Salut mes p’tits collapsoss’ ! Si comme moi vous avez ouvert un onglet sur le web depuis moins de 6 mois, vous devez probablement être en train de vous rouler en boule sur votre tapis en exécutant un mouvement de balancier le regard dans le vide avec cette petite voix dans la tête qui vous chuchote « on va tous mouriiiiiiir ». Si vous avez déjà été dans cette situation, c’est que vous êtes atteint d’un mal moderne : l’éco-anxiété. Et ça risque pas de s’arranger avec la théorie de l’effondrement (« collapsologie » pour les intimes) qui prône l’idée selon laquelle la société telle que nous la connaissons à l’heure actuelle va être profondément chamboulée dans un avenir proche. Plutôt stressant. Mais comme on adore les histoires de fin du monde, on vous fait un petit topo sur ce courant de pensée plus flippant qu’un scénario de Roland Emmerich.

1. Qu'est-ce qui va s'effondrer ?

Commençons par le commencement : l’effondrement. De qui ? De quoi ? Pourquoi ? Quand ? Comment ? Qui suis-je ? Dans quelle étagère ? Réglons déjà un gros malentendu : l’effondrement n’est pas une apocalypse, ni la fin du monde. C’est un changement profond, global et structurel de la société qui est devenu inéluctable (selon la pensée collapso). Cet effondrement suppose plusieurs choses à commencer par le fait que les besoins de bases ne pourront bientôt plus être fournis à un coût raisonnable pour la majorité de la population. C’est pas moi qui le dis c’est Yves Cochet, ex-ministre de l’environnement très porté sur la question « effondriste » (pas hâte que ce terme rentre dans le dico).

Ce scénario n’est pas des plus réjouissants mais il n’est pas une fin en soi. On parle plus d’un processus durant lequel l’humanité va tenter de survivre. Cela dit, les penseurs de la théorie de l’effondrement ne sont pas futurologues et les scénarios possibles d’une société plongée en plein chaos restent hypothétiques. C’est pourquoi on parle plus d’un ensemble de récits ayant pour objectif d’éveiller les consciences et de nous aider à nous projeter vers un avenir différent post-carbone.

2. Du coup, c'est pour quand exactement (que je prenne mes congés ce jour-là) ?

On n’a pas de date précise, mais je crois que ça tombe un mardi. Non évidemment c’est pas si simple et la collapsologie est souvent critiquée pour émettre des dates dans un avenir très proche (entre 2020 et 2030). Le truc con c’est qu’à force de faire ça tout le monde leur tombe dessus parce qu’il y a fort à parier que d’ici janvier prochain notre monde n’aura pas totalement changé de visage. Toutefois un ensemble d’études et de faits (y compris les rapports du GIEC) tendent à prouver que l’utilisation massive des énergies fossiles qui caractérise notre civilisation thermo-industrielle devrait nous mener à un effondrement global dans les années 2030. Si vous voulez, je crée un event sur Facebook pour pas qu’on oublie.

3. Est-ce que c'est un courant de pensée récent ?

NOPE. De la même façon que l’écologisme n’est pas une mode du moment incarnée par les visages de Greta Thunberg et Nicolas Hulot (heureusement que Greta Thunberg ne s’appelle pas Greta Hulot parce que ça sonnerait vachement moins bien).

En ce qui concerne l’annonce de la fin du monde, c’est une rengaine vieille comme le monde qui s’est toutefois intensifiée depuis la seconde moitié du XXe siècle (deux p’tites guerres mondiales sont passées par là, avec des p’tites bombes nucléaires et des p’tits événements comme Tchernobyl, bref trois fois rien). Sur le plan écologique, le tournant décisif se passe en 1972 quand tombe le rapport Meadows sur les limites de la croissance. A ce moment là, on nous apprend concrètement que les ressources de la planète sont limitées et que la croissance économique va nous conduire à notre perte. Mais bon, Dennis Meadows était mal rasé ce jour-là donc les gouvernements ont préféré plutôt se torcher avec son rapport. En même temps ils pouvaient pas savoir que 50 ans plus tard ils se feraient défoncer par une gamine de 15 ans avec des tresses.

Source photo : Giphy

4. Est-ce que c'est un truc de facho de droite ou d'écolo de gauche ?

Sur le plan politique, le panel collapso a pas mal de nuances. Traditionnellement, la pensée collapso en France est plutôt de gauche voire d’extrême gauche tandis qu’aux Etats-Unis elle va plutôt se ranger dans l’extrême droite ce qui se traduit par des Américains survivalistes sous-mentaux qui stockent des bouteilles Evian dans leur bunker dans lequel ils ont investi toutes leurs économies. En France, les porteurs de la théorie de l’effondrement ont plutôt tendance à valoriser la solidarité et le partage. Même si on a bien sûr quelques schlags qui pensent plus à s’armer jusqu’aux dents dans l’espoir de pouvoir buter tout le monde le jour à la première panne d’électricité venue, signe évident de fin du monde.

