Une erreur judiciaire, c’est peut-être ce qu’il peut arriver de pire à une société. C’est la limite au fonctionnement de la justice dont l’efficacité est garante de l’adhésion à l’idée de faire société avec les autres. Alors quand, en plus, l’erreur judiciaire est dérivée d’un cliché raciste, c’est la catata la catata la catastrophe.

1. L'affaire Dreyfus

A priori, si vous avez été attentif en cours d’histoire de Seconde, vous savez à peu près de quoi il en retourne. Un capitaine, Alfred Dreyfus, a le malheur d’être à la fois alsacien et juif. On l’accuse d’intelligence avec l’ennemi suite à la découverte d’une lettre dont on prétend qu’il est l’auteur. Faux et usage de faux : des faux montés de toute pièce pour désigner un coupable de trahison à la vindicte populaire. L’intervention de Zola, « ils en ont parlé », jugements et déjugements, Dreyfus finira par être réhabilité bien tard.

2. George Stinney

En mars 1944, George Stinney, un noir américain de Caroline du Sud, est condamné à mort par un jury entièrement composé de blancs pour le meurtre de deux adolescentes, Betty June Binnicker, 11 ans, et Emma Thames, 8 ans. Aucune preuve ne corrobore la thèse de la culpabilité de Stinney, sinon qu’il a échangé un mot avec les fillettes peu de temps avant leur mort. Exécuté, Stinney a été réhabilité 70 ans après les faits, en 2014, par un juge qui a rouvert l’enquête.

3. Rida Daalouche

Marseille affronte Belgrade en finale de Coupe d’Europe. Nous sommes le 29 mai 1991 et le PSG n’est pas en qatari. Une baston se déclare dans un bar de Marseille et un type meurt, tué avec un tesson de bouteille. On enquête, on enquête, et on arrête finalement Rida Daalouche, un trafiquant d’héroïne des quartiers nord qui n’a pas d’alibi. Condamné à 14 ans de réclusion criminelle, il est finalement libéré 5 ans plus tard quand on se rend compte qu’il avait un alibi : le soir de la baston Daalouche était en HP. Daalouche était surtout coupable d’être arabe.

4. Barbara Querino

Au Brésil, les erreurs judiciaires basées sur la couleur de peau sont légions. Barbara Querino a été notamment condamnée à 5 ans de prison pour une agression qu’elle ne peut pas avoir commise. A l’heure de l’attaque, qui a eu lieu à Santo Amaro, la jeune fille se trouvait à des centaines de kilomètres de là, sur le littoral de Sao Paulo. Cela n’a pas empêché la justice de l’envoyer en prison.

5. Anthony Ray Hinton

Libéré après avoir passé 30 ans dans le couloir de la mort, Anthony Ray Hinton l’a affirmé : rien de tout cela ne serait arrivé s’il avait été blanc. Accusé d’un double meurtre en 1985, il a bénéficié d’une révision de son jugement après que la justice a consenti à réaliser des tests balistiques prouvant que l’arme utilisée pour tuer les deux femmes n’était pas la même que celle retrouvée dans la maison de l’accusé. Hinton en est persuadé : en Alabama, encore aujourd’hui, les noirs et les blancs ne sont pas égaux devant la justice.

6. Rafael Braga

Rafael Braga a utilisé une bouteille de Pinho Sol, un désinfectant brésilien, pour nettoyer sa chambre un soir de juin 2013. Cela a suffi à convaincre la police qu’il préparait des explosifs pour les utiliser lors d’une manifestation. Arrêté par les flics avec de quoi se faire un joint sur lui, il a été accusé de trafic de drogue et d’association de malfaiteurs et condamné à 11 ans de prison.

Ah oui, j’ai oublié de préciser : Rafael Braga était noir dans un pays miné par le racisme institutionnel.

7. Ricky Jackson

Ricky Jackson et deux de ses prétendus complices ont été condamnés à mort en 1975 pour avoir frappé, jeté de l’acide et tiré sur un homme. Sauf que le témoin-clé de l’affaire, un blanc, cela va de soi, a reconnu avoir menti sur demande de la police. Il aura finalement fallu 30 ans pour que Ricky Jackson soit innocenté.

8. Lawrence McKinney

Condamné à l’âge de 22 ans à 115 ans de prison, Lawrence McKinney en aura passé 31 ans derrière les barreaux. Tennessee, 1978 : cambriolage et vol en réunion. Lawrence McKinney est formellement reconnu par sa victime, une blanche. Sauf que les analyses ADN ont prouvé l’innocence du condamné à vie qui avait pâti, malgré la clameur de son innocence, du climat raciste du sud des Etats-Unis.

Horreur malheur.