Quand on regarde un film d’horreur, on sait qu’on regarde un film d’horreur, c’est écrit sur l’affiche, c’est écrit sur le titre du film, c’est écrit dans la musique, c’est écrit dans le premier personnage qu’on voit à l’écran, c’est écrit dans le scénario, c’est écrit bordel, mais on a quand même peur. C’est un savoir-faire de ouf que d’y arriver systématiquement et il y a des secrets pour ça.

1. Comment est fabriqué le faux sang ?

Les tous premiers films d’horreur étaient en noir et blanc ; on utilisait alors du sirop de chocolat car sa consistance rappelait celle du sang. Ensuite, avec l’apparition de la couleur, on a amélioré le truc : on a commencé par cuisiner des cochenilles rouges et à les faire fondre, mais bon c’était pas cool pour les insectes et ça puait. Désormais, le faux sang est souvent réalisé en mélangeant du colorant rouge à du miel pour la texture, le tout arrosé d’eau et de farine de maïs pour épaissir le tout. En tous les cas, pas de vrai sang, donc.

2. Comment réussit-on à diriger les enfants ?

Il y a deux méthodes : la première consiste à ne pas dire au gosse qu’il joue dans un film d’horreur. C’est ce qu’a fait Kubrick avec Danny Lloyd, 6 ans à l’époque du tournage de Shining. L’acteur pensait qu’il jouait dans une comédie et des scènes supplémentaires totalement inutiles ont même été tournées pour le mettre dans cet état d’esprit.

La deuxième consiste à terrifier pour de vrai les enfants. Mais elle n’est ni recommandée, ni recommandable. L’actrice dans Poltergeist s’est suicidé à 12 ans.

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3. Comment fabriquer une bonne maison hantée ?

Une maison hantée, c’est une maison qui fait peur. Il y a bien sûr le décor victorien, inspiré généralement des maisons décrites dans les histoires de Poe : des endroits isolés, loin du monde, décrépis et donc abritant potentiellement du regret de temps meilleurs, peu lumineux, peu habités. Mais à l’écran, cela ne suffit pas. Si vous prêtez attention, vous vous rendrez compte que ce qui rend une maison hantée terrifiante, c’est d’avoir toujours l’impression qu’il peut y avoir des choses cachées dans la pièce. Pour cela, plusieurs possibilités : d’une part, il s’agit d’assombrir les angles, les coins, pour donner l’impression que des choses y sont terrées ; de l’autre, s’arranger pour que les pièces ne soient pas carrées, mais pleines de promontoires, d’angles ronds, de choses étranges et peu communes. C’est ce que fait à merveille Robert Wise dans La maison du diable, sans doute le meilleur film de maison hantée jamais réalisé. Il y a aussi la technique Kubrick, toujours avec Shining : on le sait, les plans de l’hôtel sont impossibles. Quand les acteurs entrent dans une pièce et en ressortent par la même porte, le plan du décor extérieur a changé. De même que les circonvolution de Danny sur son petit vélo sont absolument sans queue ni tête dans la réalité.

4. Comment composer une bonne musique de film d'horreur ?

Il existe des clichés de compositions orchestrales pour l’horreur. Là encore, l’idée est de dérouter. Les notes sont donc très aigues et/ou très graves, et il s’agit que le tempo reproduise celui d’un battement de cœur affolé. Ensuite, les mélodies doivent s’éloigner autant que faire se peut des gammes habituelles que l’on retrouve dans la chanson populaire, d’où des notes parfois isolées, à la limite du dissonant, et des enchaînements chromatiques. Et surtout, il s’agit de produire des accélération de cordes ou de rythme aux moments qui impliquent une plus grande tension, pour surprendre également le spectateur par l’audio.

5. Comment fait-on peur ?

En se faisant peur à soi-même. Les scénaristes de films d’horreur commencent généralement par lister tout ce qu’il leur faisait peur à EUX quand ils étaient enfants pour ensuite essayer d’exploiter ces peurs le plus intelligemment possible. Par ailleurs, des connards qui meurent, ça ne dérange personne. Au-delà de la peur, il faut être dérangeant, faire planer une impression d’anormalité, de malaise. Pour cela, il faut absolument que parmi les personnages en danger, certains soient sympathiques. Tout en faisant plaisir au sadisme de l’audience en assassinant des sales cons ; les pensées satisfaites devant la violence créent du dérangement.

