Au début, ils disaient des trucs. Puis ensuite, ils disaient d’autres trucs un peu différents, on n’était plus très sûr, au juste, de ce qu’ils disaient. Après, ils ont commencé à dire des trucs très différents de ce qu’ils disaient au début, tout en revendiquant d’avoir toujours dit la même chose. Ou alors, ils ont commencé à tuer des gens. Bref, on ne comprenait plus bien.

Le recentrage est le schéma communément admis pour décrire la trajectoire politique la plus commune des individus. Là, c’est pas tout à fait, tout à fait le cas.

1. Robert Ménard

Certains s’étonnent aujourd’hui de la trajectoire de Ménard, cofondateur de RSF avant de virer élu FN et contempteur de la presse bobo. S’il a fait un passage à la LCR et au PS, Ménard a en réalité rapidement été tenant d’une droite assez dure, y compris pendant ses années RSF. Lui décrit comme maturation politique sa dérive vers l’extrême-droite. Les observateurs voient surtout ça comme un truc qui ressemble à un signe de démence, d’autant plus quand l’on sait que Ménard est en désaccord total avec les thèses économiques du FN.


Crédits photo (creative commons) : Pablo029

2. Pol Pot

Dans les années 1950, Pol Pot, qui s’appelle alors Saloth Sâr, fait ses études à Paris. Il se rapproche du parti communiste français, à l’heure où au Cambodge, son pays, le parti démocrate, vainqueur des élections, se voit écarté du pouvoir par Norodom Sihanouk, chef d’Etat à claires tendances autocratiques. Ensuite, il rentre au Cambodge, enseigne la littérature, puis prend le maquis. Il prend le pouvoir en 1975 et là, c’est l’horreur. Meurtres de masse, Phnom Penh vidée pour envoyer tous les citadins travailler dans les campagnes, purges, politique extérieure très agressive. 20% de la population cambodgienne meurt sous Pol Pot. En 3 ans. On ne sait pas bien ce qu’il s’est passé entre l’engagement internationaliste des débuts et l’exercice du pouvoir.


Crédits photo (creative commons) : Juandax

3. Benito Mussolini

Entre 1902 et 1914, Mussolini passe de l’agitation politique anarchiste à la direction de l’organe officiel du parti socialiste italien, tenant de l’aile maximaliste et, c’est déjà là, en germe, très très radical. Son engagement est à gauche et internationaliste ; sa seule dérive tient à son rejet de la franc-maçonnerie, dont l’existence lui semble incompatible avec le socialisme. Lorsque survient la guerre, l’Italie est d’abord neutre. Sa ligne change, passant du pacifisme au militarisme, et son internationalisme change d’épaule. Après la guerre, Mussolini essaie de coaliser la gauche interventionniste, mais il n’y parvient pas réellement. C’est en 1920 qu’il se tourne vers les partis de droite et achève sa mutation de l’extrême-gauche vers l’extrême-droite. On connaît la suite.

4. Jacques Vergès

La trajectoire de Jacques Vergès est intéressante, en ce qu’elle embrasse assez fortement tous les soubresauts de la deuxième moitié du vingtième siècle, depuis la guerre d’Algérie, lors de laquelle Vergès fait le choix de défendre Djamila Bouhired, accusée de terrorisme par les autorités françaises et menacée de la peine de mort, en passant par le terrorisme politico-crapuleux des années 1970, au cours desquelles il est en contact régulier avec Carlos et joue un jeu trouble dans le financement de groupes ultra, et jusqu’à la défense de Klaus Barbi, qu’il assure en 1987, pour terminer sa carrière en défendant Laurent Gbagbo. Un parcours vraiment bizarre, du non-alignement et de l’indépendantisme des anciennes colonies vers la défense de dictateurs milliardaires et d’anciens nazis.


Crédits photo (creative commons) : Extraordinary Chambers in the Courts of Cambodia

5. Alan Garcia

Alan Garcia a observé l’une des trajectoires les plus bizarres de l’Amérique latine. Le type, après avoir fait ses études à Paris, est adoubé par le fondateur de l’APRA, un parti anti-américain, bolivarien, socialiste et internationaliste, pour représenter le parti au Pérou. A 36 ans, il est élu Président de la République péruvienne une première fois en 1985 et se fait éjecter par Fujimori en raison des très grandes difficultés économiques rencontrées par le pays. Il revient en 2006 et remporte à nouveau l’élection ; là, il mène une politique ultra-libérale d’alliance avec les Etats-Unis, des décisions proches de l’austérité économique et des gestes très durs envers les populations indigènes. Très très bizarre.


Crédits photo (creative commons) : José Cruz/ABr

6. Victor Hugo

Victor Hugo est l’une des seules personnes connues sur terre à avoir eu une trajectoire politique réellement de la droite vers la gauche. Les trajectoires inverses sont nombreuses. Elevé dans le royalisme, puis convaincu par la démocratie, il admire Napoléon, conseille Louis-Philippe, soutient la candidature de Louis-Napoléon Bonaparte, puis siège avec les conservateurs lors des élections de 1848. Lors du coup d’Etat, il rompt radicalement avec le nouvel empereur et ses anciens amis politiques et s’exile. Ensuite, c’est un lent processus de radicalisation à gauche. Hugo s’insurge contre la répression de la Commune en 1871 et est un candidat radical à l’élection complémentaire de 1872.

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Crédits photo : Bibliothèque nationale de France

7. Florian Philippot

Drôle drôle drôle de trajectoire. Gaulliste depuis toujours et méfiant contre Balladur, Philippot soutient pourtant Chevènement en 2002, en raison de sa ligne souverainiste, et vote blanc au deuxième tour. Pour autant, il fait ses études à HEC, dans un milieu droite droite. En 2005, il tente un rapprochement avec Mélenchon, mais les deux hommes ne s’accordent pas sur leur vision de la nation. Il rejoint finalement le FN en 2011. Donc, si on résume : droite gaulliste, gauche souverainiste, gauche dure, extrême-droite. Une boussole. Pour son anniv. On peut lui offrir une boussole.


Crédits photo (creative commons) : Jérémy-Günther-Heinz Jähnick

8. Dieudonné

Sensibilisé à la politique par l’indépendantisme kanak, à la fin des années 1980, Dieudonné prend des positions très claires contre l’extrême-droite en 1995, notamment à la suite de l’affaire Ibrahim Ali, au cours de laquelle un jeune homme originaire des Comores avait été tué par un militant FN. Aux législatives de 1997, il se lance en politique pour contrer le FN. Puis, peu à peu, à ces combats larges se substitue une sorte d’obsession (légitime) pour la reconnaissance de la traite négrière, puis il commence à opposer les combats, expliquant que la commémoration du génocide juif serait surreprésentée médiatiquement par rapport à la traite négrière, puis de là on passe à un antisémitisme de salon. Ensuite, son discours se radicalise, puis on ne sait plus très bien ce qui relève de la provocation ou du militantisme, on est mal à l’aise, il demande à Jean-Marie Le Pen de devenir le parrain de sa fille, invite Faurisson au Zénith… Puis ensuite Soral, puis ensuite des proches des milieux islamistes… On ne comprend plus rien.


Crédits photo (creative commons) : Copyleft

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