Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a récemment profité du retrait des troupes américaines en Syrie pour lancer une offensive contre les Kurdes, pourtant alliés de la coalition. Une saloperie de plus dans la longue liste de saloperies qui émaillent la vie politique intérieure et extérieure turque depuis l’arrivée au pouvoir d’Erdogan, au milieu des années 2000. Et ça ne va pas aller en s’améliorant.

1. Au départ, on a cru qu'il était plutôt modéré

De droite, certes, mais modéré. Devenu premier ministre en 2003, Erdogan entame immédiatement un dialogue avec l’Union européenne dans l’idée que son pays puisse intégrer le marché commun. Le parti qu’il a créé, l’AKP, est un objet hybride : libéral économiquement, apparemment attaché à la laïcité mais pourtant prompt à défendre un nationalisme dur teinté d’islamisme. Les occidentaux ont au départ décidé de voir ce qu’ils voulaient voir chez lui et se sont laissés avoir par le visage lisse du régime en ignorant délibérément les discours parfois antisémites de ses cadres et surtout très nationalistes.

2. Sur le plan sociétal, c'est l'obscurantisme

Selon Erdogan, hommes et femmes doivent jouer des rôles distincts au sein de la société – entendez par là que les femmes doivent rester à la maison, élever les enfants et allaiter. Très critique envers les féministes, Erdogan a plusieurs fois tenté d’interdire l’avortement dans le pays et, faute de pouvoir politiquement y parvenir, a fait passer des directives aux hôpitaux pour que cette pratique légale devienne quasiment impossible à obtenir. L’homosexualité n’est pas réprimée en Turquie, mais Erdogan l’a plusieurs fois vilipendée. Le porte-parole de l’AKP a ainsi affirmé en 2015 qu’il ne voulait pas d’homos dans son parti. La gay pride a cessé d’être autorisée dans les rues d’Istanbul cette même année et le journal proche du pouvoir a titré ainsi après la tuerie d’Orlando : « 50 pervers tués dans une boîte de nuit. »

3. C'est lui qui s'est pour ainsi dire auto-élu président

Jusqu’à son accession au poste de Premier ministre, le président turc n’était pas élu au suffrage universel. Erdogan, surfant sur sa popularité pendant ses premières années d’exercice du pouvoir, s’est aillé une élection sur mesures afin de devenir président. Elu en 2014, il réaffirme sa main mise sur le pouvoir après des revers électoraux lors des événements de 2016. A cette occasion Erdogan dénonce un putsch orchestré par des intellectuels de gauche et fait emprisonner des milliers d’opposants. Des professeurs sont destitués, des journalistes interdits d’exercer leur profession et la parole présidentielle devient omniprésente.

4. En 2017, il a modifié la constitution pour concentrer tous les pouvoirs

Elu en 2014 après un scrutin entaché de soupçons de fraude, Erdogan a modifié la constitution en 2017 pour s’arroger tous les pouvoirs. La présidence concentre ainsi les pouvoirs législatif et exécutif et nomme les juges et les procureurs. Le contrôle exercé sur les médias complète le tableau. Si l’on en doutait encore, Erdogan a confirmé en 2015 sa volonté autocratique en comparant le régime présidentiel idéal à l’Allemagne d’Hitler lors d’un discours de campagne.

5. Sa légitimité académique est plus que douteuse

Pour concourir à l’élection présidentielle, en Turquie, il faut justifier en gros d’un Master. Erdogan aurait plus que ça, puisqu’il est considéré comme docteur honoris causa de dizaines d’universités un peu partout dans le monde arabe. Mais la véracité de ses diplômes est sujette à caution. Selon les biographies, l’intitulé et le lieu où le président turc aurait suivi ses études changent et les camarades de promotion qu’il aurait dû avoir s’il avait effectivement été présent aux dates indiquées assurent n’avoir jamais croisé Erdogan au cours de leur scolarité. Un journaliste ayant dénoncé cette supercherie a été retrouvé mort, potentiellement assassiné.

6. La Turquie, partenaire nécessaire des occidentaux au Moyen-orient

Pour maintenir un semblant de maîtrise des enjeux au Moyen-orient, les occidentaux – Américains en tête – sont tenus de s’appuyer sur des régimes solides qu’ils considèrent comme des alliés. Pendant longtemps, la Turquie, la Syrie, l’Arabie saoudite et l’Egypte se sont disputés le leadership régional. La guerre en Syrie et la révolution égyptienne de 2011 ont affaibli considérablement ces deux régimes, laissant la Turquie et l’Arabie saoudite seuls interlocuteurs privilégiés pour les occidentaux. Erdogan, comme ses homologues saoudiens sur d’autres sujets, profite de cette situation pour imposer un régime autoritaire et traiter la question kurde sans faire cas du droit international, persuadé que la situation de son pays fragilise fortement l’hypothèse de sanctions prises au niveau international à son encontre.

7. L'obsession principale d'Erdogan, c'est la question kurde

Comme d’autres pays frontaliers, la Turquie possède une minorité kurde sur son territoire qui a longtemps revendiqué son indépendance. Le PKK, le parti nationaliste kurde, a ainsi perpétré des actes violents qui lui ont valu d’être considéré comme une organisation terroriste par les Turcs et la communauté internationale. Aux premières heures de son mandat, Erdogan affirmait vouloir régler le problème kurde par le dialogue et la démocratie, mais son discours a légèrement changé. Car pour maintenir son pouvoir, Erdogan s’est par la suite mis à dévoiler son vrai visage, instrumentalisant la question kurde à des fins électoralistes, dénonçant l’opposition comme complice d’un terrorisme kurde qui dans les faits n’existe plus et, surtout, utilisant la guerre en Syrie pour procéder à une vaste opération de nettoyage ethnique dans les territoires kurdes digne de ce que faisait Saddam Hussein en son temps.

8. L'offensive turque contre les kurdes est une mauvaise nouvelle pour tout le monde

Suite au retrait des troupes américaines de Syrie, les Turcs ont envoyé leurs troupes à la frontière syrienne pour y faire la chasse aux terroristes kurdes. Le problème, c’est que depuis le début de cette guerre les forces kurdes ont été des alliés solides et très actifs de la coalition internationale qui avaient notamment pour mission de surveiller les camps de prisonniers de Daech. L’attaque turque a conduit les Kurdes à abandonner ces postes, permettant à des milliers de combattants islamistes de retrouver le chemin de la nature. Surtout, sous couvert de lutter contre le terrorisme, les troupes d’Erdogan sont en train d’orchestrer un nettoyage ethnique des Kurdes façon solution finale.

Et rien ne l’empêche d’être président à vie.