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Crédits photo (creative commons) : Inconnu

Les amateurs de rock le savent, les piliers du rock se sont construits sur des reprises de blues, les Beatles et les Stones en tête. Et chaque nouveau groupe qui émerge quelque part en Occident doit savoir qu'il est un nain sur des épaules de géant, solidement planté dans un terreau de chansons traditionnelles américaines qui sentent bon la guitare à gros tirant et le bottleneck-maison. Ce qu'on sait moins, c'est que parmi ces musiciens de blues agricole, un type a concentré l'essentiel des tubes d'hier et d'aujourd'hui. Huddie William Ledbetter, alias Lead Belly (1888-1949), est mort avant la naissance du rock mais n'a jamais été aussi vivant dans le patrimoine musical. Si vous pensiez qu'une reprise des Beatles était un passage obligé, commencez par taper dans le répertoire de ce bluesman, et après on pourra causer.

  1. Ram Jam - Black Betty le plus "foutez-moi tout ça en l'air, je veux rien reconnaitre"
    Ce morceau, véritable chef d'œuvre technique à tous les niveaux, constitue à lui seul la carrière entière du groupe Ram Jam, qui depuis a complètement disparu de la circulation. Oui, mais tout sarcasme est formellement proscrit : écoutez donc la version à capella/clappements de mains du vieux bluesman, et vous verrez que le groupe éphémère mérite tout de même la première place de ce classement, tant il faut être barré pour se lancer dans une telle reprise, et encore plus pour la réussir. S'il existe une culture Leadbelly, elle commence avec ce morceau.

    La version Lead Belly :

  2. The Animals - House of the Rising Sun la plus "reprise d'une reprise de la reprise"
    1964, Eric Burdon et ses copains signent ici un indiscutable chef d'œuvre, qui fera littéralement exploser la popularité du groupe. Il était même question, pendant un temps de rivaliser avec les Beatles ou les Stones (eh ouais, carrément). Sauf que la paternité et même le premier enregistrement de cette chanson est un débat d'historien. Tout ce que l'on sait, c'est que la première version avec un texte approchant le tube des Animals est celle du début des années 1940, baptisé "In New Orleans". Ensuite, Johnny fera peut-être la meilleure reprise de sa carrière en oubliant l'histoire de la maison close.

    La version Lead Belly :

  3. Nirvana - Where did you Sleep Last Night la plus "change rien, c'est super"
    Cette chanson connue sous le nom de In the Pines ou encore Black Girl n'a pas de signature identifiée. C'est en tout cas l'ami Lead Belly, toujours dans les bons coups, qui a le plus marqué Kurt Cobain puisque ce dernier lui en attribue la paternité. 4 petites lignes de textes pour demander à une fille ce qu'elle a foutu la veille, parce qu'on l'a attendu sous les pins toutes la nuit, what else? A écouter aussi : le bel effort de Mark Lanegan, ou la version aux accents psychés de Kid Cudi.

    La version Lead Belly :

  4. Mano Negra - Rock Island Line la plus "rock alternatif"
    Le respect pour les anciens aurait voulu qu'on cite la version de Johnny Cash, mais même l'homme en noir aurait reconnu que la version de la Mano envoie du bois et rappelle qu'un batteur un peu brutal et une peau de caisse claire bien tendue, ça change pas mal de choses.

    La version Lead Belly :

  5. Harry Belafonte - Midnight Special le plus "je lance des petits jeunes"
    Cette chanson a plus d'un siècle, mais s'il faut en retenir deux versions, c'est celle de Leadbelly en 1934 qui l'a popularisé au point de laisser entendre qu'il en était l'auteur et celle de Belafonte près de 30 ans plus tard pour la simple et bonne raison que c'est le premier enregistrement connu de Bob Dylan, à l'harmonica sur cette chanson.

    La version Lead Belly :

  6. Creedence Clearwater Revival - Cotton Fields le plus "Le bon temps de l'esclavage"
    Il est rare qu'un morceau de Leadbelly soit repris à un tempo plus lent que l'original. La, les CRR le font, et c'est une réussite. Ça sent les pâturages, les fleurs, le feux de bois, le patchouli, le LSD; 1969, quoi. Jamais une journée à ramasser du coton avec des chaines aux pieds ne vous aura paru si apaisante.

    La version Lead Belly :

  7. Cat Power - Salty Dog la plus "le blues, ça doit être triste"
    Si l'envie vous prend, vous aussi, faites votre version de Salty Dog, chanson folk du début du XXème siècle popularisée, entre autre par Lead Belly. Mais sans vouloir vous mettre de pression, ça va être délicat de faire mieux que l'interprétation enlevée de Johnny cash et carrément impossible de surpasser la reprise épurée et limpide de Cat Power.

    La version Lead Belly :

  8. Little Richard - Good Night Irene la plus "soul"
    Little Richard, grand collectionneur des « tares » reconnues des 50's (oui, un black qui joue du rock'n'roll en hurlant, qui se convertit, puis quitte la religion pour se remettre à hurler et finalement annoncer qu'il est gay, ça irritait nos voisins américains), se calme légèrement pour enregistrer cette reprise, qui au passage groove un max. Plus soul, gospel qu'à l'accoutumée, on verrait facilement un Charles ou un Redding chanter ce morceau. Que Nenni, c'est bien le « Warhawk » qui est derrière le micro.

    La version Lead Belly :

  9. Hugh Laurie - You don't know my mind la plus "effectivement, we don't know your mind"
    Hugh Laurie est, pour de nombreux et éminents scientifiques, la preuve irréfutable qu'on ne nait pas tous égaux. Connu comme un acteur à succès dans la série Dr House qu'il propulse à lui seul dans les tops des meilleures audiences télé, il est également un écrivain talentueux, avec ce bouquin fort sympathique qu'est « Tout est sous contrôle », et désormais musicien de grande classe, avec cet album généreux sorti en 2011, « Let Them Talk », qui contient une bonne dose de nostalgie made in New Orleans. Il ne lui reste plus qu'à sortir un second album d'aussi bonne qualité, à se débarrasser de son public de minettes quadragénaires Dr House's addicts, et l'on pourra enfin parler de reconversion réussie. Enfin, ce « You don't know my mind » est à lui seul un déjà grand pas vers celle-ci.

    La version Lead Belly :

  10. Joe Dassin - Pick a Bale o'Cotton la plus "L'Amérique, je voulais l'avoir, et je l'ai eue"
    Il est assez étonnant de trouver cette chanson dans la discographie pourtant gargantuesque de Joe Dassin. Le genre de trucs réservé aux inconditionnels. Il est d'autant plus étonnant de s'apercevoir que le bougre ne s'en sort pas mal du tout, et balance un morceau délirant, entrainant, et ne jurant pas avec l'original. L'esprit est en effet parfaitement respecté, et l'on passe un bon moment.
    A ne surtout pas écouter : la version de ABBA, reprise disco du titre, véritable attentat auditif, devrait être interdite aux moins de 18 ans, oh et puis devrait être interdite tout court.

    La version Lead Belly :

  11. (bonus)Nirvana - Ain't it a Shame la plus "garage"
    Kurt Cobain a dit un jour qu'il aurait pu se contenter de faire des reprises des Pixies, et il a en fait passer sa carrière à reprendre du Lead Belly. Where did you Sleep Last Night conclut l'ultime Unplugged du groupe et met un terme à une discographie entamée avec cette démo de 1989. Lead Belly, l'Alpha et l'Omega du grunge.

    La version Lead Belly :