De nos jours on meurt moins de faim que de maladies liées au surpoids. L’obésité se répand comme un traînée de poudre, on compte 1.4 milliards de personnes obèses de plus de 20 ans dans le monde et rien qu’en France 14,5 % de la population est diagnostiquée comme tel. Pourtant, c’est un sujet qu’on n’aborde jamais et qu’on invisibilise au plus haut point : on ne voit pas de gros dans les médias, ni dans les films (sauf si leur rôle est lié à leur apparence physique). Les gros sont discriminés à l’embauche, mais aussi pour trouver un logement ou pour être entendu par le milieu médical qui les infantilise bien souvent.

J’écris ce top sans être moi-même victime de ces discriminations, mais le récent ouvrage de Gabrielle Deydier On ne naît pas grosse… est très révélateur de ce tabou de société, alors avant de vous en recommander la lecture, voici un petit point sur les idées reçues concernant le surpoids et l’obésité.

Dernière chose, c’est délibérément qu’on utilise l’adjectif « gros » dans ce top parce qu’on estime qu’il n’a rien d’un « gros » mot et qu’il n’y a aucune honte à qualifier quelqu’un de gros pas plus que de dire qu’il est petit ou grand ou blond ou brun.

1. L'obésité, c'est uniquement due à de "mauvaises habitudes" alimentaires

Evidemment c’est ce qu’on entend le plus souvent « Bah s’ils sont gros, c’est juste qu’ils mangent n’importe quoi ». Eh non mes p’tits cocos, c’est plus compliqué que ça comme affaire. L’obésité est une accumulation de facteurs qui peuvent intégrer certes l’alimentation mais pas seulement. A cela peuvent s’ajouter des troubles du comportement alimentaire comme la boulimie ou l’hyperphagie ainsi que d’autres facteurs comme le manque de sommeil ou l’état psychique général. En bref c’est pas parce que tu manges des légumes que tu exclues tout risque d’obésité.

2. Pour ne plus être obèse, il suffit de faire des régimes

Bah voyons. Ils ont bon dos les régimes. Que du flan cette affaire-là (alors qu’on n’a même pas le droit d’en manger, du flan, quand on fait un régime, je vous raconte pas le paradoxe)? 95 % des régimes sont des échecs. L’obésité se caractérise par le fait de ne plus pouvoir brûler de calories. Les régimes sont donc inutiles et ne font que créer de la frustration. Dans la majorité des cas, cette période de privation alimentaire (généralement traumatisante parce qu’on ne perd pas 100 kilos sans perdre un peu de son moral) même efficace sur le court terme se soldera presque toujours par une reprise de poids équivalente à moyen terme. Il arrive même bien souvent qu’on gagne un petit surplus, grâce au formidable effet « yo-yo ».

3. De toute façon, suffit d'un coup de bistouri en chirurgie bariatrique pour retrouver sa ligne et le tour est joué

Comme l’explique Gabrielle Deydier dans son livre, le recours à la chirurgie bariatrique (une chirurgie qui consiste à limiter les capacités d’absorption d’aliments) apparaît trop souvent comme une solution du côté médical et donc un objectif incontournable du côté des personnes obèses. Mais ces chirurgies ne sont pas forcément recommandables, d’une part parce que selon le type d’opération, elles impliquent bien souvent d’opérer des organes qui sont pourtant sains (réduire la taille de l’estomac en y insérant un ballon pour créer une impression de satiété, installer un anneau gastrique ou des agrafes etc.). D’autre part, ces manœuvres sont très rarement accompagnées d’un suivi psychiatrique (80 % des opérations se font sans suivi) et peuvent avoir des conséquences dramatiques sur l’état moral des patients (de nombreuses tentatives de suicides ont lieu après ce type d’intervention)…

4. Les gros sont gros par leur faute

C’est plus simple d’accuser les obèses et plus généralement les gros d’être responsables de leur propre sort (bah ouais c’est comme les chômeurs qui foutent rien en jogging toute la journée, sales pauvres !). Et avec cet a priori vient son lot d’accusations implicites bien foireuses : les gros sont fainéants, les gros sont mous, les gros l’ont bien cherché, les gros sont responsables du réchauffement climatique (si, si je vous assure il y a bien des articles qui défendent ce genre d’idées), et des grèves et du cancer et de la pluie.

Alors on arrête toutes ces conneries : l’obésité est une maladie. Ça fait depuis 1997 qu’on le sait et que l’Organisation Mondiale de la Santé le reconnaît. L’origine de cette maladie quant à elle n’est pas clairement déterminée, on parle parfois de prédisposition génétique (les cas d’obésité sont plus fréquents quand il y a d’autres cas dans la famille), mais elle peut aussi être liée à des traumatismes au cours de la vie ou à un statut social précaire. En effet, l’obésité est bien plus présente dans les classes populaires que dans les classes aisées (quand je vous le dis que c’est encore un coup de ces sales pauvres !).

5. Il y a des gens qui ne risquent jamais d'être obèse

Faux, archi-faux, nul non advenu. Tout le monde peut un jour grossir, un peu, beaucoup, jusqu’à parfois devenir obèse il n’y a pas de vaccin contre cette maladie. Il peut y avoir un contexte préventif (alimentation, hygiène de vie, bien-être, état général de santé…) mais si un certain nombre de facteurs sont réunis, n’importe qui peut devenir obèse. Un simple traitement médicamenteux peut entraîner une obésité.

6. Les obèses n'ont qu'à manger moins

A la base de l’obésité, il y a un déséquilibre énergétique, et souvent des troubles alimentaires comme par exemple l’hyperphagie (mais ce n’est pas systématique). Une fois l’obésité installée, elle entraîne logiquement une nécessité d’ingérer de plus grosses portions de nourriture. Mais tout ça peut varier d’une personne à l’autre, certaines personnes touchées par un trouble alimentaire ont un problème de curseur qui ne leur permet pas de s’arrêter de manger malgré leur satiété. C’est comme si leur système de régulation était tout cassé. Partant de ce constat, vous comprendrez qu’il est aussi stupide de dire « Il leur suffit de manger moins » que de dire à un dépressif « Bah t’as qu’à pas déprimer, aussi ». Bref vous pigez le concept.

7. Etre gros, ça n'a rien de normal

Pire qu’une idée reçue c’est plutôt une règle que la société nous reflète en permanence. Il existe des normes sociales mais aussi des normes physiques à l’image des tailles de vêtements qu’on trouve principalement en magasins (et qui vont rarement au dessus du 46). De la même façon qu’on croise rarement des personnes en surpoids à la télévision ou au cinéma, ces dernières sentent la pression d’un regard au quotidien sur un corps qui ne correspond pas au standards physiques habituels. Et ça se manifeste par plein de remarques inconscientes dans la vie de tous les jours. Par exemple quand tu dis à ta collègue qu’elle a maigri comme si c’était un compliment, c’est une maladresse qui peut s’interpréter comme de la grossophobie même si tu ne l’a pas « conscientisé » de cette façon. Et ça, ça pue du steak.

On en profite pour vous recommander vivement le livre de Gabrielle Deydier qui nous a fortement instruit sur ce sujet :

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