Vous connaissez la meilleure vanne des écolos ? C’est un gars en 2050 qui commande une pizza, il dit « une 4 saisons » et le pizzaïolo lui dit « connais pas ». Des barres de lol.

Eh oui parce que le dérèglement climatique n’est plus l’affaire de quelques écolos en marge (pas dénués de sens de l’humour de toute évidence). Si le sujet n’a rien de récent, il devient populaire et c’est sans surprise qu’on peut parler de fonte du permafrost ou d’effondrement de la société autour de la machine à café. Super nouvelle. Mais pour bien comprendre de quoi il en retourne, voici quelques explications, tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le dérèglement climatique (sans jamais oser le demander).

1. Est-ce qu'il y a eu d'autre moment de dérèglement climatique dans l'histoire de la terre ?

Oh que oui ! C’est d’ailleurs pour cette raison qu’on entend bien souvent dire que tout ça n’est pas grave, que des changements climatiques se sont déjà produits alors BALEK. Cette fois-ci, il y a pourtant quelques petites différences :

– Le changement climatique est à imputer directement aux activités humaines (on parle de cause « anthropiques »).

– Le changement climatique se produit sur un laps de temps beaucoup plus court. Depuis la fin du XIXe, la température planétaire a augmenté de 0.8°C (2 à 4 degrés au niveau des pôles). C’est pour cette raison que les Accords de Paris en 2015 se sont fixés pour objectif de rester en dessous des 2 degrés de réchauffement global d’ici la fin du siècle. Spoiler : on n’est pas sur la bonne voie.

2. C'est quoi l'anthropocène ?

C’est un terme géologique décrivant l’ère de l’humain. Avant, il y avait l’holocène qui englobe les 10 000 dernières années). Depuis les années 2000 le terme « anthropocène » a été introduit pour désigner la période actuelle depuis de la révolution industrielle qui se caractérise par les conséquences des activités humaines sur l’écosystème terrien.

ET POURTANT, ce concept n’est pas admis par toute la communauté scientifique. Et pour cause, l’anthropocène dénonce (à juste titre) la responsabilité humaine dans le dérèglement climatique mais il condamne par la même occasion tous les humains. Or, l’impact de l’activité humaine est à imputer à un petit nombre de pays (dont on fait partie, BINGO) tandis que la majorité en subit simplement les conséquences.

A lire de toute urgence : l’Atlas de l’anthropocène. Certainement le meilleur livre qui vient de sortir sur le sujet.

Prix : à partir de 25 chez Amazon.fr

3. C'est quoi l'effet de serre ?

Déjà, il faut savoir que l’effet de serre est un truc naturel. Sans effet de serre il ferait en moyenne – 18°C sur la planète et non 18°C ce qui nous permet d’y vivre à peu près correctement. Et donc, les gaz à effet de serre sont eux-mêmes présents naturellement dans l’atmosphère.

Ces gaz contenus dans l’atmosphère sont super pratiques parce qu’ils retiennent l’énergie solaire. Les rayons du soleil sont ainsi réfléchis par la terre sous la forme de rayons infrarouges. Ces rayons infrarouges sont retenus par les gaz à effets de serre (seulement 5 % s’échappent). Et ça nous permet de nous trimbaler en tong et en débardeur. Le problème c’est que plus on émet de gaz à effet de serre plus on déséquilibre ce réchauffement naturel.

Pour plus de compréhension, voici un schéma mal exécuté sur Paint :

4. C'est quoi une boucle de rétroaction ?

Ça ressemble au nom d’une attraction Disney, mais c’est moins fun. Dans le dérèglement climatique, les boucles de rétroaction viennent foutre un sacré bordel. Pour la faire courte, le dérèglement climatique entraîne le dérèglement climatique. Voilà, en gros. Et ça s’applique pour tout : plus les banquises fondent, plus elles fondent ; plus l’océan se réchauffe, plus il se réchauffe ; plus la température monte, plus elle monte. Bref, vous pigez le doss’.

Si on prend le cas des banquises, par exemple leur fonte réduit la surface blanche de l’Arctique. Or, cette surface blanche a une fonction réfléchissante. Ça veut pas dire qu’elle pense beaucoup mais plutôt qu’elle renvoie les rayons lumineux. A l’inverse, l’océan et la terre sont des surfaces sombres et absorbent les rayons lumineux, ils gardent donc davantage la chaleur. Vous la voyez la bonne grosse boucle qui se met en place là ?

