C’était en 1983 et ça a été rediffusé dans les années 90 : Téléchat, l’émission pour enfants créée par Roland Topor et Henri Xhonneux et qui, en parodiant le journal télé, a créé la base de ce que pouvait être le malaise pour un enfant devant la télévision. Tout est gris moche et met affreusement mal ; et pourtant, c’est génial.

1. Roland Topor bordel

Confier une émission pour enfants à un type aussi original que Roland Topor, c’était quand même un vrai pari et la preuve que la télé était capable, à l’époque, de prendre des risques éditoriaux. Rien n’est lisse dans Téléchat ; d’ailleurs, le cocréateur de l’émission, Henri Xhonneux, fera scandale quelques années plus tard en sortant un film sur la vie du marquis de Sade.

2. Faire parler les gluons était la meilleure idée du monde

Les gluons, ces éléments plus petits qu’un atome, sont régulièrement appelés à raconter leur vie sur le plateau, comme représentants des objets. Il y a presque une conscience écolo dans ce parti-pris et, plus sûrement, un vrai goût pour le n’importe quoi.

3. Le truc parodiait le journal télé et mettait à peu près aussi mal à l'aise

Les parents avaient le JT et les enfants Téléchat. L’émission était constituée de séquences à peu près similaires, même s’il s’agissait avant tout d’interviewer des objets et de faire des reportages absurdes. En tout état de cause, si le JT mettait mal à l’aise avec les infos distillées, Téléchat mettait mal à l’aise avec la tronche des marionnettes et du plateau.

4. Il y avait des réflexions intéressantes mises à la portée des enfants

Téléchat était une émission critique de la pub et des dérives de la télé, de la main mise sur l’information par les pouvoirs économiques et des collusions entre journalistes. Par exemple, dans la saison 2, Groucha, le présentateur, est remplacé par un lapin (Grégoire de la Tour d’Ivoire), placé là uniquement parce qu’il connait le responsable de la chaîne.

5. L'émission a été couverte de prix

Téléchat a gagné le prix de la meilleure émissions pour l’enfance en 1984, l’Antenne de cristal de la meilleure émission belge la même année, le prix de la meilleure émission francophone pour enfants au festival de Cannes… Pas sûr qu’on puisse en dire autant de Tfou.

6. Les objets avaient des caractéristiques sociales

Entre la fourchette aristo qui s’y croyait, léguman, le personnage à tête de citrouilles qui se battait contre les méchants, le fer à repasser huissier de justice, Téléchat balayait toute la société française en se moquant de tout le monde.

7. Le truc critiquait la pub

Le personnage en charge de présenter les publicités était un singe vert stupide qui se faisait insulter de manière permanente. Plutôt drôle et courageux.

8. C'était une émission franco-belge

Ce qui entérinait le choix de l’Europe à une époque où les coproductions pour enfants regardaient plutôt du côté des Etats-Unis (Inspecteur gadget notamment).

9. La musique de Pierre Papamiandis envoyait

On parle quand même du mec qui a écrit Couleur menthe à l’eau et La dernière séance pour Eddy Mitchell, là.

10. J'étais amoureux de Lola l'autruche quand j'étais petit

Ou comment ouvrir ses horizons.

Malaise 2000.