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Source photo : BFMFAN

Avant l'apparition des chaines d'info en continu, quand notre vision du journalisme s'arrêtait à la lecture des quotidiens (payants) et de la grand-messe de l'info le soir à 20h, les choses étaient claires : on hiérarchisait les porteurs de cartes de presse en quelques catégories bien distinctes, du responsable de la rubrique des chiens écrasés au grand reporter parcourant le monde pour nous tenir au jus de ce qui se passait sur la planète en passant par le journaliste sportif et le présentateur bien peigné, tête de gondole de tout le système médiatique. Mais tout ça a bien changé, et une flopée de nouveaux jobs est apparue sur ces chaines condamnées à remplir 24h de vide avec de l'info, de l'analyse, du commentaire et du bandeau "exclusif". Par exemple :

  1. Le co-présentateur (ou la co-présentatrice)
    Comme le co-pilote, mais dans un journal. Parce qu'on n'est pas trop de deux pour lire un prompteur, et la parité, c'est important. Et ça permet quelques mise en scène amusante : "- Sylvie, est-ce que vous aimez le Bouzkachi ? ..." "- Le ?" "- Le Bouzkachi, un sport à découvrir dans ce reportage de Jean-Louis Chautard et Gérard Grandjean..."
  2. L'éditorialiste qui fait office de consultant
    Quand on est un journaliste vieillissant recruté chez une chaîne généraliste, on ne fait plus de reportage ou de papier, non, on s'invite sur le plateau, et on donne un avis éclairé sur les infos relayés par les porteurs d'eau : "Ce qu'il faut comprendre dans cette intervention, c'est sa volonté de se positionner pour 2017..."
  3. La fille au péage de Saint Arnoult
    C'est un CDD, pour les week-ends chargés, les "grand chassé-croisés" et d'une manière générale les moments où Bison Futé voit rouge. Le boulot consiste à dire qu'il y a des voitures avec un plan montrant qu'effectivement, derrière, il y a des voitures.
  4. Le mec devant l'Elysée
    "- On retrouve Jean-Claude Briochard devant le Palais de l'Elysée, Jean-Claude... rien de neuf pour l'instant ?"
    "- Et bien pas du tout, à l'exception d'un groupe de Japonais qui me confiaient, en exclusivité pour notre chaîne, que le fond de l'air était frais..."
    "- Très bien Jean-Claude, on refait un point avec vous dans un quart d'heure..."
  5. Le stagiaire qui écrit n'importe quoi sur les synthés
    Avec un peu de bol, on passera au zapping. Ou sur le tumblr Le Stagiaire d'iTélé.

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    Source photo : Le Stagiaire d'iTélé
  6. L'équipe des sports, de mieux en mieux organisé
    Nancy qui bat Troyes 2-1, c'est une info que le présentateur pourrait donner une 4 secondes. mais non, il appelle un journaliste spécialisé, qui lui même interroge un journaliste encore plus compétent :
    "- On passe aux sports... il y avait de la Ligue 2 hier soir, Mélissa ?"
    "- Absolument, et Nancy recevait des Troyens déjà sous pression, n'est-ce pas Michel ?"
    "- Effectivement, et un match indécis qui s'est soldé par une victoire 2-1 des Nancéiens. On n'a pas les images ?"
    "- Non"
    "- Merci Mélissa, merci Michel... et merci à Rémi qui a posé tous les ballons pendant le jingle..."

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    Source photo : vuesalateleleblog
  7. Le spécialiste d'Internet
    Il faut qu'il soit jeune, sinon on n'y croit pas. Le spécialiste Internet "déniche des pépites sur le net", lit des tweets qui s'affichent à l'écran ou demande à la présentatrice du journal "Maryse, est-ce que vous connaissez le Ice-Bucket Challenge ?", ce à quoi elle doit répondre "non", sinon c'est la merde.
  8. L'envoyé spécial à l'autre bout du monde
    Il doit répondre avec quelques secondes de décalage, pour bien montrer qu'il est là bas. Et ensuite, il nous montre les unes des journaux locaux qui sont disponibles depuis la veille sur Internet. Du beau boulot.
  9. Les éditorialistes en mode "débat"
    Longtemps, on a cru que les journalistes avaient un devoir de réserve, qu'ils devaient afficher une certaine neutralité, mais il est désormais admis qu'il y a des journaliste "de gauche" et d'autres "de droite" et qu'une bonne joute verbale était une manière d'informer. Pourquoi inviter des responsables politiques quand des détenteurs de cartes de presse leur assurent leur com' ?
  10. Le type en charge des bandeaux pour rappeler ce qui vient d'être dit (c'est important)
    Quand une chaîne info a un invité politique le matin, à l'issue de l'interview, chacune de ses phrases défile dans l'heure qui suit comme si c'était une déclaration fracassante : "Bernard Cazeneuve : "J'ai cru que je ne trouverai jamais de taxi ce matin!" (exclusivité BFMTV)", "Jean-François Copé : "Pas mal votre nouveau studio, mais ça sent encore un peu la peinture" (iTélé)". Et avec des fautes, c'est encore mieux :

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    Source photo : Le Stagiaire d'iTélé
  11. L'analyste en comportement
    Autrefois, c'était le monopole de Georges Chetochine. Depuis le décès de ce dernier, la profession s'est ouverte et à peu près n'importe qui peut gloser sur la manière dont tel ministre mis en examen bouge ses mains ("ça trahit un manque d'assurance!") ou sur le regard d'un candidat pendant un meeting à l'issue d'un discours (""il regarde au loin, comme pour signifier qu'il a un projet de long terme, et il plisse les yeux, pour dire que ça va être difficile...")

Et vous, vous faites quel boulot sur les chaînes info?