La France des Lumières, la France des Droits de l’Homme la France de la Révolution, la France résistante, la France qui se bat, la France contre la guerre en Iraq, la France de l’exception culturelle, la France du gros pognon surtout et des exportations dont on se prive le plus souvent de parler pour ne pas se sentir mal à l’aise dans ses contradictions. La France est l’un des plus gros exportateurs d’armes du monde et tous les discours pacifistes ne le changeront pas. Mais c’est pas le seul truc dont on a un peu honte.

1. Les vêtements des flics à Hong Kong

Protecop est une boîte française, basée à Paris et qui fabrique et exporte des uniformes tactiques pour les flics un peu partout dans le monde. Le Parlement européen a eu beau voter une résolution exigeant des membres de l’UE qu’ils fassent preuve de discernement quant à leurs exportations technologiques vers la Chine pour éviter que le savoir-faire européen ne serve à violer les droits humains, l’entreprise n’a pas cessé de fournir aux policiers hong-kongais lesdits uniformes. Une pétition a été lancée sur Change.org pour mettre la pression sur Protecop.

2. Des armes à l'Arabie Saoudite (entre autres)

Le gouvernement a beau jouer les effarouchés façon « il n’y a aucune preuve que les armes utilisées par les Saoudiens au Yémen aient été vendues par la France », il est désormais avéré que c’est le cas. 70.000 morts et tout ça grâce aux chars Leclerc et autres Mirage 2000-9 vendus aux Saoudiens et aux Emirati par la France. De fait, la France est l’une des places fortes mondiales de la vente d’armes (le troisième plus gros exportateur en termes de volume), notamment à destination du Moyen-Orient (un tiers des exportations sont destinées à la région). La France fournit également des équipements de surveillance des populations à plusieurs régimes autoritaires, dont l’Egypte. Tout ça n’est pas d’une éthique folle, surtout quand on ajoute à ce tableau l’avalanche d’affaires occultes en lien avec ces ventes d’armes et qui concernent bien souvent le versement de commissions et rétrocommissions à des intermédiaires louches en cheville avec l’Etat.

3. Dont des armes à sous-munitions

Malgré la ratification d’une convention internationale pour stopper la fabrication et l’export de bombes à sous-munitions, la France continue de fabriquer à petite échelle ces bombes de mort qui libèrent des sous-munitions explosives après avoir été activées, de sorte que la létalité du dispositif est immense quand il est utilisé dans des lieux denses. Dans les années 80, la France vendait ces armes à des dictatures sud-américaines ; aujourd’hui, leur exportation est moindre et l’essentiel des stocks sont destinés à l’armée française. Mais un rapporteur du Sénat s’est révélé incapable d’obtenir précisément la liste des pays vers lesquels la France exporte ces armes à sous-munitions, liste relevant du secret de l’Etat. On préférerait l’avoir, la liste.

4. Des données personnelles

Comme Facebook, Google, Apple et consort, l’Etat vend lui aussi des données personnelles à des acteurs privés. En réalité, il ne peut les vendre que si vous donnez votre accord ; mais la plupart du temps vous donnez votre accord sans vous en rendre compte. Pas de RGPD pour les cartes grises, par exemple : depuis le début des années 2010, quand vous remplissez le formulaire, il faut expressément cocher une case pour indiquer que vous ne voulez pas que l’Etat vende les informations concernant votre âge, votre sexe, votre numéro de téléphone ou la puissance de votre bagnole (qui donne généralement une indication sur vos revenus). Ces ventes rapportent environ 4 millions d’euros par an à l’Etat – une peccadille.

5. Du patrimoine

Pour avoir un peu de cash et s’éviter des frais d’entretien, l’Etat vend très régulièrement du patrimoine à des acteurs étrangers. Il existe deux cas de figure : dans le premier, l’Etat ou une collectivité vend les droits d’exploitation d’un monument national à un acteur privé. C’est plus ou moins ce qu’il s’est passé avec la Tour Eiffel, par exemple, dont la gestion est effectuée par une société d’économie mixte détenue à 40% par des capitaux privés ; dans le second, la France vend carrément un bâtiment à des tiers, publics ou privés. En 2015, un scandale a ainsi défrayé la chronique lorsque le ministère des Affaires étrangères a confirmé avoir vendu le palais Clam-Gallas qui abritait jusqu’alors l’Institut français à Vienne, en Autriche, à des investisseurs Qatari.

6. Des milliers d'hectares voués à la déforestation

On l’oublie parfois mais la Guyane est à la fois en pleine Amazonie et en France. A l’heure où les Européens dénoncent à juste titre la déforestation massive de l’Amazonie brésilienne réalisée sous le regard bienveillant de cet immense fou furieux qu’est Bolsonaro, les Français feraient bien de balayer devant leur porte. Si au Brésil, la déforestation est alarmante, le gouvernement français autorise aussi des multinationales minières à effectuer des forages et des recherches sur le territoire guyanais dans des proportions importantes. A l’heure actuelle, près de 400.000 hectares de forêt sont investies par des entreprises minières sur le seul territoire guyanais. Et qui dit déforestation dit incendies – ou comment créer un cercle vicieux pour le seul appât du gain. C’est d’autant plus problématique que, malgré leurs engagements, les industriels miniers zappent bien souvent l’étape de reforestation à laquelle il s’étaient engagés une fois la mine tarie, laissant des paysages désertés, machines-outils encore en poste au beau milieu de l’Amazonie. Et personne ne vient vérifier.

7. Le savoir-faire français en matière militaire

Aujourd’hui, le cas se présente plus occasionnellement, mais les forces françaises ont longtemps formé des armées étrangères et pas toujours très propres. Dans les années 1970-80, des officiers aussi sympathiques qu’Aussaresses ont ainsi été dépêchés au Brésil ou en Argentine en toute clandestinité pour former les officiers de la junte aux méthodes d’interrogatoire (entendez par là de torture). Plusieurs documentaires attestent de cette réalité et de l’implication française dans toutes les guerres sales de l’Amérique du Sud. L’absence de conventions bipartites entre la France et ces pays montre bien que ces services rendus se faisaient en dehors de tout cadre légal. Heureusement, la dictature argentine a fini par tomber débilement.

8. Des pesticides qu'elle interdit chez elle

Cette situation ubuesque a été enfin clarifiée par le Conseil constitutionnel à la fin du mois de janvier 2020. Jusqu’alors, la France produisait et exportait vers les pays en développement des pesticides et herbicides dont l’utilisation était interdite par l’UE sur tout le territoire européen. Faites ce que je dis, pas ce que je fais. Les professionnels de l’agrochimie avaient cherché à faire invalider cette décision au nom de l’emploi et de la liberté de vente auprès du Conseil constitutionnel, qui les a déboutés. Du coup, tu pouvais te retrouver avec des fruits plein de pesticides français quand tu achetais des trucs importés hors d’Europe.

Sans compter qu’en vend aussi des CD de Jul.