A part le visionnage de Vol au dessus d’un nid de coucou et de Shutter Island, notre connaissance des HP est assez limitée, on y projette beaucoup de fantasmes. Récemment, le documentaire de Raymond Depardon 12 jours dévoilait les audiences des personnes internées de force au bout de 12 jours d’hospitalisation et montrait par cela même les failles de cette rencontre et les limites de la décision du juge des libertés et de la détention. En France on compte à peu près 12 millions de personnes atteintes de troubles psychiques de différents niveaux (allant de l’état dépressif aux pathologies plus grave). Ça nous semblait donc nécessaire de débroussailler toutes les questions qu’on se pose naïvement en prenant pour appui les témoignages de personnes qui travaillent au sein de ces services ou de patients qui en ont fait l’expérience.

1. Est-ce qu'on peut être internés contre son consentement ?

On peut choisir de se rendre sciemment dans un HP mais on peut aussi y être contraint. Dans ce cas, l’hospitalisation est demandée par un membre de la famille ou un tuteur, on appelle ça une hospitalisation à la demande d’un tiers (HDT). Elle ne peut être effectuée que si la personne concernée représente un danger pour elle-même ou pour les autres. La demande doit être accompagnée de deux avis médicaux émanant de médecins différents et datant de moins de deux semaines (en cas d’extrême urgence, un seul avis suffira). Cette hospitalisation d’urgence peut aussi être effectuée à la demande d’un médecin extérieur à l’établissement ou par un représentant de l’état si la personne porte atteinte à l’ordre public. En revanche, la prise en charge thérapeutique doit être effectuée avec le consentement du patient (sauf dans le cas des personnes atteintes de troubles psychiatriques sévères qui affectent leur conscience).

2. Combien de temps dure un internement ?

Dans un premier temps chaque nouvel arrivant est hospitalisé et sous observation complète pendant 72 heures. Par la suite, l’hospitalisation si elle est contrainte, peut se poursuivre sur 12 jours au terme desquels le patient possiblement assisté de son avocat, sera confronté à un juge des libertés et de la détention (c’est ce que nous montre notamment le documentaire de Raymond Depardon 12 jours) qui signera ou non la poursuite de l’hospitalisation. Mais globalement, l’internement varie vraiment d’un patient à un autre et du degré de souffrance psychique auquel il est sujet.

3. Comment mettre fin à son internement ?

Alors déjà c’est pas toi qui décide vraiment, en fait il te faut un avis positif du psychiatre qui établira si l’hospitalisation n’est plus nécessaire. Cet avis peut provenir également du juge des libertés et de la détention ou d’un membre de la famille ou d’un procureur de la République. Et si malgré ces avis, le patient est encore hospitalisé de force, le directeur de l’établissement s’expose à une peine d’un an de prison et 15 000 € d’amende. Mauvais plan.

4. Qui sont les personnes internées en HP et pourquoi ?

On parle avant tout de personnes en état de souffrance psychique. Le degré varie ensuite en fonction de chacun, certains sont atteints de graves troubles mentaux, d’autres sont sujets à une crise de dépression. Quoi qu’il en soit, le critère d’accueil est le risque de mise en danger de soi ou d’autrui.

5. Peut-on être internés de force alors qu'on n'a aucun problème psychiatrique ?

En théorie, non. Même si on entend toujours parler d’un copain qui connait un type qui a croisé une meuf qui un jour a été interné de force alors qu’elle mangeait des yaourts dans sa cuisine. Un reportage des Pieds sur terre livre plusieurs témoignages d’internements forcés. Concrètement c’est tout de même assez compliqué et rare (heureusement). Encore une fois, l’internement sous contrainte n’est possible que si la personne se met en danger ou met en danger autrui donc pour se retrouver confronté à cette situation il faut avoir donner quelques signes d’alertes quand même. Bref, mange tes yaourts tranquille.