Pour plus de compréhension, voici un nouveau schéma sur Paint :

5. A quand remontent les premiers rapports du GIEC ?

Retenez bien ce nom : Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’évolution du Climat, le GIEC. Prononcez « leu jièque ». Et calez ce p’tit blase au détour de toutes vos conversation, ça donne du poids.

Le GIEC ne date pas d’hier. Fondé en 1988 à la demande du G7 il réunit à peu près 2500 scientifiques issus de 195 pays. Ils publient des rapports de 2000 pages (flemme de lire) avec des projections super déprimantes sur l’avenir de nos miches. Si des organismes similaires ont précédé le GIEC, ça reste l’organisation la plus importante concernant l’étude des changements climatiques.

6. Pourquoi on en parle de plus en plus ?

FAUX : on en parle depuis LONGTEMPS. On va pas vous retracer ici l’histoire de l’écologisme mais retenez en gros une simple date, 1972. Cette année-là sort le « Rapport Meadows ». Et devinez qui l’a écrit ? Dennis Maedows, sa p’tite go Donella et leurs deux potes Jørgen Randers et William W. Behrens III. L’ouvrage s’appelle Les limites de la croissance (dans un monde fini) et montre comment les ressources de la planète ne peuvent pas suivre la croissance économique qu’on leur impose. Pour cela, les auteurs établissent plusieurs scénarios futurs si la croissance est maintenue telle quelle. Et SURPRISE, depuis 50 ans, rien n’a changé et COMME PAR HASARD le réchauffement global de la planète s’est accentué.

Donc si aujourd’hui on en parle de plus en plus, c’est parce que les rapports du GIEC sont relayés dans les médias, que les marches pour le climat font parler, et surtout qu’on se tape de plus en plus de canicules l’été, que l’Amazonie a pris feu. Bref, le dérèglement climatique commence à être palpable. Petit problème : on est grave à la bourre. On commence à peine à se dire qu’il faudrait manger bio et de saison et trier ses déchets alors qu’il faudrait changer radicalement de mode de vie et très rapidement. Là c’est plus chiant.

7. Est-ce que la Convention pour le Climat va servir à quelque chose ?

Vous savez peut-être pas ce que c’est que la convention citoyenne pour le climat. Pour la faire courte, cette convention réunit 150 personnes (échantillon représentatif des Français) sélectionnés sur le même principe que les jurés. Leur mission (s’ils l’acceptent) : « définir les mesures structurantes pour parvenir, dans un esprit de justice sociale, à réduire les émissions de gaz à effet de serre d’au moins 40 % d’ici à 2030 par rapport à 1990 ». Pour cela, ils se réunissent sur 5 week-ends de trois jours et rencontrent à cette occasion un ensemble d’experts qui leur donneront toutes les informations sur le sujet de manière à les armer pour prendre des décision que le gouvernement ne veut pas prendre lui même pour pas se faire taper.

Difficile de dire si ça portera ses fruits mais l’initiative est plus qu’encourageante.

8. Pourquoi on fait rien ?

OULA. La liste des arguments est longue comme le bras (mais un bras genre vachement long). En résumé, on a plusieurs biais qui nous empêchent de percevoir le danger que représente le dérèglement climatique. On a beau avoir inventé des smartphones, on est un peu cons et tant qu’on n’a pas de la lave à la place du sol (#floorislava) on ne fait rien. Deuxième problème, on vit en communauté. Et si on peut faire quelques gestes écoresponsables à notre petite échelle, notre principal frein de passage à l’action c’est de nous dire « mais pourquoi moi je le fais si les autres le font pas ». Bon et puis en dehors de ces mécanismes psycho-sociaux, il y a aussi les grosses entreprises polluantes qui en ont rien à branler de polluer parce qu’il y a encore un peu de pognon à se faire avec les énergies fossiles.

9. D’où vient ce mot "réchauffement" qu'on utilise à la place de "dérèglement" et qui fait que Pascal Praud et Trump se foutent de notre gueule quand il fait froid ?

« Réchauffement », « dérèglement climatique », « changement climatique »… parfois on s’y perd un peu. Mais tout ça veut dire la même chose. Les scientifiques préfèrent utiliser le mot « changement » plutôt que « réchauffement » parce que la montée des températures n’est pas linéaire. Sans compter que les conséquences du dérèglement climatique ne sont pas uniquement liées à une hausse des températures. Mais tu peux parler de réchauffement, on te jugera pas.

