Le racisme, c’est mal. La littérature, c’est bien. On sait bien que Céline était antisémite et qu’Hergé avait un passé colonialiste très border, mais ce ne sont pas les seuls, loin de là. Et quand la bonne littérature rencontre le racisme on est un peu mal à l’aise. Très mal à l’aise, même. Très très mal à l’aise. Et on se rend compte que des figures unanimement respectées deviennent soudain très gênantes, un peu comme quand on a envie de voir le prochain Polanski sans vraiment oser y aller.

1. Pierre Loti

A l’heure où la maison de Pierre Loti s’apprête à être réhabilitée sous le haut patronage de Stéphane Bern, on est surpris, à la lecture de cet article de Slate, de se rendre compte à quel point Loti, écrivain colonial, était pétri d’une idéologie qui dépassait celle de son temps. On pourrait rétorquer qu’il s’agissait d’une autre époque, m’enfin : jusque dans les années 20, passer son temps à exercer des comparaisons entre les noirs et les singes, tout le monde ne le faisait pas. Du genre : « Les mains de Fatou, qui étaient d’un beau noir au-dehors, avaient le dedans rose. Longtemps cela avait fait peur au spahi: il n’aimait pas voir le dedans des mains de Fatou, qui lui causaient, malgré lui, une vilaine impression froide de pattes de singe. » Merci Slate.

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2. Margaret Mitchell

L’auteure d’Autant en emporte le vent n’était pas très portée sur l’égalité dans le genre humain. Il faut voir à quel point les esclaves du Sud passent pour des cons tout le long du bouquin, sans compter sur le petit nègre choisi pour traduire leurs paroles, du genre : « Si vous m’emmenez pas chez missié Wyndé je esté’ai dans les bois tout’la nuit et pi-êt’ji se’ai pincé pa’les pat’ouilles plutôt que pa’ma’ame Béat’ice quand elle est en colè’. » Pour ensuite enchaîner sur des plaintes incessantes sur les nègres et leur caractère infernal.

3. Voltaire

Les philosophes des Lumières n’avaient pas une vision universaliste si universelle. Enfin si, mais pas exactement comme on l’entend aujourd’hui. Exemple (il y en a d’autres par ici) : « les Blancs sont supérieurs à ces Nègres, comme les Nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres ». On remarquera l’extrême proximité entre les singes et les huîtres et si l’on s’en tient à Pierre Loti, entre les huîtres et les Noirs, donc.

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4. Paul Morand

Ne vous méprenez pas. J’adore les livres de Paul Morand, j’adore tous ceux qu’il a inspiré, et j’aime les écrivains de droite même si c’est à mon corps défendant. Mais enfin, c’est compliqué, quand même, Paul Morand. Dans sa correspondance avec Chardonne, il est en plein délire antisémite permanent. Il traite des écrivains de « merdes juives », se plaint de l »enjuivement de l’académie », sans parler des saillies homophobes. Et dans son journal inutile, publié bien plus tard, il ne cache pas ses sympathies pour le régime de Vichy et sa haine de la jeunesse, de De Gaulle, de la république.

5. Frank Miller

L’auteur de Sin City et des comics Batman adaptés par Nolan a toujours répandu une idéologie un peu étrange. Homophobe, suprémaciste, il est aussi misogyne et très très bizarre quant à son rapport aux civilisations. Partisan de la théorie du choc, il est persuadé que l’islam est une religion politique visant à détruire la civilisation occidentale et se positionne contre toute forme de libéralisme politique. Critiqué par ses pairs, il a quand même réalisé certains des plus grands chefs d’oeuvre de la BD moderne. Dans une ambiance de gêne.

6. T.S. Eliot

Dans plusieurs de ses poèmes, T.S. Eliot fait preuve d’un antisémitisme primaire, comparant les rats aux Juifs par analogie, du genre : « »The rats are underneath the piles. / The Jew is underneath the lot. Money in furs. » On pourra rétorquer que le poème prend le point de vue d’un vieil homme aigri, mais ce n’est pas la seule occurrence d’antisémitisme dans l’oeuvre poétique d’Eliot.

7. Roald Dahl

L’auteur génial de bouquins (entre autres) pour enfants ne cachait pas du tout son antisémitisme. Dans une interview donnée en 1983, voilà ce qu’il déclare, franco : « Il y a un trait dominant dans le caractère des Juifs qui engendre de l’animosité, peut-être dans un genre de manque de générosité envers les non-Juifs. Je veux dire, il y a toujours une raison qui explique pourquoi l’anti-quelque chose se lève. Même un salaud comme Hitler ne s’est pas dressé contre eux pour rien. »

Malaise.

Tout s’effondre.