Et au niveau réalisation, il vaut encore une fois jouer sur l’inconnu. Des plans fixes, des angles étranges, même s’ils ne sont pas exploités pour l’horreur. Parce que le spectateur est habitué à voir des films, il sait qu’un angle original est utilisé pour préparer un effet et qu’on ne montre pas un trajet en voiture sans accident. On peut donc accumuler les angles originaux et les trajets en voiture qui ne débouchent sur rien pour créer un climat de tension permanente.

6. Comment est construit un scénario de film d'horreur ?

Toujours de la même manière. Un événement qui fait flipper en entrée, une première victime, le ton est donné. Ensuite, on installe la situation. Qui sont les personnages principaux, quelles sont leurs relations et qu’est-ce qu’ils sont venus faire dans cette galère ? Puis le premier élément bizarre. Le spectateur comprend que ce truc devrait être un signal d’alerte, mais les personnages ne s’en rendent pas compte. C’est énervant, ça crée de la tension et on se demande à quel moment ça va tomber. On en arrive au point de non-retour. Les personnages ne peuvent plus revenir en arrière. Ils sont coincés dans la mécanique infernale et désormais le personnage principal devient le méchant dont on admire la créativité meurtrière. On en vient alors à l’attaque tout azimut du méchant et à l’enchaînements des morts. Puis, aux trois-quarts du film, on pense que c’est bon, les mecs vont s’en tirer. Sauf que non, là il y a un retournement de situation et c’est le moment le plus dangereux. Ensuite, c’est le climax, on découvre la vérité, y’a une bataille épique, tout ça tout ça. Puis la résolution avec les flics qui arrivent, des couvertures de survie, mais le doute plane encore sur la possibilité que tout reparte.

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7. Pourquoi les films à petits budgets sont-ils souvent des films d'horreur ?

Pour plein de raison. D’abord parce que les films d’horreur ont un public fidèle qui n’a pas forcément besoin d’avoir des stars au casting pour s’intéresser au projet. Ensuite, parce que, généralement, le jeu des acteurs est très codé : rire, avoir peur, rien d’un rôle de composition. On peut donc avoir des acteurs débutants ou amateurs quasi ou entièrement gratuits. Ensuite parce que les films d’horreur se déroulent souvent sur une unité de lieu dont on exploite toutes les possibilités : pas besoin de grands moyens, de déplacer, une équipe… Ensuite parce que le nombre de personnages est limité et l’équipe technique aussi : un maquilleur, un directeur des effets spéciaux, un réalisateurs et une ou deux caméras peuvent suffire si le réal est aussi monteur, etc. Bref, il est possible d’avoir un rendu diffusable sans dépenser des fortunes.

8. Y a t il un suivi psychologique sur les tournages ?

Parfois, quand il y a les moyens, mais surtout pour les enfants. Après, les acteurs racontent souvent qu’en compensation de l’ambiance, les tournages se déroulent souvent sur un ton très léger et très déconne. Pour Hostel, le lieu de tournage – un ancien hôpital psychiatrique désaffecté à Prague – était tellement lugubre qu’Eli Roth envoyait de la musique joyeuse à fond les ballons dans toutes les pièces pour détendre le plateau.

9. Pourquoi, parfois, les jump scares ne marchent-ils pas ?

Parce qu’ils sont trop prévisibles, mal amenés ou mal foutus. Le jump scare, c’est le moment où alors qu’on suit une femme de dos caméra à l’épaule, une main se pose soudain sur la sienne, d’épaule, et qu’on sursaute parce qu’on ne s’y attendait pas. Le bon jump scare est donc celui qui intervient dans une scène où il n’est pas censé se passer ce qu’il va se passer. Mais certains réalisateurs abusent des jump scares préalables qui ne débouchent pas sur de l’horreur mais sur un retour au calme avant la tempête. Dès lors, le spectateur, trop sur le qui-vive, ne sursaute plus quand intervient le vrai jump-scare. Le mieux pour faire un bon effet est de faire intervenir un tueur au milieu d’une conversation filmée normalement, à un moment où, par ailleurs, on ne s’attend PAS DU TOUT à ce qu’il y ait une attaque.

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10. Qui a inventé le film d'horreur ?

Dès 1896, il y avait des films d’horreur. En réalité, le genre cinématographique est dérivé directement du roman gothique à la Mary Shelley, Bram Stoker ou Poe. Très rapidement adaptées en raison de leur fort potentiel visuel et surtout leur longueur relative (à part pour Shelley), ces bouquins ont marqué le ciné dès le départ. Généralement, on s’accorde à dire que le thriller horrifique est plutôt à mettre au crédit de Hitchcock qui a ouvert la voie à un genre plus hybride dans lequel se sont ensuite insérés les réalisateurs parallèles au Nouvel Hollywood dans les années 70.

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