Quand on veut faire son malin, on veut le faire à tout prix : alors on répète des choses pas forcément malignes malignes pour prouver que l’on a raison, y compris quand ces choses, déjà pas malignes malignes, sont archi-fausses. On est comme ça, on répète des demi-vérités pour avoir des choses à dire, parce qu’il faut bien avoir des choses à dire si l’on ne veut pas se retrouver à parler du temps.

1. Reprendre les gens qui écrivent "autant pour moi" et pas "au temps pour moi"

Bah non on peut écrire « autant pour moi ». Comme le dit le dico, c’est une forme elliptique de « c’est autant pour moi », une expression attestée dès le XVII° siècle. On peut aussi dire « au temps pour moi », mais essentiellement pour se la péter en réalité. Bref, la prochaine fois que je vous reprends et que vous m’envoyez chier, je vous répondrai « au temps pour moi » parce que j’aime bien faire mon malin.

2. Plus un vin est vieux, meilleur il est

Non, c’est n’importe quoi. En réalité, chaque vin a sa période de garde avec une durée optimisée pour la dégustation. Il y’a des vins qui doivent être consommés tout de suite et d’autres qui se gardent. Ca dépend de l’année de la récolte, du cépage, du terroir, de la méthode de vinification, bref de plein de trucs pas si compliqué. Les vins, quand ils deviennent trop vieux, s’oxydent et sont dégueulasses. Le vin a goût de métal. Mais vous buvez ce que vous voulez.

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3. Les films d'aujourd'hui sont trop longs

Et que les Tarantino sont interminables, et que c’est pas possible que 2h20 soit devenu la norme pour qu’un film soit considéré de qualité, et que… En réalité, ce n’est pas vrai. Depuis les années 50, la longueur de 90 minutes a été choisie comme mètre étalon, mais les films étaient plutôt plus longs dans les années 70 qu’aujourd’hui. Et même, si on regarde ce graphique réalisé par Randal Olson de l’université de Pennsylvanie réalisé à partir des données IMDB, les films auraient plutôt tendance à raccourcir ces dernières années.

Et toc !

Crédits photo : Randal Olson

4. Aujourd'hui, la politique est impuissante face à l'économie

Oui non en fait. C’est typiquement une sorte d’idée inception selon laquelle les hommes politiques seraient désormais soumis au pouvoir économique et n’auraient plus aucune marge de manoeuvre. C’est inception, parce que l’idée est très avantageuse pour les milieux économiques dans la mesure où elle leur permet d’exercer de leur influence à balle. Mais rappelons que, de manière générale, le monde économique est toléré dans le jeu général de la démocratie et des institutions. On peut aussi changer de jeu : si Macron veut devenir un dictateur et tout étatiser, il peut en fait. Ou s’il veut augmenter les impôts sur le capital d’un coup, il peut aussi. Il existe bien sûr des sphères d’influence, mais le pouvoir politique est le seul pouvoir réel qui existe, le reste n’en est qu’une émanation sur le principe des partenariats sociaux.

5. On dit "tu as l'air con", pas "tu as l'air conne"

Encore une fois c’est insupportablement faux. « Avoir l’air » est considéré comme un verbe d’état en soi, comme être, sembler, tout le toutim. Du coup, l’adjectif derrière est un attribut du sujet qui s’accorde avec celui-ci. On dirait donc à une fille « tu as l’air conne » et pas « tu as l’air con » parce que l’air, on s’en fout. Et par ailleurs, on ne lui dira pas ça parce qu’au fond on est gentil.

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6. Y'a que de la merde à la télé

Kikoo.

7. Les jeunes ne lisent plus

En réalité, toutes les études démontrent qu’ils lisent tout autant qu’avant, mais pas des livres et différemment. Les temps de lecture sont plus courts et plus concentrés, mais avec Internet, la lecture est permanente. Simplement, il s’agit d’articles de presse ou à la con et non plus de romans longs. La lecture n’est plus la porte d’entrée du savoir à l’heure de l’écran permanent et de la vidéo démocratisée, et c’est comme ça : pour autant, le roman ne meurt pas et les pratiques se diversifient. Considérer que les jeunes ne lisent plus, c’est surtout se plaindre d’un changement d’époque.

8. La gauche, la droite, c'est la même chose

Non. Il y a tout une tradition qui remonte à avant la Révolution et qui est tout à fait différente entre la gauche et la droite, lesquelles possèdent aussi en interne tout un tas de nuances et de divergences très marquées. Les études psychologiques américaines montrent depuis les années 70 que le cerveau des personnes se définissant de gauche ou de droite ne fonctionnent pas de la même manière et ne privilégient pas les mêmes canaux d’accès au plaisir. L’idée que la gauche et la droite feraient la même politique est liée au fait que les deux ont mis de l’eau dans leur vin pour s’adapter à la réalité d’une démocratie capitaliste moderne et mondialisée, mais gauche et droite continuent de dénoter une vision du monde radicalement différente.

Ne racontons pas n’importe quoi.

Source : Cracked