Que faire face à une personne de type décérébré qui te rétorque « Moi j’vois pas pk on parl de réchauffeman alor quil fai tro froi ? » : Ecoute Pascal (appelons-le Pascal), déjà tu vas apprendre à parler meilleur. Ensuite si toi tu te pèles le jonc, c’est moche mais pour tout t’avouer à l’échelle planétaire, on s’en bat les reins. Il ne faut pas confondre météo (qui calcule les températures à court terme dans un périmètre restreint) et le climat (qui calcule les évolutions de la température sur une longue période et à un niveau global). TAKOMPRIPATRICK ?

10. Est-ce qu'il est déjà trop tard ?

Réponse déprimante (mais siouplé lisez la quand même, je m’ai donné la peine) : il est déjà ultra super méga beaucoup trop tard. Si on arrêtait là tout de suite toutes nos activités émettrices de gaz à effet de serre, la température continuerait de monter (certes moins vite) pour encore quelques siècles. On est en pleine 6e extinction de masse, d’ici 2050 il y aura plus de plastique que de poissons dans l’océan. Et malgré tout ça, les choses ne bougent pas assez vite. Or au delà de certains seuils (on parle de seuil de rupture), un phénomène d’emballement peut accélérer à vitesse grand V le dérèglement climatique et là on ne répond plus de rien. Bref, sans virer collapso-yolo, ça sent le sapin. Mais le sapin cramé.

Réponse optimiste (parce qu’il en faut un peu sinon on a qu’à tous de suicider) : certes il est trop tard pour toutes les raisons énoncées ci-dessus. Mais il est encore temps de limiter notre impact par simple politesse pour les générations d’après (ces morveux plein de boutons). Et à ce sujet, il faut bien comprendre que les enfants qui naissent aujourd’hui seront exposés à une planète plus hostile que ce qu’on a connu. Or, en limitant dès maintenant notre impact, on fait en sorte que leur planète soit le moins pourrie possible, même si elle le sera quand même un peu.

11. Est-ce qu'il reste vraiment plus beaucoup de pétrole ?

MAUVAISE NOUVELLE, il reste encore pleiiiin de pétrole : Bon quand je dis « plein » j’exagère un peu. En 2006, le pic de production du pétrole a été franchi. Cela veut dire que la quantité de pétrole disponible décroît. Mais le problème n’est pas là. Le pétrole est une des énergies fossiles dont la production est la plus émetrice de gaz à effet de serre. Et si on utilise le pétrole jusqu’à la dernière goutte, on signe clairement l’arrêt de mort de notre espèce. Mais bon quand il y a de l’argent à se faire, ce genre de considérations mignonettes ne rentre évidemment pas en ligne de compte.

12. Quels pays vont morfler le plus ?

Les estimations peuvent varier que l’on parle des prochaines années ou des prochaines décennies. Globalement toutes les zones côtières vont être exposées à la montée des eaux, des pays comme le Bangladesh ou les Pays-Bas sont carrément amenés à disparaître. Et comme on n’est pas à une injustice près, on peut constater que les pays qui sont le moins émetteurs de gaz à effets de serre sont ceux qui vont douiller le plus des conséquences, notamment en Afrique centrale.

13. Pourquoi on fout pas des éoliennes partout en fait ?

C’est le débat qui remue la communauté des écolos (et les autres) : sortir ou non du nucléaire ? On va pas régler ici cette question complexe mais notez plusieurs choses.

– Le nucléaire est une énergie décarbonée, donc techniquement, le nucléaire n’a presque pas d’impact sur le climat.

– A l’heure actuelle, le parc éolien ne permet absolument pas de subvenir à nos besoins d’énergie donc, en France du moins ne peut pas se passer de nucléaire dans l’immédiat.

– Les éoliennes sont très chouettes mais comme jusque là on ne parvient pas à stocker l’électricité, elles nous rendent dépendant du vent. Si y’a pas de vent, y’a pas d’électricité. Si y’a pas d’électricité, c’est très vite casse-couille.

Vous êtes désormais à 9/10 sur l’échelle de Nicolas Hulot.

Source : Le Monde, Futura Sciences, Reporterre, Ademe, Usbek & Rica

Et sinon, il se trouve que j’ai écrit moi-même de mes propres mains un livre sur le dérèglement climatique, et même qu’il est un peu marrant donc le plus simple c’est que vous l’achetiez afin que je m’enrichisse sur le dos des écolos.

Prix : à partir de 15.07 chez Les libraires