Au commencement de ce top il y a un livre : Sorcière, la puissance invaincue des femmes sorti aux éditions Zones en 2018 et signé Mona Chollet. Un ouvrage salutaire à glisser dans toutes les bibliothèques ! Contrairement à ce que son titre laisse entendre, ce n’est pas pas une enquête historique sur la chasse aux sorcières, mais Mona Collet prend toutefois ce point de départ pour dresser un portrait de la femme telle qu’elle est perçue dans la société à travers cette figure. Eh oui, parce qu’on n’admet que depuis peu de temps que cette chasse aux sorcières a été ni plus ni moins un génocide contre les femmes en général et en particulier celles qui n’étaient pas subordonnées à un homme. Un procès contre la liberté en somme, ou du moins contre celles et qui ont osé (et qui osent toujours) vivre différemment.

1. La chasse aux sorcières est un truc du Moyen Age

Pauvre Moyen Âge… toujours accusé de tous les maux alors qu’on vénère la Renaissance comme une époque éclairée et rationnelle qui a vu naître le siècle des Lumières…

Oui mais en fait non. Au Moyen Âge on s’en battait les steaks des sorcières. On se disait juste qu’elles étaient un peu tapées mais on n’allait pas les persécuter. En revanche, les procès de sorcellerie sont nés plus ou moins au début de l’imprimerie (ce qui a permis de propager plus facilement la crainte des sorcières par l’écrit) et avec l’établissement de la justice civile. Ils se sont ainsi développés tout au long des XVIe et XVIIe siècle. Laissons donc le Moyen Âge et ses sorcières tranquilles.

Source photo : Giphy

2. La chasse aux sorcières n'était qu'une affaire de femmes

Si la chasse aux sorcières a concerné principalement les femmes cela va sans dire, quelques hommes ont aussi goûté aux joies du grille-pain. 20 % des accusés étaient ainsi de sexe masculin, mais étaient moins souvent condamnés à mort. Par ailleurs, le best-seller de l’époque Malleus maleficarum (Le marteau des sorcières, sorte de Mein Kampf de l’époque mais contre les femmes) précise bien que les hommes accusés n’avaient pas « la malice » des femmes qui de toute façon étaient faibles de corps et d’esprit et pouvaient de ce fait, coucher aisément avec le Diable.

3. Les sorcières avaient des griffes et un long nez crochu, bref elles étaient ultra cheum

Dans son essai, Mona Chollet montre en effet que la représentation des sorcières n’est pas sans rappeler les représentations antisémites des juifs. Et globalement la diabolisation des femmes partage pas mal de choses avec l’antisémitisme. C’est ainsi qu’elles étaient représentées avec un nez crochu et accusées de la même façon que les juifs de détruire la chrétienté. D’ailleurs dans le folklore européen, le sabbat désigne les supposées réunions nocturnes des sorcières, cérémonie païenne ou ça partouzait sévère avec le Diable.

4. Les sorcières volaient sur un balai (parce qu'elle n'avaient pas payé leur abonnement imagin'R)

Si la figure de la sorcière a eu le vent en poupe dans les années 90 avec des séries comme Charmed, Buffy, Ma sorcière bien-aimée ou des films comme Hocus Pocus (1993), Les ensorceleuses (1998) ou encore Les sorcières d’Eastwick (1987) sans parler de la consécration ultime avec la saga Harry Potter, ces fictions ont aussi construit un imaginaire fantasmé autour de la sorcière telle qu’elle a « existé » (ou plutôt « été accusée d’exister ») dans l’histoire.

Cela dit, l’image du balai fait partie du folklore européen depuis le XVe siècle. Et pour cause, les sorcières sont considérées comme des femmes libres et donc forcément des femmes dangereuses. La preuve avec cette appendice qui n’est pas sans rappeler la forme phallique d’une teub de mâle dominant ou comme l’explique Mona Chollet « le balai qu’elles chevauchent, en plus d’être un symbole ménager détourné, témoigne de leur liberté sexuelle ».

5. Les sorcières étaient des vieilles folles totalement paumées

EH NON. Quand elles n’étaient pas accusées « gratuitement » de sorcellerie (par exemple parce qu’elles allait trop ou pas assez à l’église, parce qu’elles étaient veuves, parce qu’elles avaient couché avec un autre, parce que ceci parce que cela), c’était parce qu’elles pratiquaient un art de la médecine, comme des guérisseuses elles remplissaient la fonction de sage-femme mais aussi d’avorteuse (et ça, ça pardonnait moyen à l’époque. Epoque qui a duré quand même vaaaaachement grave longtemps quand on y pense). Les sorcières représentaient donc un savoir, une science à laquelle on a préféré tourner le dos.

