Topito, ce ne sont pas que des listes rigolotes. Nous pensons à toi, jeune personne qui t’apprêtes à entrer dans la vie active ; sans doute t’interroges-tu à juste titre sur les différents métiers qui composent le panel de notre florissante économie afin de mieux te déterminer dans ce choix si crucial de ton orientation qui ensuite dirigera ta vie. Et s’il est vrai que les fiches métier sont légions sur Internet, toutes ne sont pas sincères. Il y a quelques semaines, nous évoquions le métier de prof, plus récemment celui de médecin. Cette semaine, on te parle des infirmiers.

Mission

1. Selon la police

L’infirmier, contrairement aux clichés salaces, est avant tout amené à accompagner les patients pendant leur parcours de soin. Aux côtés des médecins et des aides-soignants, il pratique des soins basiques et administre des médicaments aux patients en faisant preuve de bienveillance et d’écoute.

2. Selon les syndicats

L’infirmier est là pour exécuter les ordres donnés par le médecin, lequel n’est jamais là quand on a besoin de lui et traite ses subalternes comme des merdes. Corvéables à merci, humiliés à l’occasion par les médecins très fiers d’avoir fait plus d’études qu’eux, les infirmiers se coltinent tout le sale boulot du parcours de soin pendant que le médecin récolte l’intégralité des lauriers.

Présentation générale

3. Qui es-tu ?

Une sorte de grognard incontournable du service de santé publique. Un acteur de terrain, présent aux côtés des malades, confronté aux odeurs de mort des hôpitaux et obligé de sortir 50 centimes pour te payer un café parce qu’à l’hôpital y a vraiment rien de gratuit pour le personnel hospitalier. Un roc. The rock.

4. Qui es-tu au fond ?

Une personne extrêmement fatiguée qui se dit que le monde autour d’elle la confond avec sa représentation porno sans jamais se rendre compte de la quantité de boulot abattue chaque jour. Un individu en prise permanente avec des enjeux de vie ou de mort qui ne sait plus lui-même s’il est vivant ou mort, ce qui simplifie le contact avec les malades, d’ailleurs. Une personne qui rêverait de passer en libéral mais bordel si c’est pour se coltiner l’administratif en plus, merci mais non merci.

5. Secteur professionnel

La santé. Tu es là pour aider certaines personnes à guérir et d’autres à mourir dans la dignité. Tu es là pour sauver l’humanité et la faire progresser. Tu es là pour soulager les corps et les âmes. Un exemple vivant de fraternité et de savoir-faire.

6. Secteur professionnel ressenti

La bureaucratie kafkaïenne. « Ah non, monsieur Marcelo, on ne peut pas vous laisser sortir si le médecin n’a pas signé le papier, il est très occupé, là, mais il viendra demain. En attendant, je vais vous faire une piqûre, attendez, mais votre dossier médical indique que vous n’êtes pas éligible à la CMU du coup il faut que j’aille faire des vérifications au bureau 125B mais je le ferai pas parce que j’ai autre chose à foutre. »

Salaire et carrière

7. Ce que tu espères de tout ton coeur

Titulaire d’un diplôme d’État d’infirmier, te voilà propulsé dans le vaste monde de l’hôpital où il te faut trouver ta place. Toujours sur le pont, exemplaire, tu développes en parallèle de ton travail quotidien tout un pan de recherches appliquées pour améliorer le parcours de soin des patients. Ces recherches te permettent rapidement de rejoindre une unité d’élite où, au sein d’une task force réunissant les meilleurs médecins du monde, tu trouves ta place et participes à un protocole expérimental dont l’issue permet de guérir l’humanité du cancer, un petit prix Nobel et hop la quille.

8. La réalité

Titulaire d’un diplôme d’Etat d’infirmier parce que tu t’es rendu compte que les études de médecine non seulement c’était dur mais en plus ça coûtait cher parce qu’il faut bosser à un moment et attendre 6 ans pour bosser c’est pas évident, te voilà envoyé dans un service de gastroentérologie à l’hôpital de Compiègne – tu y passera les 45 prochaines années. Mal payé, fatigué, toujours emmerdé à l’heure de prendre tes congés, tu subis les assauts agressifs des médecins qui te méprisent, les plaintes continues des patients qui passent leurs nerfs sur toi et la grogne généralisée de l’administration hospitalière qui ne cesse de demander à ce qu’on fasse des économies. Tu es un paillasson.

9. Salaire réel

En début de carrière, 1450 euros net. Après 20 ans d’ancienneté, un infirmier en milieu hospitalier peut espérer gagner 2400 euros net. Tripette.

10. Salaire ressenti

Une sodomie non consentie : « Ok alors ce que je te propose, c’est de te faire bosser des heures et des heures sans jamais les compter en foutant une pression absolument dingue sur les réductions de coût pour un salaire qui correspond même pas au prix d’un loyer à Paris. Ca te dit ? »

Formation

11. Théoriquement

Trois ans d’étude pour un diplôme d’Etat, souvent en alternance, souvent sur le terrain. Un contact immédiat avec les malades et le monde de l’hôpital, une ambiance Urgences et puis la possibilité de se spécialiser par la suite pour intervenir au bloc ou ailleurs en validant l’obtention d’un master 2 ce qui fait classe sur le CV.

12. Et dans les faits ?

Trois ans d’études pour être infirmier en France, un de plus en Belgique, dans tous les cas tu t’en fous parce que tu n’as pas été formé à supporter le stress permanent, à devoir bouffer des pâtes à tous les repas et surtout à savoir gérer une compta dans le cas où tu essaierais d’exercer en libéral pour te sortir de là.

Et sinon ?

13. Le film qui résume bien tout ça

De chaque instant (2018).

14. Les fringues pour aller avec

Une blouse déchirée avec des taches de partout mais tu n’as pas de quoi la laver donc c’est comme ça.

15. Une vidéo pour clore le tout ?