Le saviez-vous ? On n’a plus le droit de sortir de chez nous. Oh, ne vous inquiétez pas, nous ne sommes pas seuls : près de la moitié de l’humanité est actuellement obligée de rester chez elle ou de présenter à des flics déguisés en cosmonautes une attestation dérogatoire en ayant intérêt à avoir de bons motifs pour être dehors (du genre pas de celles listées dans ces questions stupides posées aux policiers pendant le confinement). Mais ça ne se passe pas pareil partout : dans certains pays, déroger à la règle peut conduire en prison quand, dans d’autres, le gouvernement s’efforce de faire comme si de rien n’était.

1. En Angleterre, c'est la merde économique

L’Angleterre est gravement touchée par la pandémie et a mis plus de temps à réagir que les autres pays européens, misant tout d’abord sur une stratégie d’immunité collective avant d’opter pour le confinement. Résultat : les autorités ont parlé de confinement pour 6 mois, sans que rien ne soit officiel. De fait, l’économie anglaise est très sévèrement touchée et les garanties sociales n’étant pas celles dont l’on peut jouir en France, de nombreux salariés subissent une perte de salaire conséquente (jusqu’à 30%) tout en maintenant un niveau d’activité normale à distance. Le gouvernement de Boris Johnson a sorti 7 milliards qui s’ajoutent aux fonds débloqués pour le Brexit et compte organiser des allègements de cotisations pour maintenir les salaires à niveau, mais le poids budgétaire de pareilles mesures risque de peser sur les épaules des commune. Bref, c’est la merde.

2. Aux Etats-Unis, à chaque Etat sa galère

Aux Etats-Unis, la consigne générale est de se distancier socialement et d’éviter de sortir – pour autant, le pays n’a pas pris de mesures de confinement à l’échelle nationale. C’est que Trump, qui a basé l’intégralité de son mandat sur la réussite économique, est terrifié à l’idée de voir la croissance violemment impactée. Ces appels ont donc été renouvelés pour un mois le 30 mars. Entre temps, l’Etat de New York, qui devait être entièrement confiné car il s’agit de l’épicentre de l’épidémie, n’a finalement pas bénéficié de ces mesures. On a installé un hôpital de campagne à Central Park et les rues de la ville sont vides, toutefois, parce que les gens n’ont pas envie de mourir. En revanche, à côté de ça, d’autres Etats sont totalement en dehors du coup. C’est le cas de la Floride, où certaines plages restent bondées parce qu’il revient à chaque comté de décréter ou non le confinement. D’où cette image absurde d’une plage à demi-pleine puisqu’à cheval sur deux comtés.

3. En Allemagne, on fait des tests massifs pour éviter le confinement total

L’Allemagne cherche à imiter le modèle de la Corée du Sud pour ne pas voir son économie impactée trop fortement par l’épidémie. En gros, on recommande aux gens de se promener maximum à deux en respectant une distance d’un mètre et demi en guise de geste barrière, et on envoie des tests massifs afin de repérer les personnes touchées par le virus et de les isoler de leur famille. L’objectif est donc bien de faire en sorte que le pays continue de tourner, mais on connaît les limites de pareille stratégie : la contamination des soignants, la pénurie de tests et surtout une grande inconnue sur de possibles foyers de contamination en train de se propager en dessous des radars. A voir si l’Allemagne tient cette ligne jusqu’au bout, comme l’a fait (avec succès, reconnaissons-le) la Corée du Sud.

4. En Espagne, on enterre ses morts à trois

L’Espagne est derrière l’Italie le pays le plus touché en Europe par l’épidémie et celui où le taux de mortalité est le plus haut. Les autorités sanitaires ont donc pris des mesures drastiques semblables à celles que l’on connaît en France avec un tour de vis en plus. Si en France le nombre de personnes autorisées à se rendre à l’enterrement d’un proche est de 20, en Espagne il ne doit pas dépasser 3. Autant dire qu’on est sur une ambiance qui ressemble à la peste. En tous les cas, on a peut-être enfin l’explication de ce que voulait dire la comptine Trois petits chats quand venait le vers Mourre à trois.

