On doit à Jacques Lusseyrand Le monde commence aujourd’hui, un ouvrage de référence sur ce que les aveugles voient et ne voient pas, sur ce qu’ils perçoivent visuellement du monde extérieur. Lusseyran, devenu aveugle enfant, n’est toutefois pas aveugle de naissance et il est parfois bien difficile pour les aveugles de décrire les éventuelles couleurs qu’ils pourraient capter s’ils n’ont jamais été exposés aux couleurs. Pourtant, certains réussissent à décrire des impressions assez précises.

1. Rien ou du moins rien de descriptible

Les aveugles voient-ils tout en noir, tout en blanc, tout en couleur ? Ils n’en savent rien. C’est Tommy Edison, un aveugle de naissance qui, sur YouTube, évoque son handicap, qui le décrit. N’ayant jamais été confronté aux couleurs, il serait bien incapable de dire en quelle couleur il voit. Et s’il voit en couleur. Pour lui, le noir, le blanc, n’ont pas plus de sens que le rose ou le jaune.

2. Des taches de lumière

Ceux qui ne sont pas aveugles de naissance peuvent parfois être assaillis de taches lumineuses colorées. D’aucuns se plaignent d’ailleurs de ne pas avoir droit à l’obscurité : des flux lumineux apparaissent à leurs yeux, des arrière-plan colorés puissants de toutes les couleurs, des nuages qui changent de formes, comme un tumulte visuel qui correspond probablement à une volonté du cerveau de compenser la perte de la vision. Des images qui ressemblent plus ou moins à ce que ressent un voyant quand on lui appuie sur les yeux.

3. Des trucs dans leurs rêves

Ce n’est pas parce qu’on ne voit pas qu’on ne peut pas rêver. Les rêves sont faits d’émotions liées à notre vécu : un voyant ou quelqu’un qui a déjà vu pourra donc se représenter ces émotions sous forme d’images ; pour autant, un aveugle vivra les mêmes émotions en les associant à des sons, des odeurs, du toucher. C’est une simple question de sensations. Par ailleurs, une étude conduite par l’Institut danois pour la médecine du sommeil a prouvé que les aveugles étaient plus susceptibles de subir des cauchemars que les voyants, car ils sont davantage soumis à des situations de stress dans leur quotidien.

4. Du mouvement, parfois

Certains aveugles décrivent avec précision les mouvements qu’ils peuvent percevoir. C’est le cas, par exemple, de Milena Channing, devenue aveugle à 29 ans après un infarctus et qui , en dépit de l’incrédulité des médecins, assure être capable de percevoir le mouvement de l’eau, de la pluie, d’une douche. En réalité, certains aveugles le deviennent sans que la zone de leur cerveau destinée à percevoir le mouvement soit touchée ; dans ce cas, ils perçoivent le mouvement dans la lumière sans percevoir directement la lumière et donc les objets.

5. Des hallucinations

Les personnes qui perdent la vue peuvent être touchées par le SCB, le syndrome Charles Bonnet, qui consiste en une série d’hallucinations visuelles temporaires. Suite à une perte de la vision, le cerveau cherche à compenser le problème en fournissant des informations qui, habituellement, auraient été nécessitées par la personne ; dès lors, l’aveugle est victimes d’hallucinations de diverses sortes. Seule la vision est touchée, et le syndrome tend à disparaître 18 mois après la perte de la vue.

6. Peut-être des choses comme ça

Après s’être entretenus de longues heures avec des personnes non-voyantes, des étudiants ont produit ce petit film devenu viral et qui reproduit ce que les aveugles ont décrit, entre perception et imagination. Un voyage sensoriel étrange et intrigant.

Vous savez de quelle nationalité est Gilbert Montagné ? Ivoirien.

Sources : Listverse, Atlantico, Les Echos,