge que ces chansons ne sont en rien des incitations à la consommation de stupéfiants, mais juste de l'incitation à écouter de la musique de merde.

  12. (bonus) Burzum
    Des métalleux norvégiens qui empruntent leur univers aux mythologies nordiques et aux mondes de Tolkien, dont la figure centrale, Varg Vikernes, ne se cache pas pour afficher sa xénophobie patente. Si vous ajoutez à cela le rôle joué par Vikernes dans les incendies volontaires de quatre églises norvégiennes ainsi que le meurtre du chanteur Euronymous (peut-être parce qu'il était le principal concurrent des Burzum...), vous arrivez à une peine de vingt et une années de prisons pour le chanteur (il n'en fera finalement que seize)...Un séjour carcéral qui a visiblement été profondément utile, puisque le mec s'est converti au néo-nazisme juste après en être sorti...

Et vous, vous seriez prêts à aller en taule pour défendre votre musique ?