« Do the right thing », disait Spike Lee, mais il ne précisait pas le timing. Faire les choses bien, c’est bien, mais faire les choses bien au bon moment, c’est mieux ; par exemple se dénoncer d’un crime qu’on a commis une fois celui-ci prescrit ne sert pas à grand’chose. En revanche, freiner devant une vieille à temps pour ne pas l’écraser, ça, ça peut être utile.

1. L'inventaire du quinquennat Hollande

Ayéééééééééééééééééééé, Olivier Faure s’y met, il fait le bilan calmement en se remémorant chaque instant du quinquennat Hollande. Et qu’il y avait des « trahisons » et qu’il y a un « devoir d’inventaire » et qu’on ne veut « rien laisser sous le tapis »…

Hmmmm… Hollande a été élu en 2012, il est sorti en 2017, on est en 2019, le PS est à peu près à 6% d’intentions de vote pour les Européennes. Mais vieux motard que jamais, hein.

2. Grouchy à Waterloo

Le maréchal avait 33.000 hommes sous son commandement à la bataille de Waterloo, mais il est tout simplement arrivé trop tard. Il n’était sur aucun des champs de bataille pendant la journée du 18 juin, ni à Wavre, ni à Mont-Saint-Jean. D’après la légende, il aurait pris le temps de déjeuner tranquillou une petite tarte aux fraises malgré les sollicitations des autres maréchaux. Cela dit, ses batailles à lui se sont bien passées ; elles étaient juste trop tardives.

Source photo : Giphy

3. La promesse du corbeau

C’est La Fontaine, qui le dit : le corbeau jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus. Cela dit, s’il l’avait juré avant, il n’y aurait pas eu de fable et s’il n’y avait pas eu de fable, la discussion actuelle n’aurait aucun sens et donc nous ne serions ni vous ni moi les mêmes et ces histoires de renards, de corbeaux et de fromages nous laisseraient indifférents.

4. L'évacuation des habitants de Tchernobyl

Les autorités soviétiques pensaient qu’un accident nucléaire c’était de la gnognotte à côté d’une vague de panique. Le 21 avril 1986, jour de la catastrophe, les populations locales n’ont ABSOLUMENT pas été prévenues. On les a laissées continuer leur petite vie. Ce n’est que le lendemain, 30 HEURES après l’accident qu’on a évacué tout le monde, à l’heure où un millier d’élèves s’amusaient à faire un marathon autour de la cathédrale. Et le reste des populations, plus éloignées, attendront les mois de mai et juin pour être évacuées. Après, une troisième main, c’est pratique faut reconnaître.

5. La reconnaissance du génocide arménien

Depuis 1920, les Arméniens attendaient la reconnaissance de leur génocide, nié par les Turcs. Mais il a fallu attendre 70 ans pour que les puissances occidentales reconnaissent officiellement le génocide des Arméniens, quitte à fâcher Ankara. En France, ce n’est qu’en 1998, 7 ans après la sortie de l’Arménie du giron soviétique, que le génocide a été reconnu. On imagine que ça doit faire une belle jambe aux enfants des victimes.

6. L'évacuation indienne lors du tsunami de 2004

Une des explications sur l’ampleur meurtrière du séisme et du tsunami de 2004 dans l’Océan indien, c’est l’absence totale d’infrastructures de prévention et d’évacuation en Indonésie ou aux Maldives. En revanche, en Inde, ces infrastructures auraient dû exister et être opérationnelles. Le raz-de-marée a mis deux heures pour atteindre l’Inde (là où l’île de Sumatra n’a eu que 16 minutes pour réagir), et pourtant 16.000 Indiens ont été tués. Les populations ont été prévenues bien trop tard pour avoir une chance de s’en tirer.

7. A peu près tout ce que l'on fait pour le climat

Chaque jour, chaque seconde même, nous rapproche de la catastrophe inéluctable qui va faire augmenter les températures du globe, fondre les glaces, augmenter le niveau des mers, immerger des villes entières et générer des centaines de millions de réfugiés climatiques ; bref l’ingérable et la fin totale de notre civilisation telle qu’on la connaît. Tous les experts s’y accordent ; s’il n’est pas inutile d’agir aujourd’hui, il est déjà trop tard pour endiguer les changements. Mais on ne fait pas grand’chose, et des choses beaucoup trop tard.

8. La réaction de Staline face à l'invasion allemande

A peu près depuis qu’il avait passé le pacte germano-soviétique, Hitler avait envisagé de le rompre pour envahir l’URSS dans le cadre de son opération Reich de mille ans. Et tout le monde le savait, depuis les renseignements soviétiques jusqu’aux renseignements anglais. Des tonnes et des tonnes de documentation prouvent que tout le monde était au courant des préparations nazies pour envahir le territoire soviétique. Tout le monde, sauf Staline : on avait beau lui avoir communiqué l’heure et la date choisie par les nazis pour déferler sur l’URSS, lui n’y croyait pas. Il était persuadé qu’Hitler n’ouvrirait pas de second front. Résultat : et bah l’URSS a pris très très très très très cher et n’a dû sa victoire qu’à l’émergence d’un nationalisme soviétique fort et à la supériorité technique de son armée. Mais des centaines de milliers de morts auraient pu être évités.

Source photo : Giphy

9. La prise en compte de l'iceberg sur le Titanic

A 22h55, le 14 avril 1912, l’opérateur radio du Titanic reçoit un message de son homologue du Californian, un autre navire, l’avertissant qu’il y a des glaces importantes dans la zone où le Titanic se rend. Mais le télégraphiste du Titanic l’envoie chier pour garder la ligne libre. Bon. A 23h35, l’opérateur du Californian coupe sa radio : il n’y aura donc pas de secours possible, puisque c’est à 23h40 que les veilleurs aperçoivent l’iceberg. Beaucoup trop tard, 37 secondes avant le choc.

10. La perestroïka et le glasnost

1922 – 1985 : 63 ans de privations, de libertés bafouées, de crise économique et d’enfer en URSS. Autant dire que la tentative désespérée de Gorbatchev pour sauver le régime via sa libéralisation est arrivée un peu tard, d’autant que l’ensemble des rouages du système étaient adaptés à un système autoritaire. En même pas 6 ans, cette libéralisation a précipité la chute du régime au lieu de le sauver. On ne va pas s’en plaindre, mais mieux vaut tard que jamais n’est pas un adage russe.

Le désert des tard tard.