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Pour les écrivains médiocres, se choisir un nom de plume c'est mettre un pied dans le Monde des Artistes tout en accédant à l'anonymat nécessaire pour se justifier d'avoir pondu une telle bouse littéraire. Pour les plus talentueux, le pseudonyme peut répondre à divers motifs : prudence politique, bon sens commercial ou mystification ludique. Voici dix catégories de noms qui méritent cet effort :

  1. Un nom qu'il aurait fallu changer dès l'acte de naissance
    Prendre un pseudonyme permet d'échapper aux facéties de la généalogie. Marguerite Duras s'appelait en réalité Marguerite Donnadieu ; Jules Romains, Louis Farigoule ; Philippe Sollers, Philippe Joyaux et Roger Vercel, prix Goncourt oublié, Roger Crétin. A l'inverse, Alexis Léger, lui, s'est choisi des pseudos à la con : Alexis Léger-Léger, ou, plus connu, Saint-John Perse. Pourquoi faire simple.
  2. Le nom imprononçable
    Bien agréable pour foutre la honte à la prof de français pendant l'appel, mais pas quand on veut se faire une petite notoriété. A fortiori si le dit-nom est long, connoté ou foutrement difficile à prononcer, comme Henri Troyat, officiellement nommé Lev Aslanovitch Tarassov. La palme revient évidemment à Apollinaire, d'origine polonaise, qui s'appelait dans le civil Wilhelm Albert Wlodzimierz Aleksander Apolinary Kostrowicki.
  3. Le nom pas forcément compliqué, mais qui se traîne un bout en trop
    Marguerite Yourcenar est née Marguerite Cleenewerck de Crayencour ; Emmanuel Carrère vire l'encombrant « D'Encausse » ; Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux se contente de Marivaux. Ah, ces aristos qui n'assument pas...
    [NB : Marche aussi pour Apollinaire, évidemment.]
  4. L'envie de créer le doute
    Par exemple, Stendhal, pseudonyme d'Henri Beyle, a signé tout en vrac sous les noms de Henry Brulard, Anastase de Serpière, Bombet, William Crocodile, Don Flegme, Poverino...Mais la supercherie la plus célèbre est sans doute celle de Romain Gary, né Roman Kacew (et par ailleurs féru de pseudonymes) qui a obtenu deux fois le prix Goncourt en signant La Vie devant soi sous le nom d'Emile Ajar. La mystification n'est découverte qu'après sa mort. Ah quel rigolo, ce Romain, euh Emile, euh Roman, enfin bref.
  5. Le nom trop-prolo-pour-moi :
    Hop, ni vu, ni connu, certains écrivains frustrés de leur obscure extraction se bricolent l'air de rien une origine nobiliaire : Honoré Balzac se rajoute une petite particule et Gérard Labrunie se fait appeler discretos Gérard de Nerval. C'est vrai que c'est plus classe.

  6. Le talent pour former des anagrammes:
    L'anagramme, plus ou moins rigoureux, est si répandu en matière de pseudonyme que c'en est devenu un cliché, avec les classiques Voltaire et autre Molière. Il y en a quand même de plus insolites que d'autres : Boris Vian est aussi (entre autres) Vernon Sullivan, Baron Visi ou Bison Duravi ; François Rabelais s'auto-surnomme Alcofribas Nasier. Son répondeur aurait été cool.
  7. Le sexisme ambiant
    Pour des raisons de prudence ou de convenance, des femmes de lettres ont mystifié leur monde avec des noms d'homme : Marie d'Agoult signe Daniel Stern ; Marie Anne Evans, George Elliot, et Aurore Dupin, George Sand. A l'inverse, Prosper Mérimée se fait passer pour une certaine Clara Gazul.
  8. La proximité avec le lecteur
    Les chanteurs l'ont compris : le prénom, ça a un petit côté sympa, convivial, familier. C'est vrai qu' « Alain » et « Colette », c'est plus casual qu'Emile-Auguste Chartier et Sidonie-Gabrielle Colette.
  9. Pour brouiller les pistes sur son prénom
    Que ce soit clair une bonne fois, « Alain » n'est pas le prénom d'Alain-Fournier qui se nomme en réalité Henri-Alban Fournier. Houellebecq quant à lui, a bien fait de prendre un pseudo, évitant ainsi les confusions noms-prénoms : il s'appelle en réalité Michel Thomas (mais c'était trop simple à épeler à son goût).
  10. Pour brouiller les pistes sur son origine géographique
    Les noms sont parfois trompeurs. Non, André Breton n'est pas breton mais normand ; Patrick Poivre d'Arvor ne vient pas du pays d'Arvor mais de Marne ; Vercors (de son vrai nom Jean Bruller) est né à Paris. Comme quoi. En revanche, Virginie Despentes a choisi son pseudo en hommage aux pentes de la Croix-Rousse à Lyon.

Du coup, vous avez besoin d'un pseudo vous aussi ?