Depuis qu’on est tous coincés entra quatre murs et plus généralement depuis que le Covid-19 est devenu une super méga star en Chine, on ne compte plus les articles dévoilant la forte baisse d’émissions de gaz à effets de serre d’abord en Chine puis dans le reste du monde, louant ainsi les bénéfices insoupçonnés de la pandémie pour l’environnement (nous mêmes avions cité cette baisse de la pollution dans nos bonnes nouvelles liées au coronavirus). Et que j’te sorte du « La nature reprend ses droits » (voire, un peu trop), et des « C’est nous le problème » sur Facebook.

Malheureusement, c’est un petit peu plus compliqué que ça et si le confinement semble apporter des bénéfices immédiats sur l’environnement, sur le long terme, rien n’est moins sûr.

1. Oui les émissions de gaz à effets de serre sont en baisse MAIS...

Mais le coronavirus et le confinement qu’il entraîne résulte d’une crise tandis que le dérèglement climatique n’a rien d’une crise et s’inscrit dans la durée. Loin de moi vouloir vous casser le moral, mais les baisses de pollutions que l’on peut constater à l’heure actuelle (et dont on peut se réjouir il est vrai, parce que c’est toujours ça de pris) devraient rester à ce niveau dorénavant pour préserver le climat. Et comme vous vous en doutez, dès lors que la période de confinement sera révolue, tout ça devrait repartir de plus belle. C’est ce qu’on appelle l’effet rebond qui se définit comme suite : « l’augmentation de consommation liée à la réduction des limites à l’utilisation d’une technologie, ces limites pouvant être monétaires, temporelles, sociales, physiques, liées à l’effort, au danger, à l’organisation… » (source).

2. La crise du coronavirus révèle plus l'impact de l'homme sur la planète (comme si on ne le savait pas déjà) que des changements sur le long terme

Disons que le coronavirus est un bon levier publicitaire pour le dérèglement climatique, grâce à lui on peut se dire « OWAW, n o u s s o m m e s l e p r o b l è m e » (avec des espaces entre chaque lettre pour bien signifier qu’on est sous le choc). Bref, c’est bien joli mais c’est pas ça qui fera changer les choses sur le plan structurel et global. Ça permet tout juste de montrer à certaines personnes qui n’étaient pas du tout au courant qu’il existe bel et bien un dérèglement climatique et qu’il est causé par les activités humaines. Mais bon, à part Trump et Bolsonaro, je sais pas qui avait zappé l’info.

3. En période de crise économique, les investissements dans le développement durable ou dans l'écologie ne sont clairement pas privilégiés

Le coronavirus nous plonge dans une des plus grosses crises économiques jamais vécues. Et ça, pour l’environnement, c’est loin d’être une bonne nouvelle. Plusieurs gouvernement comme la Chine et l’Italie utilisent déjà leurs réserves fiscales pour venir en aide aux PME et au secteur de la santé, ce qui est une bonne chose bien sûr (en particulier pour le secteur de la santé qui réclame des moyens depuis belle lurette), mais cela va naturellement baisser la part d’investissement qui aurait pu revenir au secteur de l’environnement et de l’écologie.Par ailleurs, si l’on regarde dans le passé et en particulier la crise de 2008, on constate sans peine que les crises économiques de forte ampleur ont une fâcheuse tendance à détourner les gouvernements des problèmes environnementaux.

4. Quand on n'a pas de tune, on s'en bat les steaks de l'environnement

C’est un autre constat qu’on peut faire et qui montre qu’en temps de crises les citoyens sont un peu plus portés sur le remboursement du crédit de leur maison et le maintien de leur emploi que par des considérations climatiques. Bon après ces constats résultent d’études menées après la crise de 2008, on peut espérer que la sensibilisation au climat ait gagné du terrain depuis tout ce temps, mais ne vendez pas la peau de l’ours avant de lui avoir fait courir son pâté de maison 30 fois sans respirer.

5. La crise du coronavirus a d'ores et déjà fait baisser le prix du pétrole

En effet, le coût du pétrole n’a jamais été aussi bas depuis 17 ans. YOUHOU ! Cela est naturellement du à la baisse de la demande qui crée un surplus des capacités de stockage. Mais ne crions pas tout de suite victoire, cette baisse risque très probablement rendre intéressant le coût des énergies fossiles au détriment des énergies vertes. Et ça c’est caca boudin, comme le signale la communauté scientifique.

6. Le confinement retarde par ailleurs des mesures en faveur de l'environnement

Bah oui puisque l’économie tourne au ralenti et que toute la chaîne de production est quasiment à l’arrêt, ça impacte aussi l’industrie de l’énergie renouvelable. Ainsi, la Chine étant un des premiers pays producteurs de panneaux photovoltaïques, ces installations vont arriver avec un retard monstrueux, haussant par ailleurs leur coût (contrairement au coût du pétrole qui, lui, baisse). Tout cela risque d’entraîner le report d’un certain nombre de mesures comme par exemple la régulation des émissions du trafic aérien, ou encore la mise en place d’une écotaxe sur laquelle certaines compagnies commencent à pigner, devant déjà affronter une baisse énorme de leur chiffre d’affaire.

7. Il ne faut pas confondre coronavirus et changement climatiques, dont les victimes ne sont pas les mêmes

Madonna nous l’avait bien expliqué dans sa vidéo très engagée, nue dans un bain de pétales de roses : « le covid-19 met tout le monde a égalité » (retrouvez à ce propos la liste des stars qui vrillent complètement à cause du coronavirus). En effet, il ne vous aura pas échappé que les victimes du coronavirus peuvent être riches, blanches, et très célèbres. Bref, on pourra dire ce qu’on veut du corona, mais c’est pas spécialement une maladie du pauvre. Contrairement au dérèglement climatique dont les premières victimes sont d’abord les pays d’Afrique (alors que ce sont eux qui ont la plus faible empreinte carbone) jusque là un tout petit peu épargnés par la maladie.

Alors oui, on peut dire en effet que la crise du coronavirus a des effets bénéfiques sur l’environnement, mais ils sont ponctuels et seront largement compensés par une reprise « normale » d’activité post-confinement… Une seule chose à retenir : le coronavirus n’est pas une crise à traiter à égalité avec le réchauffement climatique parce que pour ce dernier on n’aura malheureusement jamais l’espoir d’un vaccin. Et sinon retrouvez toutes les réponses aux questions qu’on se pose sur le dérèglement climatique.

Sources : ce post du chercheur François Gemmenne (auteur de l’Atlas de l’Anthropocène, un bouquin qu’on vous recommande 1000 fois pour piger les enjeux du dérèglement climatique avec des cartes qui sont même pas incompréhensible), L’Echo, Géo.

Et saviez-vous que j’ai moi-même personnellement de ma personne écrit un livre sur le climat et l’environnement ? Même qu’il est sorti le 11 mars 2020 juste avant le confinement et que personne n’a pu l’acheter. Super triste la vie. Si vous voulez donc en obtenir un de toute urgence avant la fin du confinement, c’est par ici que ça se passe :

Prix : à partir de 15.07 chez Les libraires