5. Au Brésil, tout le monde se confine... Sauf Bolsonaro

Le Brésil est frappé de plein fouet par l’épidémie de coronavirus et on assiste à une dissociation de la personnalité au sommet de l’Etat. D’un côté les autorités sanitaires ont décrété un confinement total, plutôt respecté par la population, d’ailleurs. De l’autre, le président Bolsonaro fait absolument n’importe quoi et ne cesse de répéter que le pays ne peut s’arrêter de travailler sans quoi l’impact économique sera ingérable. Du coup, cet imbécile se filme en train d’aller serrer des louches à Brasilia en pleine période de confinement et relaie ses bêtises sur Twitter. Sauf que Twitter s’est retrouvé à censurer les tweets de Bolsonaro en jugeant qu’ils étaient de nature à encourager les populations à prendre des risques sanitaires dangereux. Encore une déclaration stupide de Bolsonaro.

6. En Inde, l'impossible application du confinement total

L’Inde est absolument terrifiée à l’idée que l’épidémie gagne le pays et ne devienne ingérable. Il a donc été décidé de mettre en oeuvre un confinement total. Mais dans un pays où les pauvres sont vraiment vraiment vraiment très pauvres et où la densité est démentielle, c’est chose quasi-impossible. Les lieux d’accueil pour les plus démunis sont blindés et il est impossible d’y observer les mesures de distanciation sociale minimales. De même, les commerces encore ouverts filtrent les clients pour n’en laisser pénétrer qu’un ou deux à la fois, ce qui crée des queues considérables où la distance de sécurité n’est pas respectée. Le gouvernement indien a annoncé le déblocage de 20 milliards d’euros pour aider les plus démunis, mais c’est la merde absolue. Résultat : on assiste à un exode massif des villes vers les campagnes où les gens cherchent à regagner leur village natal à pied. Et du coup à une propagation du virus depuis les foyers centraux vers les périphéries.

7. En Grèce, des amendes importantes

La Grèce, voisine de l’Italie, a très rapidement pris des mesures de confinement radicales afin d’éviter une épidémie désastreuse sur les plans sanitaire et économique. Gravement atteint par la crise de 2008, le secteur hospitalier ne pourrait pas faire face à une pandémie de très grande ampleur. De ce fait, les amendes en cas de non respect du confinement sont colossales : 150 euros dans un pays où le SMIC se situe aux alentours de 750 euros et où l’activité réduite est très très répandue. C’est comme si en France on se retrouvait avec des amendes de 300 ou 400 euros.

8. En Algérie, chloroquine et prison ferme

L’Algérie est un des pays les plus touchés du Maghreb et le pouvoir, déjà affaibli par la crise survenue l’an dernier, a bien du mal à mettre en place un plan d’action. Pour s’assurer du respect du confinement, le Premier ministre a donc pris des mesures drastiques : tout contrevenant sera passible de deux à six mois de prison en plus d’une amende s’élevant minimum à 1500 euros (autant vous dire qu’en Algérie, c’est une somme). Par ailleurs, faute de capacités d’accueil suffisantes, l’Algérie est l’un des premiers pays à avoir décidé de l’utilisation la chloroquine sur les personnes à risque atteintes du Covid-19 même si les tests définitifs n’ont pas encore apporté la preuve formelle de l’efficacité du traitement.

9. Au Maroc, des attestations délivrées par l'Etat ou l'employeur

Au Maroc, l’utilisation de la chloroquine est également de mise, de même que le confinement qui a été instauré tardivement. Mais contrairement à ce qu’il se passe en France, les conditions d’autorisation de sortie sont drastiques et il ne suffit pas de signer une attestation sur l’honneur : seul l’Etat ou l’employeur peuvent délivrer une attestation de déplacement dérogatoire. D’ailleurs, dans un pays où la religion musulmane reste très fortement implantée, même les mosquées ont fermé leurs portes.

10. Au Pays-Bas, la doctrine de l'immunité collective

Les Pays-Bas en sont restés à la première mesure de fermeture des bars et des restaurants que nous avons prise quelques jours avant le confinement. Pour éviter un arrêt de l’activité, les Pays-Bas ont une position étrange : le gouvernement, comme c’est le cas en Suède, table sur une immunité collective (stratégie dont le Royaume-Uni est revenu) tout en décidant de la fermeture des lieux de contact et de rencontres. Tous les rassemblements publics sont interdits, à l’exception des mariages et des funérailles (quand ils nécessitent un office religieux). Mais le gouvernement n’écarte pas la possibilité d’un confinement total en cas de non-respect des mesures actuelles.

Chacun sa galère.