5. Qu'est-ce qu'on prévoit pour l'after ?

Eh oui parce que c’est bien beau tout ça mais faut bien qu’on se projette un peu aussi. A quoi peut ressembler un monde post-effondrement ? Là encore toutes les hypothèses sont de mises. En théorie, puisque notre seule chance de ne pas griller comme du bacon avant la fin du siècle c’est de ne plus émettre du tout de carbone, cela implique une société 100 % résiliente. C’est à dire une société évidemment décroissante, libérée du carbone et des énergies fossiles. Bon du coup ça veut dire plus de plastique, plus d’usine à charbon, plus de nucléaire… Bref ça fait beaucoup de changements à appréhender et ça demande un effort intellectuel sans précédent dans notre système actuel. Certains plébiscitent notamment les ZAD comme Notre-Dame des Landes qui ont été de véritables moteurs de réflexion pour une société alternative (et je vous recommande la BD d’Alessandro Pignocchi à ce sujet qui est super drôle et donnerait envie à n’importe quel CRS d’aller élever des poules chez les zadistes).

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6. Est-ce qu'on va tous MOURIIIIIIR (tension dramatique) ?

Alors dans l’absolu, oui parce qu’à la fin on meurt, c’est comme ça, je vous apprends rien. Dans la pensée collapsologue, il y a la crainte (la certitude, même) d’une mortalité massive à venir, due à la restriction/suppression des besoins primaires corrélative au dérèglement climatique. Pour faire court, la planète se réchauffe, certaines zones géographiques ne vont plus être habitables et les réfugiés climatiques vont être très très très nombreux. Alors évidemment nous on n’est pas les plus mal lotis avec notre climat encore relativement tempéré donc on ne sera pas les premiers impactés par le dérèglement climatique. Mais comme toujours ce sont les pays les plus pauvres qui vont en chier des ronds de chapeau, alors que ce sont ceux qui polluent le moins, génial non ? Cela dit, nous ne sommes pas du tout à l’abri des menaces climatiques et le caractère « interconnecté » de notre société peut accélérer d’autant plus une situation de rupture…. et donc d’effondrement. Génial, non ?

7. Est-ce que c'est un gros délire ou est-ce que c'est sérieux ?

Attention, on n’est pas là pour vous dire ce qu’il faut croire ou non. La collapsologie n’est pas une science, c’est une mise en récit, un courant de pensée et comme tous les courants de pensée il peut être remis en question. Ceci étant dit, on a à l’heure actuelle une accumulation d’alertes qui pourraient confirmer franchement les pires scénarios envisagés. La température de la planète a augmenté de 1 °C depuis un siècle (et aux dernières nouvelles, elle devrait encore augmenter de 5 à 7 degrés d’ici 2100), il y a plus de CO2 dans l’atmosphère qu’il n’y en a jamais eu en 800 000 ans, la sixième extinction de masse est entamée. Bref, d’aucuns diraient qu’il est plus utopiste qu’autre chose de ne pas adhérer aux thèses de l’effondrement vu le bilan actuel des choses.

8. Est-ce que les collapso sont tous dépressifs ?

Alors oui c’est sûr, on peut se demander comment ne pas se morfondre dans le désespoir après une prise de conscience aussi existentielle. Comment avoir envie de faire des enfants ou de se battre pour n’importe quelle cause sachant que quoiqu’il arrive on est mal barré ? C’est pas une mince affaire. Dans leur ouvrage Comment tout peut s’effondrer, Pablo Servigne et Raphael Stevens tentent toutefois de motiver les troupes justement pour éviter l’inertie que peut entraîner l’éco-anxiété. Pour cela il faut avoir une part de déni qui nous empêche d’y penser 24h/24 et surtout contribuer à une réflexion collective qui permettra d’imaginer le monde de demain. Bref, le meilleur moyen de ne pas déprimer tout seul dans son coin, c’est certainement de s’engager. Pour l’environnement de préférence, pas dans l’armée, quoi.

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9. Comment se fait-il que tous les collapso de France soient des bombes sexuelles ?

Sorry mais c’est quoi le secret d’Aurélien Barrau pour avoir une chevelure aussi brillante ? Et la barbe de Pablo Servigne, on en parle ou quoi ? Même Jean-Marc Jancovici quand il donne un cours au Mines, on est grave saucés. Si vous ne voulez pas changer vos habitude pour sauver la planète, faites-le au moins pour eux, ils sont TROP CHOUUUUU.

En attendant que tout se pète la gueule, on peut toujours se murger avec du vin biodynamique.

Sources : la web-série Next, le podcast Présages, la revue Yggdrasil, le livre Comment tout peut s’effondrer de Pablo Servigne et Raphael Stevens (ed. Seuil), Fabuler la fin du monde. La puissance critique des fictions d’apocalypse de Jean-Paul Engélibert (ed. La Découverte).

Et sinon, il se trouve que j’ai écrit moi-même de mes propres mains un livre sur le dérèglement climatique, et même qu’il est un peu marrant donc le plus simple c’est que vous l’achetiez afin que je m’enrichisse sur le dos des écolos.

Prix : à partir de 15.9 chez Decitre