Aller chez le gynéco n’est pas toujours une mince affaire, on se pose plein de questions qu’on n’ose pas toujours demander, on ne fait pas toujours confiance mais on n’est pas toujours non plus face à quelqu’un de confiance. Bref, nous on a demandé à un gynécologue de nous confier ses conseils destinés aux femmes quand elles se rendent en consultation. Merci à Martin Winckler pour ses réponses, et retrouvez le sur Twitter ou sur son blog dans lequel vous retrouverez l’actualité de ses publications.

1. Face à un.e médecin, vous ne cessez pas d’être une personne autonome

Un.e médecin ne peut pas vous faire déshabiller et encore moins vous toucher sans votre consentement explicite. Tout.e médecin doit obtenir votre accord pour chaque geste effectué sur vous, et aucun geste, aucun examen ne peuvent vous êtes imposés. C’est même inscrit dans la loi noir sur blanc, allez donc jetez un œil sur l’article R4127-36 du Code de la Santé Publique et vous verrez bien.

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2. Les médecins que vous consultez ont des obligations légales et morales à votre égard

Aucun.e médecin n’a le droit de vous insulter, de vous harceler, de vous menacer, de vous culpabiliser, de vous humilier, de porter des jugements sur votre aspect physique, votre milieu social, vos origines ethniques, votre identité de genre, vos préférences sexuelles ou vos choix de vie – et encore moins de parler de vous à un tiers (là encore, checkez donc l’article R4127-7 du Code de la Santé Publique). Si vous ne vous sentez pas respecté.e par un.e médecin, vous avez le droit de le lui dire, de vous lever, de partir sans payer et de mettre tout votre entourage (et vos réseaux) au courant. Vous avez même le droit de porter plainte si ce.tte médecin vous a maltraitée.

3. Le « cycle-normal- de-28 jours » est une invention des médecins

La plupart des femmes en bonne santé ont des cycles compris entre 24 et 38 jours, c’est la Société des Gynécologues et Obstétriciens du Canada qui le dit. Pour toutes les femmes, le cycle est irrégulier pendant la puberté et juste avant la ménopause. Pour certaines femmes, il est irrégulier toute leur vie. Ça ne les empêchera pas d’être en bonne santé et d’être enceintes si elles le désirent. La durée du cycle est une particularité individuelle, comme la taille ou la couleur des cheveux ; ce n’est pas une maladie.

4. Il est « naturel » d’avoir des règles, mais il n’est pas « naturel » (ni acceptable) d’en souffrir

Il existe des méthodes pour vous soulager. Exigez qu’on vous les prescrive. Et si ça ne suffit pas, exigez qu’on explore pourquoi vous souffrez. L’endométriose, qui se manifeste sous la forme de douleurs intenses autour des règles, est constamment sous-diagnostiquée.

5. Méfiez-vous des "traitements-miracle"

Il n’existe pas de médicament pour « régulariser le cycle » ou pour « faire revenir les règles ». Les pilules « pour soigner l’acné » ou pour « faire perdre du poids » ont plus d’inconvénients que d’avantages. Et TOUS les médicaments ont des effets indésirables.

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6. Ne vous faites pas imposer des gestes "préventifs" inutiles

Un examen gynécologique et un examen des seins « systématique » est inutile à tous les âges en l’absence de symptômes ou de demande explicite de votre part (oui, même pour vous faire represcrire la pilule – et le Conseil de l’Ordre des médecins est du même avis). Un frottis cervical est inutile avant l’âge de 25 ans et il suffit de le faire tous les trois ans. Et enfin : une mammographie est inutile avant 50 ans en l’absence de symptôme ou de demande explicite de votre part et si aucune de vos parentes proches n’a eu de cancer du sein avant 60 ans.

7. La meilleure contraception est celle que vous choisissez

La preuve, c’est même le titre du site officiel du ministère de la santé en France choisirsacontraception.fr ! Et pour la choisir au mieux vous devez exiger trois choses :

1° TOUTES les informations sur TOUTES les méthodes (les inconvénients comme les avantages)

2° Pouvoir examiner et manipuler toutes les méthodes « en vrai » (Tous les médecins compétents ont dans leur tiroir des modèles de présentation de DIU au cuivre, DIU hormonal, implant, diaphragme, préservatifs, etc ; sinon ils ne sont pas compétents et ça sent le roussi pour avoir une contraception digne de ce nom)

3° Prendre le temps que vous voulez pour réfléchir et changer d’avis quand vous voulez. De même que vous avez le droit de changer de partenaire quand ça vous chante, vous avez le droit de changer de contraception quand ça vous chante.

8. Si un jour vous voulez être enceinte, ne soyez pas pressée et ne laissez personne vous presser

Une grossesse ne débute pas quand on le décide, mais quand les conditions s’y prêtent. Et vous nepouvez pas contrôler toutes ces conditions : certaines (la compatibilité des spermatozoïdes et des ovocytes, la viabilité des embryons) sont le fait du hasard, d’un « tirage au sort » des chromosomes. La fertilité baisse après 35 ans, mais progressivement. Et une femme en bonnesanté peut parfaitement avoir des enfants sans danger après 40 ans. On parle d’infertilité quand il s’est écoulé au moins 2 ans (24 mois) de rapports hétérosexuels réguliers et sans contraception, sans aucune grossesse. Et rappelez-vous que l’infertilité a au moins trois causes distinctes : l’homme, la femme, le couple. Donc : ne laissez personne vous culpabiliser (pas même vous). Et ne laissez pas les médecins vous harceler parce que « vous n’avez pas encore d’enfant ».

9. Vous avez le droit d’accoucher comme vous l’entendez

De la même façon que vous pouvez discuter des modalités de votre accouchement longtemps avant le jour de votre accouchement, et de refuser tous les gestes dont vous ne voulez pas. Une femme qui accouche ne cesse pas d’être une citoyenne à part entière. Les professionnel.le.s de santé qui agissent à l’encontre de vos droits doivent être évités comme la peste et dénoncé.e.s.

10. Vous avez le droit moral de ne pas (ou de ne jamais) être enceinte

Et le droit légal de vous faire stériliser (Loi de 2001 sur la contraception). Tout.e médecin qui vous dit le contraire est un crevard de fin de race (ou FDP comme on les appelle dans le jargon médical).

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Et pour information, Martin Winckler vient de publier Les Histoires de Franz (POL) et co-écrit actuellement un livre consacré à la douleur, son diagnostic et son traitement qu’on a hâte de feuilleter et de partager avec vous.