Il est 2h du matin, vous êtes réveillé par votre moitié qui, mutique, erre dans votre chambre. Le regard vide, elle répond vaguement d’un ton monotone à vos questions. A priori, soit vos rapports se sont détériorés au point qu’elle vous ignore volontairement, soit elle est complètement somnambule. Et c’est flippant. Du coup vous vous posez quelques questions.

1. Est-ce vraiment dangereux de réveiller quelqu'un en pleine crise ?

On a tendance à penser que réveiller un somnambule en pleine crise, c’est risquer de lui faire péter une durite et de lui déglinguer le cerveau définitivement. Cependant, il n’existe aucun risque neurologique lié au fait de réveiller un somnambule. En fait, le dormeur est en phase de sommeil profond et le fait de l’en faire sortir en le secouant par exemple peut le surprendre et potentiellement le faire réagir un peu violemment ou maladroitement. Il faut donc être gentil avec lui et ce même s’il vous a bien gavé toute la nuit.

2. Qu'est-ce qu'on peut faire de plus fou pendant le somnambulisme ?

La plupart des gens se contentent d’aller dans leur cuisine, de se balader dans leur appartement, l’air hagard sans but précis. Certains avalent des quantités de nourriture et ont parfois des comportements sexuels qui peuvent être violents (sexonomie) . Et puis dans la catégorie des somnambules très extrêmes, on connait l’histoire de Ken Parks qui a parcouru près de 23km pour tuer ses beaux-parents et qui s’en est rendu compte à son réveil, se rendant directement à la police pour avouer son crime. Une histoire des plus sordides.

3. Quelles furent les différentes interprétations du somnambulisme par le passé ?

Au Moyen-âge, le somnambulisme est assimilé à un état de possession. Le sujet est possédé par un esprit, on ne conçoit pas qu’il est en fait inconscient. Au XVIIIème siècle, il semblerait que l’on soit de plus en plus familier à la notion de somnambulisme. Sans pour autant pouvoir en définir les contours précisément, Shakespeare nous en fait un tableau plus sobre où l’on est loin de la conception hautement fantasmée des temps reculés. C’est celui de Lady Macbeth dans la pièce éponyme où cette dernière, manifestement en proie aux remords et sous les yeux de témoins, se frottent les mains espérant en retirer le sang d’un homme dont elle a commandité l’assassinat au début de l’oeuvre. Elle en fait même l’aveu explicitement.

4. Existe-t-il des facteurs provoquant la crise de somnambulisme ?

S’ils ne sont pas génétiques, ce sont essentiellement des facteurs psychologiques. Par exemple, les enfants sujets aux terreurs nocturnes seront plus prompts à faire de telles crises. Plus tard, chez l’adulte, ce sont des périodes de stress et d’anxiété ou de post-trauma qui vont exacerber ce type de comportement nocturne.

5. Peut-on communiquer avec un somnambule ?

Il est en état d’éveil dissocié : certaines parties de son cerveau sont complètement endormies et d’autres non. De fait, il ne captera pas grand chose à vos phrases si vous tentez de parler avec. Son visage n’exprimera pas vraiment d’émotion et il sera difficile pour lui de formuler des réponses autres que monosyllabiques. Sa capacité de jugement est très nettement altérée. Néanmoins, il est possible de communiquer (très brièvement) avec et si vous souhaitez l’aider à ne pas vous assassiner par exemple, vous pouvez gentiment l’inviter à retourner dans son lit. On est pas sûr qu’il vous écoutera mais tentez toujours.

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6. Est-ce qu'on a les yeux ouverts ? Si oui, pourquoi ?

La plupart du temps, la représentation que l’on a du somnambule, c’est celle d’un zombie à moitié vivant qui bave partout et qui avance les deux bras tendus et les yeux fermés. Mais la réalité est tout autre. Souvent, les personnes victimes de somnambulisme ont les yeux ouverts et ils gesticulent comme n’importe qui, ils sont juste complètement à l’ouest. Mais disons que pour s’en faire une représentation plus exacte, il faut s’imaginer une personne qui s’est très mal réveillée, complètement dans le coaltar et qui n’a absolument pas envie d’interagir avec vous. Et on comprend pourquoi.

7. Quels sont les profils les plus prompts à être somnambule ?

Ce sont plutôt les enfants entre 6 et 12 ans et étonnamment les garçons qui sont 7 fois plus prompts à l’être. Je n’ai trouvé aucune justification à cela donc si par hasard vous en avez une, n’hésitez pas à nous en faire part.Par ailleurs, le pic de somnambulisme est atteint vers 10 ans. Donc vous savez quoi faire le jour de l’anniversaire des 10 ans de votre fils : on l’enferme dans sa chambre à double tour. Chez les adultes, ce sont les grands angoissés ou les personnes sujettes aux insomnies qui vont avoir tendance à adopter ce genre de comportement.

8. Se souvient-on de ce que l'on a fait après une crise de somnambulisme ?

Les somnambules sont frappés d’amnésie certes et surtout les jeunes enfants. Mais chez les adultes, il est courant que le sujet se souvienne de ce qu’il a fait et des raisons (souvent) absurdes qui ont justifié ses actes. Contrairement aux idées reçues, les comportements ne sont pas des automatismes mais le somnambule agit bien en cohérence avec ce qui le meut à l’instant de la crise.

9. Que se passe-t-il dans notre cerveau quand on est somnambule ?

C’est un peu le bordel. Le cortex qui est la partie du cerveau régissant la conscience et la mémoire est en activité lente. En fait, le somnambulisme appartient à une catégorie de parasomnie (troubles du sommeil impliquant mouvements, émotions et perceptions) qui a lieu durant la phase de sommeil profond. Le sujet est en plein dans son rêve, il ne réagit pas forcément au monde qui l’entoure. En revanche, le système thalamo-cortical, lui, qui est censé freiner, stopper les messages envoyés par le cortex moteur est partiellement inactif. Du coup, le corps reçoit des informations faussées et se met en action.

10. Est-ce génétique ?

Selon une étude réalisée par une équipe de chercheurs canadiens dans les années 2000, si l’un de vos parents est somnambule, vous avez trois fois plus de chance de l’être également. Et si vos deux parents le sont ou l’ont été, la probabilité que vous vous mettiez à défiler dans les couloirs de votre appartement ou maison est double. Petit dîner de famille dans la cave à 4h du matin. Bonne ambiance.

On espère que vous en avez un peu appris maintenant et que la prochaine fois que votre moitié fera une crise de somnambule, vous éviterez de l’assommer à coup de pelle. De 1 c’est dangereux et de 2, ça risque de l’effrayer un peu. Et nous aussi.

Source : Santé sur le net, Sommeil.org