A l’heure de choisir un prénom, on cherche du signifiant qui sonne bien en bouche. Un prénom pour la vie, associé à des images positives, à des personnes célèbres dont on admire l’oeuvre, à des sonorités qu’il nous plaît d’esquisser. Mais las ! Un prénom peut avoir une autre vocation : celle de donner à son enfant les clés d’une vie heureuse et fun, celle de lui permettre, par le seul truchement de son nom, d’égayer les autres et de rayonner, rayonner, comme un soleil de juin. Voilà qui est pas si clair.

1. Helmut

Un type qui s’appelle Helmut répandra la bonne humeur autour de lui rien qu’en se présentant et en disant « bonjour ». J’ai rencontré un Helmut, une fois, et c’est devenu la personne que je respecte le plus sur terre rien que du fait de son prénom, parce qu’il m’apportait de la joie par sa seule existence. Il n’est pas question de moquerie, attention ; simplement on a davantage de plaisir à voir des gens quand prononcer leur nom apporte du bonheur.

2. Rodolphe

C’est sûr que si l’on demande son avis à Emma Bovary, pas sûr qu’elle partage notre appétence amusée pour le prénom Rodolphe : à chacun ses expériences. C’est sûr que si l’on me demande mon avis, en revanche, perso j’apprécie énormément toutes les personnes qui s’appellent Rodolphe, d’abord parce que je les imagine se déplacer à cheval et que la présence d’un équidé, même virtuel, dans une pièce est quelque chose d’apaisant, et ensuite parce que j’ai plaisir à prononcer plein de fois leur prénom pour y agréger des futilités, manière comme une autre de s’amuser quand plus rien ne va.

3. Raoul

Comme son nom l’indique, Raoul est cool. Bah oui, c’est connu : il est cool, Raoul, on le répète suffisamment pour que chacun l’ait retenu. Et la permanence de l’existence d’un prénom devenu désuet au moyen d’une expression l’adossant à un concept qui, un temps, était jeune, à savoir la coolitude, est un signe d’intemporalité : on appellera son fils Raoul pour accroître encore la durée de vie du Schmilblick.

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4. Blaise

Le constat est le même que pour Raoul. Un type aussi à l’aise que Blaise ne peut qu’avoir une vie fun ; or, avoir une vie fun, c’est quand même la base d’une vie réussie. Sensations fortes, descentes de grands huit, et pas même la peine de lire Pascal – Blaise, lui aussi – puisqu’on en est un peu l’héritier, la migraine en moins. Blaise est une valeur sûre de la convivialité.

5. Max

D’abord le mec est relax. Ensuite, il est libre, Max : y’en a MÊME qui disent qu’ils l’ont vu voler. Bref, un mec relax qui déploie de temps en temps ses ailes, c’est quand même plus cool qu’un comptable qui parfois lit Challenge, à tout prendre. Enfin chacun voit midi à sa porte.

6. Adalbert

C’est pas Albert, c’est Adalbert. Quand Albert joue les renforts mousquetaires, Adalbert, lui, se contente de briller en société grâce à son prénom classieux. Quand Adalbert arrive, tout le monde le remarque, tout le monde se prosterne, certains lui font le baise-main. Pour peu qu’Adalbert soit livré avec une chevalière en or, on sait que la soirée est placée sous les meilleures auspices, d’autant qu’il rince tout le monde à la cervoise.

7. Josette

Est-ce que tu préfères avoir le moral dans les chaussettes ou le moral dans les Josette ? Il n’y a qu’une bonne réponse, laquelle prouve, par ailleurs, que Josette te remonte le moral plutôt que les bretelles. Vive les Josette.

8. Jean-Triste

Un prénom de mon invention mais qui a le mérite de jeter le trouble. Par l’appellation Triste, on laisse entendre que Jean va se plaindre lourdement de ses petits ennuis ; pourtant, se faisant fort de déroger à sa réputation, Jean-Triste régale la galerie à grands coups de calembours, de traits d’esprit, d’imitations diverses et de singeries : tout le monde se poile, se plie en deux, se tient les côtes, s’esclaffe, se roule au sol en tapant du poing. Merci Jean-Triste.

9. Léopold

Partant du principe qu’un groupe des années 80 a jugé bon de s’intituler Léopold Nord et vous, on admettra que le prénom Léopold se prête à tous les jeux de mots possibles et imaginables, y compris ceux qui ne fonctionnent pas bien ; dès lors, on pourra sans risque d’offenser le public remplacer par Léopold certains mots associés à des expressions connues, comme « Léopold qui roule n’amasse pas mousse » ou « Le Léopold ne fait pas le moine ». De cet esprit à la créativité exacerbée devrait ressortir quelque chose de bien.

10. Baudouin

Donner à son enfant le prénom d’un roi belge, c’est le prédestiner à s’intéresser de près à ceux que l’on nomme nos amis et qui vivent dans un pays du Nord où le froid et la pluie n’entache pas les coeurs ; c’est donc lui confier littéralement les clés de la déconne et du bien-vivre : sans compter sur le plaisir que l’on aura à rappeler à l’ordre le petit Baudouin quand il fera le fou dans un supermarché.

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Les prénoms, c’est un peu sympa. Contrairement aux noms, qu’on ne peut pas choisir. Ou aux amourettes de mouton, qui ne font pas plaisir pour le déjeuner.