6. Est-ce qu'on peut être interné parce qu'on a fait une tentative de suicide ?

Bah du coup, rapport à qu’est ce que c’est que je viens de dire, bah oui. Puisque tu te mets en danger et que tu es en état de souffrance psychique aiguë. En revanche, passé cet épisode suicidaire et remis sur pied, il y a peu de chances que ton hospitalisation se poursuive à moins que tu n’en fasses la demande.

7. Peut-on traiter des troubles mentaux en dehors des hôpitaux psychiatriques ?

Sauf cas extrême, toutes les maladies doivent pouvoir être traitées à l’extérieur. Il faut bien comprendre que l’hospitalisation sert à recevoir un patient en période de crise aiguë. Par la suite, le patient sera redirigé vers une autre structure comme les CMP (centres médico-psychologiques) en soins ambulatoires ce qui signifie que le patient ne dort pas sur place mais bénéficie d’un suivi psychiatrique plus important.

8. Est-ce que les patients qui cohabitent dans un HP peuvent avoir des troubles radicalement différents ?

Oui même si la plupart des établissements accueillent un seul patient par chambre, des patients aux troubles très variés peuvent se côtoyer lors d’activités ou sur leur temps libre de la journée.

9. Comment s'occupent les patients d'un HP ?

Ça dépend de chaque établissement, des activités qui sont proposées (certains proposent des activités sportives ou cuisinières, d’autres non) et du patient (certains patients n’auront aucune possibilité de contact avec le monde extérieur, ni sur téléphone ni sur les réseaux sociaux, d’autres auront moins de restrictions).

10. Est-ce qu'on utilise toujours des électrochocs ?

Oui, et on parle plutôt de traitement par sismographie ou d’électroconvulsivothérapie (qui rapporte beaucoup de points au Scrabble). Et même si les électrochocs ont une sale image, dans les faits cette pratique n’est pas aussi barbare qu’elle en a l’air. Elle consiste à disposer des électrodes sur le crâne qui délivreront un courant électrique. Certes l’opération peut entraîner des troubles cognitifs et des pertes de mémoires mais ceux-ci ne durent pas au-delà de six mois après l’intervention. En fait, le traitement par électrochocs est juste plus rapide et plus efficace qu’une médicamentation lourde qu’on doit généralement suivre à vie. Et concrètement c’est un peu comme si on faisait redémarrer le disque dur. Le patient doit donner son accord (ou le cas échéant, son représentant légal si lui-même n’est pas en mesure de s’exprimer) et être informé sur le déroulement de l’intervention qui se fait systématiquement sous anesthésie générale. De la même façon, durant l’intervention, le patient ne fait pas de crise de convulsions comme on pourrait l’imaginer, à peine il remue l’orteil.

11. Est-ce qu'on pratique encore la lobotomie ?

Non, mais pas totalement non non plus. A l’heure actuelle, la lobotomie (qui consiste en gros à enlever un morceau de cerveau) n’est quasiment plus pratiquée nulle part, il a été prouvé dans les années 70 qu’elle était plus dangereuse qu’autre chose pour traiter de troubles psychiatriques. Néanmoins, si elle est considérée comme une pratique barbare, en France la lobotomie n’est pas vraiment interdite. Il existe juste une recommandation datant de 1994 qui demande à ce que la lobotomie ou la thérapie par électrochocs soit pratiquée avec le consentement du patient. Il est donc encore possible de procéder à une lobotomie dans certains cas extrêmes pour traiter de troubles obsessionnels compulsifs qu’aucun traitement médicamenteux n’aurait pu guérir, mais on ne l’utilise plus jamais pour traiter des cas de schizophrénie. Notons par ailleurs que 80 % des sujets lobotomisés au XXème siècle étaient des femmes. Sacrées têtes de linottes.

12. Est-ce que les fous ont toujours des entonnoirs sur la tête ?

Seulement le jeudi quand ils ont mangé de la raclette.

Source photo : Giphy

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Sources :

Service Public

France Culture

Vice

Informations juridiques

Le Monde