C’était il y a une trentaine d’années, une broutille dans l’histoire de l’humanité et pourtant un temps suffisamment éloigné pour que rien n’aille dans cette affaire. Entre le marasme judiciaire et l’intervention gloubiboulga des journalistes, des locaux et de la guerre des polices, l’affaire Grégory n’est pas seulement un échec monumental devant l’horreur de la mort d’un enfant ; c’est aussi un moment d’histoire qui méritait bien son documentaire sur Netflix. Et pour ceux qui voudraient en savoir plus, nous vous donnons toutes les clés pour comprendre l’affaire Grégory ici.

1. L'histoire en elle-même, absolument folle

L’assassinat sordide d’un enfant à Lépanges-sur-Vologne, un village d’à peine 900 habitants. L’assassinat d’un enfant pour se venger de ses parents parce que le père, Jean-Marie Villemin a réussi ; entendez par là qu’il a été nommé contremaître et s’est offert un canapé en cuir. Des années de harcèlement par un corbeau sans que l’on puisse identifier le criminel, alors même que le nombre de suspects est restreint et les indices nombreux.

2. Le personnage de Jean Ker = <3 <3

Au départ, on pense que Jean Ker va être un vrai salaud, un de ces photographes à sensations prêt à tout pour faire une bonne photo et ramasser la thune de Paris Match. Mais au fil des entretiens, on se rend compte que Jean Ker est surtout un type bouleversé par cette affaire et qui se positionne aux côtés des parents pour les aider à dépasser leur chagrin. Ses témoignages sont extraordinaires, bouleversants, et sa gouaille n’a pas d’égal.

3. La guerre des polices, c'était pas pour de rire

La rivalité entre police et gendarmerie est la tarte à la crème de toute personne qui s’intéresse un peu à l’histoire judiciaire française. Mais dans le cadre de l’affaire Grégory, cette guerre des polices prend une tournure totalement démente : une fois la gendarmerie dessaisie, la PJ a refusé catégoriquement toute aide de la part des premiers enquêteurs, allant même jusqu’à orienter l’enquête dans des directions totalement opposées avec pour seule idée de se différencier de ses prédécesseurs. En ce sens, les témoignages de Corazzi sont édifiants.

4. Un flic peut tranquillement faire les remarques les plus sexistes du monde en 2019

Corazzi, parlons-en : l’OPJ en charge de l’enquête explique en toute détente que la raison l’ayant poussé à soupçonner la mère du petit Grégory, Christine Villemin, est qu’il la trouvait désirable. La séquence a été largement commentée et critiquée, mais elle demeure un monument de connerie.

5. Le juge Lambert est d'une suffisance rare

Coupable de toutes les négligences : Lambert a refusé d’auditionner directement Muriel Bolle après son témoignage incriminant Bernard Laroche car il devait partir en weekend ; il a laissé cette même Muriel Bolle retourner dans sa famille où elle a subi l’influence de ses proches et a fini par se rétracter, revenant sur ses déclarations incriminantes sur son beau-frère Bernard Laroche. Il n’a pas pris au sérieux les menaces qui pesaient sur Laroche. Il a négligé volontairement des pistes, comme celle de l’insuline. Par ailleurs, sa propension à pavaner devant les médias est proprement ridicule et contraire à l’éthique judiciaire. En ce sens, la conversation téléphonique avec Jean Ker, lorsque celui-ci lui propose une série de photos, est à hurler de rire, Lambert proposant de lui-même d’organiser la séance en faisant semblant d’être pris sur le vif.

6. Quand les avocats influencent le cours de la justice

Pire, Lambert a été directement influencé par l’avocat de Bernard Laroche, ce qui l’a conduit peu à peu à soupçonner Christine Villemin d’avoir tué son propre fils. La collusion entre avocats, juge d’instruction, médias (notamment Jean-Michel Bezzina et sa femme) est absolument scandaleuse.

7. L'incroyable dignité des époux Villemin

Depuis les regrets de Jean-Marie exprimés lors de son procès pour l’assassinat de Laroche (des regrets, mais pas d’excuses, car Jean-Marie Villemin est resté persuadé de la culpabilité de Bernard Laroche) jusqu’à la détresse et la tentative de suicide de Christine, tout est digne et bouleversant. Leur interview finale, après la relaxe de Christine, au cours de laquelle ils cherchent simplement à rétablir la vérité sur leur famille souillée par le mensonge et la presse à scandale donne envie de chialer.

8. Les enregistrement du corbeau sont glaçants

On ne les avait jamais (ou très rarement) entendus. Les appels pleins de fiel et d’agressivité, avec cette voix d’outre-tombe forment la BO d’un cauchemar éveillé. Une horreur.

9. Muriel Bolle, terrifiante et terrifiée

Rien qu’à son regard dans le vague, à ses mensonges qui se lisent sur son visage de petite fille, ses manières un peu brutes, on sent que la vérité de l’affaire passe par elle. Muriel Bolle est la clé de l’affaire et sans doute l’une de ses victimes tant on la sent à la merci de sa famille et tant on a le sentiment qu’elle a peur en permanence. Une figure de roman.

10. Les avancées de la police scientifique impuissantes

Dans l’affaire Grégory, les progrès de la recherche d’ADN se sont révélés insuffisants pour apporter la vérité. C’est donc et cela restera l’une des seules affaires criminelles à jamais irrésolue que les errements initiaux de l’enquête auront condamné à être irrésolue.

Ce n’est pas la seule affaire criminelle française non résolue, mais c’est sans doute la plus célèbre.