Vous avez très probablement déjà entendu parler du « déni de grossesse », soit dans des films/séries, soit dans la vie. Peut-être que vous savez à peu près ce que c’est, ou peut-être que nous n’y connaissez absolument rien et que ces mots provoquent en vous une incompréhension totale que vous avez du mal à gérer émotionnellement. Pas de panique. On a imaginé quelles pouvaient être vos questions sur le sujet, et on a tenté d’y répondre comme on pouvait, en allant lire des trucs un peu partout. Vous êtes à deux doigts de devenir incollables sur le sujet.

1. C'est quoi ?

Le déni de grossesse, c’est quand une femme crée (inconsciemment) une sorte de barrière émotionnelle qui l’empêche de réaliser qu’elle est enceinte. Comme la nouvelle d’une grossesse serait un trop gros choc, le cerveau dresse cette barrière psychologique. Mais si la femme ignore qu’elle est enceinte, la grossesse continue quand même à faire son petit bout de chemin. C’est incontrôlable pour la personne qui est sujette à un déni de grossesse. Ça peut aller jusqu’à l’accouchement (prématuré) ou être décelé en cours.

2. A qui ça arrive en général ?

Certaines sources affirment qu’il n’y a pas de profil type. Pour d’autres, le profil le plus courant des femmes qui souffrent d’un déni de grossesse, c’est une personne qui manque d’affection et n’aime pas son propre corps. Les femmes sont donc souvent mal dans leur peau et dépressives. Bien sûr, il s’agit d’un profil type, et ça ne veut pas dire qu’une fille hyper joyeuse ne peut pas faire un déni de grossesse. Le déni peut tout simplement arriver à quelqu’un qui ne se sent pas du tout prêt à être mère. Et c’est pas du tout pratique, parce qu’on peut se rendre compte qu’on est enceinte seulement dans le dernier tiers de la gestation, voire à l’accouchement. Pas le temps de préparer la venue du bébé.

3. Ça arrive souvent ?

On parle d’un cas pour 300 à 600 grossesses. Et pour les dénis qui durent jusqu’à l’accouchement, on est à un cas pour 2500 grossesses. Avec plus de 700.000 naissances par années en France, ça fait quand même pas mal de cas. Mais la plupart des cas sont donc plutôt des dénis partiels, un peu comme une phase de transition dans laquelle la femme va finir par accepter la grossesse qu’elle rejetait inconsciemment.

4. Comment un ventre peut rester plat jusque dans les dernières semaines de gestation ?

On parle régulièrement de cas de femmes qui gardent un ventre plat pendant toute leur grossesse. En plus de ça, elles ne sentent pas leur bébé bouger, et elles peuvent continuer à avoir des règles. L’explication se situe dans le fait que le corporel agit en fonction du psychologique. Si la mère ne sait pas qu’elle est enceinte, le ventre ne va pas pouvoir se préparer correctement à grossir. Les professionnels parlent de « complaisance somatique ». C’est-à-dire que le corps se modifie peu, pour correspondre à l’idée que s’en fait notre cerveau. Si on nie la grossesse, il va faire comme s’il n’était pas le corps d’une personne enceinte. En ce qui concerne les règles, on parle plutôt de « métrorragies », qui sont des saignements dans l’utérus mais qui ne sont pas des menstruations. Elles se déclenchent probablement dans une même logique de « complaisance somatique ». Enfin, le fœtus peut se tenir debout parce qu’il n’a pas la place pour être en position fœtale dans le ventre. Ça se voit moins de l’extérieur.

5. Est-ce que c'est dangereux pour le bébé ?

Si le déni prend fin assez tôt, ça va. S’il se poursuit jusqu’à l’accouchement, ça peut être très dangereux. Le fœtus peut avoir un problème de croissance ou même mourir in utero. Dans d’autres cas, la femme n’aura pas le temps d’arriver aux urgences et devra accoucher seule (ce qui est extrêmement dangereux pour l’enfant, surtout prématuré.) Dans d’autres cas assez horribles, la mère peut simplement avoir besoin d’aller à la selle et accoucher de son bébé aux toilettes dans lesquelles il peut mourir noyé. En conclusion, il est donc important pour les médecins de réussir à détecter au plus tôt les grossesses, ce qui n’est pas simple du tout quand il n’y a aucun signe extérieur.

6. Est-ce que toutes les femmes qui font un déni de grossesse finissent par le mettre au congélo ?

On pense bien sûr tous à Véronique Courjault, cette femme qui a tué trois de ses enfants et a invoqué le déni de grossesse. En réalité, il y aurait entre 1% et 10% de cas d’infanticides qui suivent des dénis de grossesse, mais on estime qu’il est plus prudent de parler de 1%. La mère peut tuer son enfant dans la panique ou par négligence et abandon parce qu’elle ne sait pas comment agir. Seuls une minorité d’infanticides suivant un déni de grossesse sont faits en pleine conscience. D’où, encore une fois, le besoin de détecter au plus tôt les dénis pour pouvoir accompagner les personnes les plus fragiles.

7. Est-ce que ça rend l'accouchement plus dangereux ?

Forcément, si l’accouchement se déroule seule, sans assistance, il y a bien plus de dangers que dans un hôpital avec des professionnels. En cas d’hémorragie, la vie de la mère est compromise, et les conditions d’hygiène sont (très) rarement réunies.

8. Est-ce qu'on peut en mourir ?

Pour la mère, les conséquences sont davantage psychologiques. Entre le choc, la peur et la culpabilité de la grossesse imprévue, il vaut mieux avoir un suivi psychologique avec des professionnels. Mais certaines femmes s’attachent très vite à leur bébé lorsqu’on leur annonce leur grossesse, donc tout n’est pas tout noir.

9. Est-ce que le bébé pèse un poids normal à la naissance ?

Les dénis de grossesse donnent, dans l’écrasante majorité des cas, lieu à des naissances prématurées, donc le bébé est bien souvent plus petit et plus maigre qu’un nouveau né en pleine forme. Il nécessite alors des soins particuliers pour assurer son bon développement.

10. Et il se passe quoi pour le papa ?

Certains diront « pas grand chose », suivi de « ils vont arrêter de nous faire chier les hommes ? C’est nous qu’on souffre, pas eux. » Toujours est-il que les hommes peuvent souffrir du déni de grossesse une fois qu’il a été découvert. Pourquoi ? Eh bien parce que beaucoup se sentent trahis par leur partenaire. Ils ont du mal à comprendre que le déni n’était pas intentionnel.

11. Est-ce qu'il peut y avoir un déni d'accouchement ? Genre tu fais un accouchement sans douleur, qui se passe au calme sans que tu le remarques

On parlait tout à l’heure des femmes qui accouchent sans s’en rendre compte aux toilettes. Ça serait un peu comme un déni d’accouchement, même si c’est très dur à concevoir comme idée. En 2012, dans le Nord, le procès d’une femme à qui c’est arrivé a posé la question de l’existence d’un déni d’accouchement. Le fait qu’elle ait pu couper le cordon ombilical sans s’en rendre compte laisse tout de même sceptique.

D’autres questions dans la salle ?

Sources : La Dépêche, Wikipedia, La Voix du Nord.