1515 Marignan, ça on connaît. On connaît comme tout le monde sans même se rappeler le moment où on l’a appris, sans même se rappeler exactement à quoi ça correspond, mais on connaît, ça, pour sûr. Mais c’est quoi Marignan ? Et pourquoi est-ce que tout le monde connaît cette putain de date par coeur ? Bonnes questions, les enfants.

1. Il s'agit d'un épisode des guerres d'Italie

Bon en gros la France et l’Aragon se battaient pour savoir à qui revenaient le royaume de Naples et le duché de Milan depuis 1440. Charles VII fut le premier à envoyer l’armée, en 1486, et Milan revint aux mains françaises. La région milanaise était convoitée par tout le monde : la France, la Suisse, le Vatican, l’Aragon… En 1509, le pape Jules II convainquit les Suisses de lâcher les Français pour s’allier à lui. En 1511, les Suisse envahirent Milan et les Français sautèrent. Puis les Suisses et les Lombards commencèrent à reprendre toute la région sans combattre.

Louis XII, en 1513, envoya ses troupes pour reprendre la région mais perdit la bataille contre les Suisses. Bref, c’était la baston permanente. Et c’est là que François Ier intervient.

2. Il s'agit de la première bataille menée par François Ier, tout juste couronné

A peine couronné, François Ier reprit à son compte la volonté de reconquérir le Milanais. Il essaya de négocier avec tout le monde mais échoua à convaincre les Suisses de se rallier à lui. Quand la diplomatie foire, on mobilise l’armée. C’est ce que fait François, qui réunit 50.000 mecs, augmente l’impôt pour payer la campagne et soudoye les rois d’Angleterre et d’Espagne afin qu’ils mettent pas leur nez là-dedans. Ensuite, il se met sur son cheval et emmène tout le monde dans le nord de l’Italie.

3. Ce fut une belle victoire française

Bam ! Tout le monde part vers Milan et plante la tente près d’une ville qui, à l’époque, s’appelle Marignan et aujourd’hui se nomme Melegnano. En gros, tout le monde flippe des troupes françaises, sauf des irréductibles suisses qui décident de livrer bataille, les 13 et 14 septembre 1515. Qu’on se le dise, rien n’est plus chiant qu’un récit circonstancié d’une bataille, donc faisons vite : 10.000 morts côté suisse, 5 à 8.000 côté français. François Ier a gagné sa bataille.

4. Il y a controverse sur l'adoubement du roi par le chevalier Bayard

On raconte que, sur le champ de bataille, François Ier a été adoubé par le chevalier Bayard, un genre de badass du combat trop respecté, tu vois. En fait, c’est probablement un mythe. Ce qu’il se passe, c’est que le mec qui a vraiment adoubé François Ier, le connétable de Bourbon, se rangera en 1523 du côté de Charles Quint. Donc ça faisait pas propre. Alors que Bayard meurt en 1524 et ne trahit pas, lui. Vous voyez un peu l’idée.

5. La bataille fut très importante d'un point de vue géopolitique et diplomatique

La bataille permit à la France de prendre pour 10 ans le contrôle de la Lombardie. Elle permit aussi de signer la paix perpétuelle avec les Suisses qui restera en vigueur jusqu’à la Terreur. Cela permit au roi de France de compter sur le soutien des mercenaires suisses pour ses guerres à venir. Ensuite, cela entraîna tout un tas de traités façon statu quo entre François Ier et Charles Quint d’une part, entre la France et le pape de l’autre.

6. François Ier assit son pouvoir sur cette victoire

A peine intronisé, le mec récupère la Lombardie : il n’en fallait pas autant à François Ier pour asseoir sa popularité. On organisa la propagande : des chansons de gestes fleurirent chantant les exploits du roi à Marignan, le récit de la bataille fut placardé sur les places publiques puis, en 1518, Leonard de Vinci organise une reconstitution de la bataille avec 10.000 figurants et François Ier en habit de parade… Quand François Ier se fera déboulonner à Pavie, en 1525, l’importance de la bataille sera minimisée au regard de Marignan.

7. La bataille a aussi marqué le début de l'avènement de l'artillerie militaire

Marignan est aussi l’une des premières batailles où l’artillerie militaire a été utilisée de manière décisive et non plus seulement anecdotique. La bataille correspond vraiment au basculement technologique dans la Renaissance.

8. Sa légende nous est aussi venue des arts

Chansons dès le XVI° siècle, mais aussi marches militaires suisses au XX°, tableaux, la totale : Marignan a été pendant longtemps l’Austerlitz français, la référence victorieuse de la grandeur française à visée expansionnistes. La résonance de la date aujourd’hui encore n’est pas étrangère à cela.

9. En 1525, la bataille de Pavie mit fin à la domination française sur la Lombardie

Grosse défaite contre les troupes de Charles Quint et après une trahison du connétable de Bourbon, la bataille de Pavie fera 10.000 morts côté français et un prisonnier d’envergure : François Ier lui-même. Il sera détenu par Charles Quint pendant un an avant versement d’une rançon par la France et cession de certains territoires. Marignan n’était qu’un feu de paille.

10. François Ier était obnubilé par la région milanaise

Malgré la défaite de Pavie, François Ier engagera deux campagnes supplémentaires pour récupérer le Milanais, sans y parvenir.

Ça vous fera des trucs à raconter à Noël.