« Mourir pour des idées, l’idée est excellente. Moi j’ai failli mourir de ne l’avoir pas eue. Car tous ceux qui l’avaient, multitude accablante, en hurlant à la mort me sont tombés dessus. Mourir pour des idées, d’accord ! Mais d’une mort lente. »

Contrairement à Brassens, voilà des scientifiques qui ont fini assassinés pour avoir cru en des trucs sans forcément de lien avec leur recherche. Bien sûr, les persécutés de l’obscurantisme sont légions. Mais les morts de la science pour des vues politiques sont plus rares.

1. Archimède

Mathématicien de génie, ingénieur, physicien, découvreur d’immenses principes en géométrie ayant eu des incidences directes sur la technologie de l’époque, Eurekiste de génie à qui l’on doit le principe de poussée qui porte son nom, Archimède est mort après l’invasion de Syracuse par les Romains, quand il refusa de se soumettre à un soldat ennemi alors qu’il était occupé à tracer des figures géométriques sur le sol. Ou comment aller au bout de ses recherches sans prendre en compte la réalité politique du moment.

2. Lavoisier

Avant d’être un bon lycée, Antoine Lavoisier était un chimiste et philosophe français à qui l’on doit la découverte de l’oxydation et sans qui la chimie ne serait pas entrée dans la modernité. Sa science, notamment en matière économique, lui a également valu d’être sollicité par les pouvoirs publics pour effectuer des recommandations sur l’organisation de divers corps, depuis les finances d’Etat jusqu’à l’instruction publique. Mais pendant la Révolution, Lavoisier, devenu député, fait l’erreur de se montrer favorable à la mise en place des assignats qui vont conduire à une dévaluation et un effondrement économique. Lors du passage à la Terreur, cette erreur de jugement lui coûte cher : on l’arrête et on le condamne à mort pour haute trahison. Il est guillotiné le 8 mai 1794.

3. Michel Servet

Médecin et un théologien espagnol, Servet sera naturalisé français en 1548 et prendra donc le nom de Michel (sans doute en hommage à Sardou). Quoi qu’il en soit, Servet est surtout connu pour ses travaux considérables sur la circulation sanguine. Mais à l’époque, Michel Servet avait une part d’ombre : il ne croyait pas en la Sainte Trinité. Le genre de truc pas très compatible avec l’existence d’une Inquisition : d’ailleurs, Servet termine sur le bûcher en 1594 après deux procès à charge.

4. Moritz Schlick

Philosophe allemand, porté sur les questions épistémologie et parmi les premiers à s’intéresser à l’impact philosophique de la théorie de la relativité, Moritz Schlick a été l’une des victimes de son époque. Alors que les nazis arrivaient au pouvoir en Allemagne, Schlick, enseignant à Vienne, décide de ne pas suivre ses amis vers les Etats-Unis et de se maintenir à son poste. C’est donc sur le parvis de l’université de Vienne qu’il sera abattu par un ancien étudiant qui lui reprochera tout autant ses prises de position progressistes que son judaïsme supposé – de fait, Schlick était protestant. L’étudiant en question sera gracié après l’Anschluss, preuve si elle était nécessaire que les nazis ne comprenaient rien à rien.

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5. Els Borst

Els Borst était un médecin estimé, titulaire d’un diplôme en pédiatrie et en immunologie. Mais elle était aussi une femme politique engagée à qui l’on doit notamment la dépénalisation de l’euthanasie aux Pays-Bas puisque c’est elle, en tant que ministre de la Santé, qui a conduit la réforme, en 2001. C’est cette décision qui lui a coûté la vie : un déséquilibré l’a assassinée en 2014 en se revendiquant d’une mission divine qui lui aurait été confié, quand il était enfant, après la légalisation de l’euthanasie dans le pays.

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6. David Webster

Anthropologiste de renom, professeur honoraire à Johannesburg, David Webster a publié de nombreuses recherches sur l’Afrique du Sud et la Rhodésie au cours de sa carrière universitaire. Ses travaux ethnographiques font encore autorité aujourd’hui. Mais il était aussi un militant anti-apartheid influent et c’est cela qui a provoqué sa mort. En 1989, alors qu’il était âgé de 44 ans, Webster a été assassiné par une milice à la solde du pouvoir ségrégationniste d’une balle dans la tête. Ces mercenaires avaient touché environ 7000 euros pour tuer Webester. Le chef du commando sera condamné bien plus tard, en 1998, une fois le régime d’apartheid abattu.

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7. Francisco José de Caldas

Botaniste, ingénieur, journaliste, astronome, avocat… Caldas était l’incarnation de l’élite colombienne dans tout ce qu’elle avait de plus métissé et libéral et l’un des artisans des réunions préparatoires de l’élite métisse en vue de chasser la couronne espagnole du territoire colombien. Pendant la guerre civile qui conduira à l’indépendance de la colonie, Caldas était en charge de former des militaires pour le compte de la rébellion. Fait prisonnier lors d’une bataille, Caldas a été jugé par un tribunal militaire et fusillé à Bogotà en octobre 1816.

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8. Hypatie

Imaginez que vous soyez une femme savante vivant à Alexandrie en l’an 300 après Jésus-Christ : ça devait pas être marrant. Mais Hypatie s’en sort : elle enseigne, est respectée et développe la pensée de Platon en philosophie et celle de Diophante d’Alexandrie en arithmétique. Elle est aussi une astronome réputée et un exemple de tolérance. D’ailleurs, elle prônait l’entente avec les premiers chrétiens d’Egypte à qui elle prodiguait ses enseignements. Mais voilà : Hypatie avait l’oreille d’Oreste, le préfet d’Egypte, lequel entretenait un conflit ouvert avec l’évêque Cyrille d’Alexandrie. C’est parce qu’ils la soupçonnaient d’entretenir ce conflit à dessein que des chrétiens ont choisi de l’assassiner en 415 dans d’atroces circonstances : une fois inerte, le corps d’Hypatie a été démembré par la foule puis brûlé.

9. Dian Fossey

Si vous avez vu ou lu Gorilles dans la brume, vous savez qui est Dian Fossey, cette primatologue américaine géniale qui avait dédié sa vie à l’étude et à la protection des gorilles dans les forêts du Congo et du Rwanda. Son engagement lui coûtera d’ailleurs la vie. Luttant inlassablement contre les braconniers et les trafiquants d’animaux, Fossey est retrouvée morte dans sa hutte en 1985, le crâne fendu de 6 coups de machette. Rien n’a été dérobé et tout laisse donc penser qu’il s’agit d’un meurtre politique. Malgré une enquête approfondie, son meurtrier n’a jamais été identifié.

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Oui, mieux vaut « une mort lente ».