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6. Les sorcières étaient des mangeuses d'enfants

Mais oui mais oui… C’est pour cette raison que certaines femmes étaient accusées de sorcellerie : elles n’avaient pas conçu d’enfants au sein de leur foyer. Ce qui est drôle c’est que beaucoup de guérisseuses étaient condamnées alors qu’elles servaient de sage-femmes. Ce qui est encore plus drôle c’est d’avoir accusé les sorcières de vouloir la mort des enfants et d’avoir tout de même brûlé des enfants quand on les supposait possédés par le diable (principalement parce que leur vilaine maman était elle-même accusée de sorcellerie). Mais bon ça vous me direz c’est comme les gens qui se battent contre l’avortement et qui sont également pour la peine de mort. Les paradoxes de la stupidité humaine ne datent pas d’hier.

7. Les sorcières sont à l’origine des épidémies de peste

Alors évidemment non. Mais il est intéressant de comprendre que ce sont plutôt les procès contre les sorcières qui ont agi comme des facteurs aggravant des épidémies de peste. Je vous explique. Les femmes accusées de sorcelleries étaient la plupart du temps envoyées au bûcher et de préférence avec leurs chats. Ces petites boules de poil n’étaient pas encore à la mode (faut dire que les vidéos de chats mignons sur les réseaux sociaux ne couraient pas les rues) et on les considéraient avant tout comme des serviteurs du diable. Alors quitte à buter la sorcière, autant buter son assistant à moustaches. Le souci c’est que les chats avaient une grande utilité : chasser les rats. Sans chats, les rats ont pu proliférer et répandre tranquillou pépouze la peste. Le truc con quand on y pense.

8. Ce sont principalement les catholiques qui avaient une dent contre les sorcières

Oui et non. Déjà de base, l’Inquisition s’occupait surtout des hérétiques. N’oublions pas que la très grande majorité des condamnations ont été prononcées par des cours civiles. En fait, les sorcières étaient les victimes de tout le monde : civils, catholiques et protestants. C’était le meilleur bouc émissaire dans une société qui commençait à se rebeller un poil trop à force de n’avoir rien à becter.

9. La chasse aux sorcières ? Pouah c'est juste que les gens avaient peur de la magie, rien d'autre, rien à voir DU TOUT avec le sexe féminin, je vois pas le rapport, vraiment, mais alors PAS DU TOUT

On a mis un peu de temps à faire le lien entre chasse aux sorcières et féminicide (un mot que le correcteur orthographique souligne en rouge pour me proposer de le remplacer par « féminine » HAHAHA). Mais on peut désormais être d’accord sur un point : la chasse aux sorcière est un génocide qui a entraîné entre 1430 et 1630 110 000 procès en Europe et dont au moins la moitié de sont soldés par une condamnation à mort (pendant que les autres croupissaient gentiment en prison, les petites veinardes) et ceci sans compter les procès non officiels qui n’ont pas du être jolis jolis.

10. On est débarrassé des sorcières, enfin !

C’est la principale thèse de l’ouvrage de Mona Chollet. Aujourd’hui encore et plus que jamais, les sorcières sont parmi nous ! Ce sont toutes les femmes qui d’une façon ou d’une autre ne vivent pas sous l’influence d’un homme et s’extorquent d’une société patriarcale qui les incitent à se marier, faire des enfants et teindre leurs cheveux dès que le premier reflet blanc pointe le bout de son nez. La figure de la sorcière est plus importante que jamais puisqu’elle incarne la femme libre et épanouie, forcément effrayante. A votre avis pourquoi on stigmatise autant la « célibataire à chat » (alors qu’un mec seul avec un chat ne semble pas susciter autant de pitié) ? Pourquoi on s’offusque de voir les hommes de teindre les cheveux passé 50 ans alors qu’on se scandalise de l’inverse pour les femmes ?

Prendre comme point de départ le génocide des femmes à la Renaissance à travers la chasse aux sorcière, c’est admettre le procès historique qui leur ont été fait. Parce que la grande majorité des femmes qui ont été accusées de sorcellerie étaient des veuves, des guérisseuses (des médecins quoi, sauf qu’elles n’avaient pas le droit de travailler), des épouses coupables d’adultère ou tout simplement des femmes violées accusées par leur agresseur pour éviter toute représailles, et bien sûr les femmes âgées. En ce qui concerne ces dernières, elles étaient une proie facile pour les démonologues chargés de trouver sur les accusées la fameuse « marque du Diable » plus facile à détecter dans une ride que sur un corps lisse et sans cicatrice.

Source photo : Giphy

Finalement, ça donne plutôt envie de devenir sorcière non ?

Source : France Inter et ce livre qu’on vous recommande mille fois (au moins).

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