Les courbes ascendantes du Made in France, de la crise d’identité généralisée et de la hipsterisation se sont croisées dans un bar PMU. On pouvait y vivre son identité française alcoolo tout en promouvant des produits français et en se différenciant. Tu prends une bière ? Prends donc une Byrrh ! Du coup, dans quelques années ça va nous faire un peuple de petits morts d’un cancer du foie.

1. La Suze

C’est bon la Suze. C’est doux. C’est le seul truc à la gentiane qui a pas goût à vomi. C’est pas très cher, une bouteille de Suze, même pas 10 euros. Ramené au degré d’alcool, ça fait même pas un euro le gramme. Bref, ça a que des avantages.

Ouais mais en fait vous en prenez uniquement au comptoir dans des bars PMU pour vous donner un genre : on sait, pas la peine de vous lancer dans une argumentation de ouf.

Source photo : Giphy

2. L'Ambassadeur

L’Ambassadeur, c’est un genre de vermouth plus sucré que le Martini avec du quinquina dedans. L’Ambassadeur ne présente aucun intérêt en soi, sinon celui de demander un Ambassadeur. « Qu’est-ce que je vous sers ? » « Un Ambassadeur », ça sonne plus que « Un vermouth ». Le barman de PMU tire alors une bouteille pleine de poussière et vous sert un bon gros verre parce qu’on vend pas de l’Ambassadeur tous les jours.

Source photo : Giphy

3. Le Fernet-Branca

Plus personne ne buvait de cet alcool de plantes amer, même en Italie où il est fabriqué. Plus personne, sauf les Argentins qui s’en servaient pour faire le calimucho local en le noyant dans du coca. Comme l’Argentine a connu sa petite mode, les petits Français sont revenus pour petit-importer le cocktail en France et accompagner leurs commandes de commentaires nostalgiques de leurs petits barouds faussement aventuriers. « Quand je bois ça, ça me rappelle quand je marchais la nuit à Buenos Aires ». Ferme ta petite bouche.

4. Le Picon bière

Le Picon a cet avantage absolu de faire passer la Kro issue de tuyaux dégueulasses pour une boisson désaltérante à goût acceptable. Par contre, il charge carrément la dose d’alcool et transforme n’importe quelle pinte en vodka-qui-se-boit-toute-seule. Mélangé (top-délire) à la Chouffe ou à la Belzebuth, il est à l’origine de nombre de hontes paralysantes quand les images de la soirée passée défilent dans l’esprit atrophié d’un convalescent alcoolique. Pourquoi je me suis mis tout nu sur le bar, déjà ? Putain de Picon.

5. La chartreuse

Jusque récemment, la chaîne normale des réactions d’une personne confrontée à un verre de Chartreuse était la suivante : moue dédaigneuse devant la couleur verte, reniflement dégoûté, gorgé à contrecœur, cul-sec pour aller plus vite, interjection : pouah c’est dégueulasse. Désormais, il est de bon ton de commander une chartreuse pour accompagner son café. A mon sens, ça se marierait mieux avec l’herbe à chat.

Source photo : Giphy

6. Le Byrrh

I’d like a Byrrh.

A beer ?

A Byrrh.

De quoi renouveler la blague du demi-citron chez les garçons de café qui manient l’anglais.

Crédits photo (creative commons) : Victor Leydet (1861-1904), affichiste, peintre de genre et maître provençal de Nouvelle école d'Avignon.

7. Le Dubonnet

Avant que le Dubonnet ne revienne à la mode, c’est l’expression : « Du beau, du bon, Dubonnet ! » qui a fait florès. Toute une génération (les moins de 80 ans) s’est soudain rendu compte que Bosch avait tout piqué à une marque de liqueur française en pleine crise économique. Pourtant, Dubonnet était leader du secteur des apéritifs, il y a 50 ans. Pour se relancer, la marque a changé son logo, tout en reconduisant la charte graphique vintage à l’origine de son nouveau succès. Tout le monde peut se prendre pour un intellectuel des années 20 à peu de frais, c’est ça le futur.

Crédits photo (creative commons) : Erwan Corre

8. L'absinthe

Vas-y on se prend pour Rimbaud en se murgeant à l’absinthe. Tant pis si l’absinthe est beaucoup moins forte qu’au XIX° siècle, tant pis si la tienne vient d’Andorre et est ignoble, tant pis si en fait c’est dégueulasse, l’absinthe, tant pis si tu me lis de la mauvaise poésie rédigée débranlée sur le coin du bar et tant pis si on se fait jarter du troquet si typique de Paris à 1h30.

Source photo : Giphy

9. La liqueur de gentiane

De la Suze en moins bon, puisqu’en plus amère. Un truc tiré d’une fleur auvergnate ne peut pas apporter que du bon quand on connaît les légendes sur la supposée pingrerie des Auvergnats. Les mecs ont pas dû se faire chier pour faire une boisson aussi forte : 25% d’alcool fort, 10% de pétales broyés, le reste de flotte et de molécules de sucre ayant mal tourné. En plus, il faut se taper l’histoire de la liqueur racontée par le monsieur venu d’Auvergne qui parle tout le temps de sa région.

Source photo : Giphy

10. Le cointreau

Avait-il jamais disparu ? Le Cointreau, c’est le truc le meilleur du monde : un goût légèrement orangé qui se marie avec le thé, avec le café, avec les liqueurs plus fortes, avec les cocktails, avec le chocolat, avec les cigarettes. Ce n’est pas très cher, la bouteille est super belle, et surtout, contrairement à ses immondes imitateurs, ça tape à 40 ce qui garantit un maximum d’ivresse en un minimum de temps pour un plaisir maximisé avec un minimum d’espérance de vie.

Source photo : Giphy

En même temps, nos arrière-grands-parents ne sont pas morts parce qu’ils buvaient de la gentiane. En même temps, à l’époque, il y avait des guerres pour aller plus vite.

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