Tu as choisi ; tu t’es orienté. L’internat derrière toi, tu consacreras désormais ta vie à une spécialité, savoir-faire niché que tu n’acquerras pas par hasard. Des faisceaux immenses te dirigent vers ce choix depuis ta plus tendre enfance et, si tu feins de l’ignorer, nous sommes là pour t’ouvrir les yeux.

Amis patients, méfiez-vous de vos médecins.

1. Pédiatrie

Tu les adores, toi, les boutchous. Dès que tu as l’occasion de te faire un petit weekend Disney avec tes neveux et tes nièces, tu fonces. Plus jeune, tu voulais sauver des enfants africains, mais tu n’as jamais vraiment pu supporter la chaleur, du coup tu t’es dit que tu allais te contenter de sauver des enfants. Tu te consoles en te disant que c’est toujours plus agréable que de sauver des vieux d’une mort certaine. Et en mangeant des Miel Pops le dimanche à même le paquet en regardant Petit Pied et la vallée des merveilles.

2. Chirurgie

T’as toujours aimé soigner tes entrées. Ton truc à toi, c’est les paillettes, les spots. « Docteur », tu trouves que c’est pas assez ; toi tu vises le titre de « professeur ». Pour le moment, tu te contentes d’arriver en retard au bloc en jouissant d’avance du soulagement que tu procureras à « tes » équipes en débarquant. Sauver des gens, c’est une façon de sauver ton estime de toi. T’es comme ça : toujours à te remettre en cause, mais dans une échelle de valeur qui va du haut-mais-pas-assez-haut au très-très-haut. Ton estime, tu la boostes à coups de bistouri. T’as un vrai problème d’anxiété, mon pote.

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3. Anesthésie-réanimation

T’as toujours eu cette attirance différenciée pour l’ombre et pour la lumière, comme les méchants dans Star Wars. Éteindre, allumer, éteindre, allumer, il faut que tu assouvisses tes deux passions. Tu poses des masques sur des gens et tu jouis de les voir sombrer, mais, aussitôt, l’angoisse te saisit : se réveilleront-ils ? Dès lors, ce sont les cent pas, l’angoisse, l’attente. Ils se réveillent : tout va bien. Ton pays idéal, ce sont les rives du Styx, conduisant de part et d’autres des âmes entre la vie et la mort. T’écoutes du métal, quoi.

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4. Dermatologie

C’est à un confrère que tu dois ton salut. Jusqu’en première, ton visage ressemblait à une pizza aux pepperoni, jusqu’à ce qu’un dermato éclairé te prescrive la juste crème qui devait mettre fin aux souffrances. Ensuite, ça a été le déclic : l’amour, la réussite sociale, et jusqu’à ton internat réussi les doigts dans le nez. Tu lui dois tout, au docteur Trucmuche, tout. Désormais, tu guettes les problèmes de peau de tes contemporains avec un mélange d’attraction-répulsion : envie de voir des horreurs, envie de les réduire à néant. Et tu supportes pas quand ton te prend pour une esthéticienne et qu’on te parle de points noirs.

5. Radiologie

Tu as toujours eu cette ambition de pouvoir lire dans les gens comme dans des livres ouverts. C’est plus fort que toi : tu ne supportes plus ce qui reste en surface, ce qui n’est pas transparent. Tu es d’ailleurs l’une des seules personnes à avoir lu en entier les déclarations de patrimoine des candidats. Avec ta petite machine, tu perces les enveloppes corporelles des patients et, quand la petite plaque s’imprime, tu ressens un début de jouissance. Tel homme d’affaires foutu en slip a un drôle de fémur ; telle femme présente les traces persistantes d’une scoliose. On ne peut rien te cacher.

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6. Ophtalmologie

« Mon œil ! » ne cessait-on de te répéter quand, plus jeune, tu cherchais à impressionner ton monde avec des récits à dormir debout. « Mon œil ! » et ton système de défense s’effondrait. Petit binoclard sans histoire : tu étais catégorisé. Tu as longtemps travaillé à perfectionner ton sens de l’observation à la recherche illusoire de quelques faits ignorés des autres qui pourraient épaissir le récit de ta vie. Et puis tu t’es résigné : jamais tu ne vivrais la grande vie dont tu rêvais. En revanche, tu pourrais toujours te pencher sur l’œil de tes contemporains, cet œil dont ils te rabâchaient les oreilles. Et puis c’est sexy les lunettes, pas vrai ?

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7. Gynécologie

Tu es de ces personnes de sang-froid que la proximité immédiate d’un symbole sexuel n’émeut pas. Froideur, distance, professionnalisme : si tu n’avais pas embrassé la carrière médicale, tu aurais fait un excellent espion. Tu as peut-être eu tort, après tout, car les concours de la DGSE ne sont pas beaucoup plus difficiles que l’entrée en médecine. Toujours est-il que tu as le chic pour apposer des noms scientifiques aussi glacés qu’un citron givré sur des phénomènes intimes. Difficile de percer le coffre-fort de tes pensées secrètes. Certains t’appellent « la chambre forte ». Ça te va, à toi.

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8. Psychiatrie

Tu aimes l’idée du pouvoir. Tu aimes l’idée d’être le seul à même de t’empêcher d’utiliser l’immense pouvoir qui t’es offert. Toujours à la limite, tu roules régulièrement à 137 sur l’autoroute en comptant sur la marge d’erreur pour ne jamais te faire gauler. Les limites, c’est ta passion. Et quand tu passes ton temps à écouter les autres, ton cerveau relie des points. L’humanité est ton cobaye. Si tu voulais, tu pourrais la diriger. Si tu voulais.

9. Gastro-entérologie

Une mauvaise expérience de brosse-à-chiotte t’a conduit à cette réflexion simple : il vaut mieux prévenir que guérir. Plutôt que de javelliser les toilettes, autant surveiller le transit externe. Toujours un coup d’avance. Tu surveilles ton alimentation et celle de tes patients avec l’acuité du connaisseur : ni trop sucré, ni trop salé, ni trop épicé, ni trop gras. Attention, ce n’est pas par velléités nutritionnistes, mais bien pour prémunir le monde des attaques de diarrhée. Tu as affreusement peur des eaux boueuses.

10. Gériatrie

Persuadé que tu ne vieillirais jamais, tu as décidé de passer ta vie au contact de ceux qui n’ont pas ta chance. Sourire bright, tu auras toujours l’air d’un vieux beau, de tes 30 à tes 100 ans. Au contact de la peau usé, c’est comme si tu te régénérais. Rien ne t’apporte plus de plaisir que de laisser ta place dans le bus à quelque débris croulant. En revanche, tu es aux abonnés absents devant les femmes enceintes. Cette propension des gens à fabriquer de la jeunesse, voire du jeunisme, t’indispose. C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures confitures. Et les plus belles pattes d’oie.

Chacun sa route, chacun son chemin, comme disait le docteur gynéco.

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