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Quelle que soit la terminologie qu’on leur applique (et on n’y voit plus très clair entre les migrants, les immigrants, les réfugiés et leur traduction effective ou juridique), les populations déplacées de Syrie qui se rendent en Europe le font pour fuir une guerre infernale. Leur accueil répond à une situation d’urgence humanitaire. Il est affreux de constater que le climat terroriste et l’ambiance de fin du monde généralisée tendent à alimenter une atmosphère de peur qui va à l’encontre des principes de compassion les plus élémentaires. Il est du devoir de tout état de droit de répondre à une urgence humanitaire en assumant ses responsabilités. Il est aussi du devoir de chacun de prendre sa part de responsabilités en regardant la situation en face, sans s’obscurcir de fantasmes débiles.

1. Ce ne sont pas des terroristes

Non, mais sans rire, une organisation terroriste, si elle veut envoyer des gens se faire sauter dans un pays, a les moyens de le faire sans les faire passer par des canaux clandestins avec des risques incommensurables de naufrage et d’arrestation. S’il y a eu des cas, en Allemagne, notamment, de migrants radicalisés ayant des velléités terroristes, il faut remettre en perspective leur nombre par rapport à la cohorte de gens qui fuient simplement une situation affreuse dans leur pays et cherchent à retrouver une vie normale.

2. En fait, en Syrie, c'est la guerre, genre vraiment

Imaginez un peu que la bataille d’Alep soit en fait la bataille de Lyon, soit la deuxième ville du pays (remplacez par Marseille, si vous préférez). Si tous les Lyonnais se retrouvaient en nécessité de fuir un charnier et se faisaient traiter comme des merdes dans les pays du Moyen-Orient, on crierait au scandale. On parle tout de même de près de 500.000 morts en Syrie depuis le début de la guerre. Les mecs veulent juste survivre et on leur impose des conditions d’accueil déplorables.

3. Les mecs viennent en Europe, mais ils se réfugient surtout dans les pays du Moyen-Orient

90% des réfugiés syriens se rendent dans les pays limitrophes en attendant la fin du conflit. Seul 1 million d’entre eux se rendent en Europe. Pour rappel, la population européenne est de 743 millions de personne. On peut sans doute faire un peu de place.

4. Ce ne sont pas des crève-la-dalle de base

De toute façon, quand bien même c’en serait, la question de l’urgence se poserait de la même manière. Toutefois, l’espèce de peur panique de la vague de migrants qui viendrait pour nous voler notre travail, nos femmes et profiter des allocs est quand même largement alimentée par l’idée que ce sont des crève-la-faim qui chante Quand on arrive en ville et volent les iPhone. Impossible d’avoir des statistiques, mais partant du principe qu’ils viennent de pays normaux, comme tous les pays, les migrants ont des profils divers : il y a des médecins, des ingénieurs, et puis des chômeurs et des vendeurs de rue. C’est une société normale. Des gens à qui on parlerait dans des circonstances inversées. Pas des violeurs en puissance.

5. On a fait le même foin avec les réfugiés de la guerre civile espagnole, et y'a pas de quoi être fier

Dans les années 1930, on a parqué les réfugiés espagnols à la frontière dans des camps dégueulasses parce qu’on avait peur de l’immigration massive des types qui bouffaient de l’huile et qu’on se lavait les mains de leur situation dans leur pays. Aujourd’hui, les mêmes qui se défient de l’immigration moyen-orientale citent en référence l’intégration exemplaire des réfugiés portugais, espagnols ou italiens jusqu’aux années 1970. Ça n’a pas de sens. L’intégration n’est pas liée à des questions culturelles, mais à un respect de traitement des individus. Et il n’y a pas de quoi être fier de ce qu’on a fait dans les années 30 et qu’on est en train de reproduire, avec la médiatisation en plus pour agiter les peurs.

6. On parle de même pas 10.000 personnes dans le camp démantelé de Calais

10.000 personnes pour 70 millions de Français. C’est ridicule. Les Présidents de régions qui refusent par principe de recevoir des migrants sur leur territoire sont des populistes qui agitent la peur. Si les populations expriment leur peur, elles ne se rendraient même pas compte de la présence de migrants dans leur ville si ce n’était par l’instrumentalisation politique d’un problème relevant de l’urgence humanitaire.

7. Si on veut éviter les débordements, il vaut mieux accueillir les gens dans des conditions acceptables

Je sais bien que certains pensent que la violence est culturelle, tout ça, tout ça, mais si vous filez du boulot, un appart, un tissu social et de la peinardise à quelqu’un, il a assez peu de chances d’essayer derrière de vous piquer vos affaires et de sombrer dans l’alcool. Par contre, si vous le parquez dans la rue sous des tentes à la merci permanente d’un démantèlement et sans aucun contact humain, il risque légèrement de se sentir maltraité, voire de vous en vouloir.

8. Les types ne parlent pas tous français et se retrouvent ballottés par les décisions administratives sans rien comprendre et sans assistance

Imaginons la situation inverse, après la guerre civile à Lyon. Des réfugiés lyonnais se retrouvent à Damas, comme des cons, sans parler arabe, sans connaître les modalités du droit d’asile syrien, rejetés par tout le monde et subissant des contrôles policiers incessants, avec la peur constante d’être renvoyés dans leur charnier. La situation paraîtrait absolument inhumaine. C’est exactement ce qui arrive aux réfugiés, qui ne connaissent pas leurs droits, n’ont pas toujours accès à une aide juridictionnelle ou simplement à des cours de français, et ne comprennent pas les décisions administratives qui les visent et se contredisent sans discontinuer.

9. C'est une situation d'urgence et il est nécessaire d'y répondre

C’est tout de même incroyable qu’au nom du principe de précaution nous refusions de répondre à une urgence humanitaire et sanitaire de cette ampleur. La situation est complexe, de nombreux migrants souhaitant rejoindre l’Angleterre, mais ce n’est pas parce qu’ils ne veulent pas nécessairement demeurer sur le territoire que nous devons abandonner des personnes qui fuient un charnier. C’est quoi le problème : on veut qu’ils se cassent, mais on est vexé qu’ils ne veuillent pas venir chez nous ?

10. Les commentaires à la con qui opposent les migrants aux SDF sont complètement à côté de la plaque

Certains commentaires à la con opposent le traitement réservé aux  migrants à l’abandon supposé des SDF ; ça veut dire qu’un type qui vit dans la rue parce qu’il a perdu son boulot aurait plus de valeur miséreuse qu’un type qui fuit la guerre ? Il faudrait donc établir une échelle du malheur en commençant par le malheur bien de chez nous plutôt que d’envisager le traitement des problèmes dans leur globalité ? C’est vrai que venant de pays où il fait chaud, les migrants peuvent bien passer l’hiver sous des tentes sous le métro aérien, ils s’en sortiront mieux qu’un SDF lambda. C’est une des pensées les plus stupides de l’histoire.

Quant à ceux qui considèrent que Topito devrait se contenter exclusivement de faire de l’humour, ils ne prennent clairement pas la mesure de la crise humanitaire en train de se produire et des conséquences désastreuses qu’elle aura dans les années à venir. Non, on ne devient pas un site qui fait de la politique, mais il est des questions qui nécessitent une mise au point entre deux blagues.